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Dommages collatéraux

May Al-Maghrabi, Mardi, 02 décembre 2014

Le verdict pourrait, à quelques mois des élections législatives, affaiblir les coalitions pro-Sissi. Plusieurs partis appellent déjà le régime actuel à couper les ponts avec les feloul, et menacent de boycotter les législatives.

Face au spectre d’un retour des feloul, des partis et mouvements politiques se sont réunis dimanche pour étudier les moyens politiques et judiciaires pour agir contre les verdicts du 28 novembre dernier. Parmi ces forces figurent Al-Dostour, l’Egyptien démocrate, la Coalition socialiste populaire et les Socialistes révolutionnaires. D’autres vont plus loin et menacent de boycotter les élections parlementaires.

C’est ce qu’a déclaré le militant Georges Ishaq, cadre du courant démocratique. « Cette ambiance politique empoisonnée nous pousse à revoir notre ligne politique. C’est ridicule qu’après deux révolutions, la contre-révolution batte toujours son plein à travers les feloul (caciques de l’ancien régime). Les personnes concernées devront tirer les conséquences de leurs actes si nous nous abstenons de participer aux prochaines élections ».

Même réaction pour l’écrivaine et cadre du parti du Rassemblement, Farida Al-Naqqach. « Ce verdict vient porter un nouveau coup à la révolution. Face au spectre du retour des feloul, les partis libéraux et les forces révolutionnaires doivent s’unifier pour leur barrer la route. Si Moubarak a chuté, son ancien entourage tente toujours de reconquérir la scène politique pour protéger ses intérêts », dit-elle.

Appels à la rupture

Par les réactions qu’il provoque, ce verdict pourrait porter un coup aux coalitions qui soutiennent le président Al-Sissi. Le régime du président Abdel-Fattah Al-Sissi est, en effet, appelé à marquer une rupture avec ses prédécesseurs.

C’est ce qu’estime le militant de gauche, Abdel-Halim Qandil, pour lequel les perdants de ce verdict sont le régime d’Al-Sissi et les forces révolutionnaires, alors que les grands gagnants sont les feloul et, derrière, les Frères musulmans, prompts à assimiler les feloul au régime d’Al-Sissi.

Ahmad Bahaa Chaaban, président du parti Socialiste égyptien, estime indispensable de promulguer une loi sur l’isolement politique, pour éviter tout retour des feloul. « L’élimination des partisans de Moubarak ainsi que des Frères musulmans permettrait d’élire un Parlement représentatif de la révolution, apte à lutter contre la corruption et à légiférer en faveur des libertés et de la justice sociale », explique Chaaban.

Il ajoute qu’il est impensable que les membres du PND, qui ont bloqué toute vie politique au cours des dernières décennies, puissent revenir aujourd’hui sur la scène politique après une révolution qui a renversé leur régime.

Toutefois, les opposants au retour de l’ancien régime restent divisés sur l’attitude à adopter. Sameh Eid, politologue, appelle ainsi à abandonner les combats fictifs et à se préparer aux législatives. « A l’approche des législatives, les anciens du régime Moubarak se préparent à regagner la scène politique. Les forces politiques révolutionnaires devraient plutôt former des coalitions fortes que critiquer ce verdict, afin de contrer les plans des feloul », déplore-t-il.

Il prévient qu’il ne faut pas minimiser la force et l’ampleur des partisans de Moubarak, rodés aux processus électoraux et ayant l’argent nécessaire à mener leurs campagnes politiques.

Du côté des anciens du régime, ces positions sont inqualifiables. Réfaat Rached, ex-cadre du PND, estime ainsi « qu’il faut respecter le verdict judiciaire qui a innocenté Moubarak. Que ce soit un partisan de Moubarak ou un ex-membre du PND, chaque citoyen jouit de tous ses droits politiques comme le stipule la loi, et à ce titre, a le droit de se présenter aux élections, tant qu’aucune charge ne pèse contre lui. Les partisans de Moubarak sont aussi des Egyptiens ».

Mais si les feloul se réjouissent de la position prise par la justice, le régime actuel est désormais placé face à ses propres contradictions. Le militant de gauche Abdel-Halim Qandil reprend: « Ce verdict n’est pas une surprise. Le déroulement du procès depuis trois ans et les failles du sytème judiciaire ne pouvaient qu’aboutir à cette fin. Il faut se méfier des feloul de Moubarak qui tentent de regagner la scène politique et des Frères musulmans qui cherchent à imputer au régime d’Al-Sissi la responsabilité du laxisme des verdicts contre les anciens du régime Moubarak. Le président Al-Sissi doit rester distant des feloul qui incarnent la contre-révolution», conclut-il.

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