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Al-Jazeera, la chaîne qui dérange

Mavie Maher, Mardi, 11 février 2014

La chaîne d’informations Al-Jazeera ne cesse de susciter la colère des régimes arabes.

Al-Jazeera

Le noyau dur de son équipe éditoriale provient de la BBC Arabic. C’était en 1996 lorsqu’elle a été fondée à Doha. Elle a été créée par le cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, émir du Qatar, juste après son arrivée au pouvoir (après avoir renversé son père).

Avec la chaîne d’informations Al-Jazeera, Al-Thani avait pour but de rivaliser avec l’hégé­monie saoudienne sur le paysage médiatique arabe et briser le contrôle des gouvernements arabes sur l’information nationale. Avant le lancement de cette chaîne, les téléspectateurs arabes ne pou­vaient suivre que les chaînes officielles de leurs gouvernements contrôlées par l’Etat. La marge de liberté offerte par Al-Jazeera était une nouveauté dans le monde arabe. Les gouvernements des pays du Golfe, du Liban, de Syrie, d’Egypte ainsi que les pays du Maghreb ont été directement critiqués, provoquant la réticence des fois exagérée des régimes.

Ainsi, par exemple, le 27 janvier 1999, la chaîne a critiqué le gouvernement algérien. Ce dernier a alors coupé l’électricité pour empêcher les Algériens de suivre le programme. Le paysage médiatique au Moyen-Orient changeait et les Arabes, via Al-Jazeera, ont réussi à voir les événe­ments indépendamment de ceux des médias occi­dentaux. En 1998, elle montre ses propres images des bombardements américains sur l’Iraq et s’op­pose à l’interprétation minimisant les bombarde­ments faite par les chaînes nationales arabes.

Après le 11 septembre 2011, la chaîne a acquis plus d’importance. Elle a diffusé le 7 octobre un enregistrement vidéo d’Ossama ben Laden lors de l’intervention américaine contre les talibans en Afghanistan. En plus, elle a diffusé la guerre d’Afghanistan en direct.

A plusieurs reprises, les bureaux de la chaîne ont été fermés dans plusieurs pays arabes : en 2009, les autorités palestiniennes ont fermé le bureau pour « sa couverture déséquilibrée qui porte atteinte à l’Organisation de liberté palestinienne ». De même, au Koweït en 2010 et en Arabie saoudite en 2002.

Al-Jazeera devient désormais le bras médiatique du Qatar et l’un de ses outils de pression. Doha l’utilise en faveur de ses enjeux politiques. Elle survole, par exemple, la couverture des problèmes de l’Arabie saoudite. Les protestations dans le nord du royaume ne trouvent pas de place sur la chaîne. Les tensions qui caractérisent les relations entre l’Egypte et le Qatar se sont répercutées sur sa manière de couvrir les dossiers égyptiens, notam­ment sous Moubarak.

La chaîne joue plus tard un rôle important dans les révolutions arabes, surtout en Tunisie et en Egypte. Les événements sont analysés à la minute et Al-Jazeera devient le porte-parole des révolutions. A la suite de la révolution égyptienne, une nouvelle chaîne est lancée : Al-Jazeera Mubasher Misr. Créée en 2011, avec un bureau au Caire, elle connaît une bonne réputation et un taux élevé d’audience.

Mais avec l’arrivée des Frères musulmans au pou­voir, l’inclination de la chaîne devient claire. Elle devient un acteur politique et non un outil média­tique. Les relations avec le Qatar passent au froid avec des répercussions sur cette chaîne en Egypte. Le 3 juillet 2013, jour de destitution de Morsi par l’armée, les employés d’Al-Jazeera sont arrêtés par l’armée. Elle est accusée de présenter une couverture partiale en faveur des Frères et d’être un vecteur de discours « violent et terroriste portant atteinte à la sécurité du pays ». D’ailleurs, ce n’est pas la pre­mière fois que cette chaîne qatari est visée. Elle a déjà était fermée en septembre 2011, puis en février 2012. Le 3 septembre 2013, la justice égyptienne a finalement ordonné la fermeture définitive d’Al-Jazeera Mubasher Misr.

20 journalistes du réseau satellitaire Al-Jazeera en Egypte, dont 4 étrangers sont accusés notamment d’avoir diffusé « de fausses informations ». Les 16 reporters égyptiens sont accusés d’appartenir à une « organisation terroriste » et d’avoir « porté atteinte à l’unité nationale et la paix sociale », selon le Parquet. Sur les 20 accusés, seuls 8 sont détenus, les autres étant recherchés par les autorités. La chaîne régresse aussi en audience. Selon une enquête amé­ricaine de février 2013, le nombre de téléspectateurs quotidiens de la chaîne est passé de 43 millions à 6 millions dans le monde arabe.

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