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Les observateurs sous contrôle

Chaïmaa Abdel-Hamid et Aliaa Al-Korachi, Mardi, 14 janvier 2014

Les craintes sur la transparence et le déroulement du référendum sont nombreuses : le nouveau système permet de voter à l'extérieur de sa circonscription, la mise en place de la surveillance par les ONG a été retardée et des associations ont été éliminées sans raison.

Les observateurs
Un référendum qui ne manque pas de susciter des craintes. (Photo : Al-Ahram)

Ce n’est qu’à 48 heures du référendum sur la Constitution que la Haute Commission électorale a annoncé la liste finale des organismes autorisés à surveiller le scrutin. La liste n’a cessé de changer d’un jour à l’autre. La confusion a longtemps régné au sein de ces ONG qui attendaient un feu vert pour commencer à préparer pour leur mission.

54 associations ont enfin obtenu l’aval sur un total de 67, ayant présenté des demandes pour la supervision du référendum. Selon la Haute Commission électorale, celles-ci répondent aux exigences du ministère de la Solidarité. « De sévères restrictions et investigations minutieuses ont été imposées par la Commission électorale. Cela n’était pas le cas lors des années précédentes, où les autorisations étaient fournies à toutes les associations, sans tenir compte de leurs domaines d’activités », explique Gamal Barakat, directeur de l’unité de surveillance des élections au sein du Conseil national des droits de l’homme.

En effet, la commission a mené des vérifications multiples concernant le statut de chacune de ces associations, pour s’assurer qu’elles agissent dans le domaine des droits de l’homme ou la surveillance des élections, et surtout n’ayant aucune affiliation politique. « Même si les restrictions sont nombreuses, elles sont nécessaires pour garantir que le référendum soit surveillé par des observateurs formés et spécialisés dans leur domaine », estime Barakat, qui explique d’ailleurs que même si ce retard n’affectera pas le processus électoral, il aura certainement un impact négatif direct sur les préparatifs du travail de la société civile. Et d’ajouter : « L’octroi tardif des autorisations aux observateurs empêchera certaines organisations d’atteindre les circonscriptions lointaines dans les provinces frontalières ».

Existence d’irrégularités

Au total, 13 ONG ont été exclues par le ministère de la Solidarité de la surveillance du référendum, soit pour existence d’irrégularités financières et techniques, soit pour des liens avec les Frères musulmans. Parmi celles-ci figurent le centre Sawassiya, dirigé par l’avocat de la confrérie Mohamad Abdel-Maqsoud, actuellement en prison, et Beit Al-Eila, accusé d’avoir stocké des armes et affiché le logo de Rabea (quatre doigts tendus sans le pouce). Pourtant, ces deux associations paraissaient sur les listes des associations acceptées deux semaines auparavant, suscitant la polémique. Pour Mohamad Zare, membre de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, « la présence de ces associations Frères garantissait une transparence du déroulement du référendum. Les éloigner signifie une ingérence dans les activités des ONG et menace l’indépendance de leur travail ». Un point de vue qui n’est pas partagé par ses collègues. « Il n’était pas acceptable que des associations ayant des penchants politiques participent à la surveillance du référendum, car leurs rapports seront partisans », explique de son côté Hazem Mounir, expert dans le domaine des droits de l’homme.

Les associations des Frères ne sont pas les seules à être éliminées. D’autres se disent victimes de la décision de la Haute Commission électorale et du ministère de la Solidarité sociale, comme l’Institut de la maison arabe pour les droits de l’homme, dont le président, Ihab Radi, assure ne pas connaître jusqu’à maintenant la cause de son écartement. « Nous n’appartenons pas aux Frères, nous n’avons pas de problèmes financiers ou techniques. En plus, nous avons une solide expérience dans les domaines de droits de l’homme et des surveillances des élections. Nous avons essayé de contacter les responsables pour obtenir une explication, mais sans aucune réponse », dit-il.

Paradoxalement, l’approbation a été donnée à des associations n’agissant pas dans le domaine des droits de l’homme. Radi explique qu’« une importante confusion règne dans les institutions chargées d’organiser le référendum. Des erreurs inacceptables en cette période délicate. Les mesures devraient être plus claires, pour éviter de porter atteinte à la réputation et à la transparence du référendum à l’intérieur du pays, mais surtout à l’étranger ».

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