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La 3e révolution

Tuesday 31 déc. 2013

L’intolérance des religions ou leur réconciliation … Eugène Scribe avait déjà évoqué le dilemme dans « La Juive » créé en 1871 sur une musique de Jacques-Fromental Halévy. Cet opéra illustre la tragique faillite de la tolérance face aux croyances souvent aveugles ... L’orfèvre Eléazar, qui avait vécu près de Rome et avait vu ses deux fils condamnés et brûlés pour hérétisme, avait adopté une fillette qu’il avait appelée Rachel et s’était réfugié à Constance ... Parvenue à l’adolescence, Rachel était tombée amoureuse d’un prince chrétien. Hélas, en ce temps-là si une juive et un chrétien avaient des relations sexuelles, la juive serait tuée et le chrétien excommunié.

Durant la Pâque, le prince refuse de manger le pain sans levain qu’elle lui offre et lui avoue alors qu’il est chrétien. Rachel tente de résister à cet amour mais finit par y succomber. Alors, non seulement elle trahit son père mais aussi son honneur et son Dieu. Eléazar maudit Léopold qui s’enfuit alors que le peuple veut leur mort. Elle périt dans les flammes ...

Depuis longtemps, des voix se sont élevées contre ces pratiques barbares et inhumaines. Huit siècles auparavant est apparu le mutazilisme, en même temps que le sunnisme et le chiisme. Cette doctrine théologique musulmane s’inspirait de la pensée grecque et prônait liberté et tolérance. Plus récemment, au XVIe siècle, Luther a lutté toute sa vie contre un catholicisme décadent. En refusant les indulgences, il a insufflé un air nouveau et moderne à une société archaïque et primitive. C’est lui qui a été notamment à l’origine de l’école pour tous.

Cette lutte tragique entre les religions perdure à travers les siècles et c’est encore ce défi, sur fond d’obscurantisme et d’ignorance, que doit relever l’Egypte après l’expérience traumatisante de deux révolutions. Le peuple a refusé l’hypocrisie des Frères musulmans et leur violence sanguinaire amorcée en 1910 avec l’assassinat du premier ministre Boutros pacha Ghali. Et très récemment de soldats et de policiers. Bref, de tous ceux qui se dressent contre leurs plans machiavéliques. Par la violence de leurs actes, ils s’excluent d’eux-mêmes de la majorité des Egyptiens. L’isolement du président Morsi a été une expérience douloureuse mais nécessaire pour ne pas sombrer dans la guerre civile.

Toutefois, cette exclusion n’est pas une solution. L’intolérance et l’absence de réconciliation, sur fond d’exclusion, vont à l’encontre de la sécurité nationale. Mais de quelle réconciliation s’agit-il ? Certes pas avec les criminels qui ont du sang sur les mains et doivent être punis mais, et c’est peut-être là la troisième révolution, en luttant contre l’intolérance, la baisse du niveau des services éducatifs, et surtout une vraie bataille contre la paresse qui sclérose toute vie politique et sociale pour créer un socle commun et instaurer un dialogue entre tous les courants de pensée et de religion, seuls garants d’une vraie ouverture à la démocratie.

Cette troisième révolution est absolument nécessaire à la réussite d’un avenir radieux pour « l’Egypte millénaire ».

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