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Le crédit du FMI en quatre questions

Salma Hussein , Mercredi, 21 décembre 2022

Le Fonds Monétaire International (FMI) a approuvé l’octroi à l’Egypte d’un nouvel emprunt à travers son mécanisme élargi de crédit. Retour en questions-réponses sur les détails de cet accord.

Le crédit du FMI en quatre questions
Le gouvernement a mené des négociations réussies avec le FMI. (Photo : FMI)

— Qu’est-ce que le mécanisme élargi de crédit ?

— L’Egypte a conclu avec le FMI un accord en vertu du mécanisme élargi de crédit (MEDC). Elle obtient un crédit de 3 milliards de dollars. C’est désormais le deuxième crédit du genre obtenu par l’Egypte. Le premier était en 2016. C’est aussi le quatrième accord avec le FMI en 6 ans. « Les sommes retirées en vertu du MEDC doivent être remboursées dans un délai de 4 à 10 ans, en 12 versements semestriels égaux », explique le site officiel du FMI. D’après le site, le MEDC a été créé pour « aider des pays qui sont aux prises avec de graves déséquilibres de paiement en raison d’obstacles structurels, d’une croissance lente ou d’une balance des paiements intrinsèquement fragile ». Ainsi, ce type de crédit « vise à soutenir les programmes nécessaires pour corriger les déséquilibres structurels sur une période prolongée ». Dans le cas de l’Egypte, il s’agit d’un accord d’une durée de 46 mois.

L’Egypte a également opté pour un 5e crédit auprès du FMI, pour pallier les répercussions climatiques, d’un montant de 1 milliard de dollars. Le FMI devrait approuver ce crédit durant les quelques mois à venir.

— Pourquoi un nouvel accord avec le FMI ?

— Les chocs extérieurs successifs ont fait que la balance des paiements des pays en développement soit en difficulté. Une situation de « poly-crise » internationale, selon le FMI. La pandémie de Covid-19, le ralentissement économique mondial, suivis par une inflation mondiale galopante. En plus, la politique monétaire des Etats-Unis a rendu le dollar plus fort sur le plan international et a augmenté le coût de l’emprunt dans le monde entier. La guerre en Ukraine a aggravé la situation en entraînant une hausse des prix des matières premières. Conséquence de cette situation incertaine et complexe : quelque 20 milliards de dollars sont sortis d’Egypte en 2022, avec le début de la guerre, d’après le ministre des Finances, Mohamed Maeit. Un mois après le lancement de la guerre, l’Egypte a opté pour un nouvel accord avec le FMI.

— En approuvant ce crédit, le FMI transmet plusieurs messages, lesquels ?

— Le premier message: l’économie égyptienne s’est montrée résiliente, la croissance a dépassé les prévisions du FMI, jusqu’au début de 2022 (la guerre en Ukraine), elle reste parmi les plus performantes sur le plan régional. Second message : le gouvernement égyptien s’est engagé dans un plan de réformes approuvé et soutenu par cette institution de financement internationale.

D’après le communiqué de presse publié le 16 décembre, le FMI estime que cet accord « aidera l’Egypte à combler partiellement le fossé qui existe au niveau des engagements du gouvernement en dollars et mobilisera davantage de financement à partir des alliés régionaux et internationauxde l’Egypte », souligne Kristalina Georgiva, directrice générale du FMI. Le pari pour l’Egypte est de retrouver sa place de destination privilégiée des investissements étrangers. Et ce, à travers un plan ambitieux de privatisation, transparent, qui a été discuté lors des derniers mois par toutes les parties prenantes.

Par ailleurs, l’accord avec le FMI est une preuve de confiance qui aiderait l’Egypte à rétablir les flux en devises étrangères qui entrent dans le pays pour investir dans les bons du Trésor égyptiens, séduits par un taux d’intérêt réel (profit garanti) parmi les plus élevés au monde. Juste avant la guerre en Ukraine, ces investissements avaient atteint le seuil record de quelque 30 milliards de dollars.

— Quelles sont les réformes initiées par l’Egypte et soutenues par le FMI ?

— Le programme de réformes n’est pas encore publié sur le site du FMI. Mais une lecture du document d’évaluation publié en juillet 2021, à la fin de l’accord de confirmation avec l’Egypte, permet d’en connaître les principaux traits. D’abord, l’Egypte s’est engagée à créer un climat d’investissement ouvert, compétitif et juste pour le secteur privé. A cet égard, des amendements de la loi de soutien à la concurrence sont actuellement discutés au parlement.

Autre mesure que le gouvernement devra assumer : rendre le marché des changes plus flexible. L’Egypte est parvenue à convaincre le FMI d’opter pour une libéralisation graduelle du marché des changes, au lieu d’une dépréciation brusque. Ainsi, au cours de l’année, la livre égyptienne a perdu un peu plus de la moitié de sa valeur, menant l’inflation à monter (19% au mois de novembre). Le FMI recommande de hausser les taux d’intérêt pour contrer l’inflation. Une réunion extraordinaire du comité des politiques monétaires de la Banque Centrale d’Egypte a été annulée jeudi 15 décembre, mais la réunion ordinaire aura lieu à la date prévue du 22 décembre. Une hausse des taux indicateurs est prévue. Déjà, récemment, le taux d’intérêt sur les bons du Trésor remboursables sur neufs mois était passé de 2 à 18 %.

Par ailleurs, le gouvernement a mené des négociations réussies avec le FMI pour remettre toute hausse des prix de l’énergie à la mi-2023. Le but est d’éviter une inflation trop élevée. Parallèlement, pour pallier la dévaluation de la livre, le gouvernement a adopté plusieurs mesures sociales, approuvées par le FMI, comme la substitution de la subvention universelle de la nourriture par une hausse de près de 20 % du nombre de bénéficiaires des programmes d’assistance monétaire (Takafol et Karama). Le gouvernement a par ailleurs annoncé la hausse du salaire minimum dans le secteur public à 2700 (contre 2400), ainsi que la hausse du seuil d’exemption fiscale à 30 000 L.E. par an (contre 24000 auparavant) .

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