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Les rythmes de l’architecture

May Sélim, Mercredi, 14 décembre 2022

Dans le nouveau spectacle Architecture de la danse, qu’il a récemment donné au musée des Civilisations au Caire, le metteur en scène espagnol Dani Pannullo rend hommage à l’architecte égyptien Hassan Fathi. Et ce, à travers la danse urbaine, interprétée par des jeunes Egyptiens et Espagnols.

Les rythmes de l’architecture
Un habit traditionnel conçu par Shahira Mehrez.

Une prière solennelle et des rythmes languissants. Les danseurs sur scène sont partagés entre deux camps : certains se meuvent sur des rythmes dansants de musique orientale, alors que d’autres sont complètement absorbés par une musique occidentale trépidante. C’est ainsi que débute le spectacle Architecture de la danse, chorégraphié et mis en scène par l’Espagnol d’origine argentine Dani Pannullo. Les deux groupes de danseurs finissent par se rencontrer, puisqu’ils cherchent tous leur âme perdue. Et c’est l’architecture philosophique de Hassan Fathi (1900-1989) qui les a alliés. Le spectacle met en scène des générations différentes de danseurs.

D’une part, il y a les interprètes égyptiens Amie Sultan (fondatrice du Collectif Tarab pour la préservation du patrimoine de la danse orientale égyptienne) et Mohamed El Sayed (fondateur et directeur du centre culturel égyptien Mawlana), et d’autre part, il y a les jeunes Hossam Eldeen Ahmed, Ibrahim Desouky, Youssef Abd Al Mageed, Aly Ashmawy, Eslam Arabi et Essam Khalid. Et ce, côte à côte avec les membres de la troupe espagnole de Dani Pannullo, notamment son principal danseur, Alexander Peacock. Les premières scènes du spectacle sont assez hétérogènes, voire contradictoires et confuses. Progressivement, l’ensemble devient plus calme, avec plus de danses interprétées en solo.

Un des danseurs joue au Tahtib, l’ancestrale danse égyptienne du bâton. Il passe ensuite à la danse des derviches tourneurs (Al- Tannoura). Sur un air soufi et mélancolique, il enveloppe sa tête d’un turban. Sa jupe est de couleur blanche avec des motifs symboliques rappelant l’Andalousie. Dès que la danse se termine, le derviche tourneur revient de son voyage mystique pour battre le tabla, se prêtant à des percussions orientales et se livrant entièrement à des rythmes enthousiastes, célébrant la vie.

Hommage à l’architecte des pauvres

Sur un écran, à l’arrière-fond de la scène, sont projetés des plans, des sketchs et des avant-projets de Hassan Fathi. D’où une présence visuelle forte tout au long du spectacle. Ces projections donnent plus de sens à la chorégraphie et aident le public à faire le lien entre les danses urbaines et les architectures de Fathi, conçues essentiellement au profit des pauvres, avec des matériaux locaux.

Cherchant à évoquer la condition des femmes arabes, Amie Sultan apparaît sur scène parmi les danseurs urbains. Elle interprète des danses symboliques et abstraites qui n’ont rien à voir avec la danse orientale qu’elle pratique normalement. Dans l’une des scènes-clés, elle porte un habit traditionnel, conçu par Shahira Mehrez, faisant ainsi allusion à la femme arabe qu’elle symbolise. Mehrez contribue d’ailleurs au spectacle, avec des costumes traditionnels, mettant l’accent sur l’identité égyptienne.

Au fur et à mesure, les danses urbaines traduisent le travail des constructeurs, le mouvement du Nil, les voyages en bateau et la vie dans le désert. Elles narrent le passé et le présent de l’Egypte. Sur l’écran de projection sont montrées des peintures de l’artiste égyptoarménien Chant Avedissian, avec leurs couleurs joyeuses. Suivant les tempos des applaudissements, se mêlent danses traditionnelles et urbaines.

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