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Ukraine : L’hiver de tous les dangers

Abir Taleb , (avec Agences) , Mercredi, 23 novembre 2022

Alors que la neige a fait son arrivée en Ukraine, les infrastructures énergétiques subissent les frappes russes, laissant craindre une situation tendue en hiver. Une nouvelle donne qui pourrait pousser les belligérants à la négociation.

Ukraine : L’hiver de tous les dangers

Les forces ukrainiennes gagnent du terrain, la Russie resserre l’étau à travers une guerre de l’eau et de l’électricité. Une semaine après la reprise, par Kiev, de la ville stratégique de Kherson, tombée entre les mains des forces russes dès les premiers jours de l’offensive russe contre l’Ukraine, l’heure n’est pas à la réjouissance: sans eau, sans électricité, sans chauffage, à Kherson, les conditions de vie sont compliquées. Si les Ukrainiens ont fièrement hissé leur drapeau à Kherson et si l’on s’est empressé de parler d’une défaite majeure pour les Russes, tant sur le plan militaire que politique, le fait est que la guerre est loin d’être finie. Et qu’elle risque, au contraire, d’entrer dans une nouvelle phase. Une phase qu’imposerait l’hiver.

En effet, alors que la neige a fait son arrivée cette semaine sur l’Ukraine, que le mercure risque de descendre jusqu’à moins 10°C— et ce n’est que le début—, les Russes ne cessent de frapper les infrastructures énergétiques du pays, laissant craindre une situation tendue pour l’hiver. « Avant de fuir Kherson, les occupants ont détruit toutes les infrastructures essentielles, communication, fourniture d’eau, de chauffage, électricité », a ainsi déclaré le président ukrainien le 12 novembre. Son premier ministre, Denys Chmygal, a précisé vendredi 18 novembre que « près de la moitié de notre système énergétique a été mise hors d’état de fonctionner », demandant « un soutien supplémentaire » des 27 pour faire face à cette situation, notamment « pour l’achat de volumes supplémentaires de gaz ». Le lendemain, le gouvernement espagnol a annoncé l’envoi de 14 nouveaux générateurs électriques « face à l’hiver qui s’avère très rude et très difficile en Ukraine », selon les termes du chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares.

Pas suffisant sans doute. La tension est telle que le dirigeant d’une entreprise énergétique privée ukrainienne a conseillé aux Ukrainiens qui le peuvent de quitter le pays pour réduire la demande d’électricité. Et la crise ne concerne pas que Kherson. D’autres villes ukrainiennes, dont la capitale Kiev, sombrent çà et là dans le noir suite aux frappes russes. Des bombardements répétitifs visent depuis octobre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine, privant régulièrement de courant mais aussi d’eau des millions d’habitants. Un exemple: jeudi 17 novembre, 10 millions d’Ukrainiens étaient sans électricité. « La Russie fait la guerre contre l’électricité et le chauffage destinés aux gens en faisant exploser des centrales électriques et d’autres installations énergétiques », a ainsi affirmé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Réponse du Kremlin: les souffrances des civils en Ukraine sont imputables au refus de Kiev de négocier. « C’est la conséquence du manque de volonté de la partie ukrainienne de régler le problème, d’entamer des négociations, de refuser de chercher un terrain d’entente », a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. En effet, Zelensky a écarté le 18 novembre l’idée d’une trêve avec la Russie, arguant qu’elle ne ferait qu’empirer les choses. Et la présidence ukrainienne a affirmé que Moscou n’avait pas contacté Kiev officiellement pour des négociations de paix, réitérant que « toute négociation qui ne serait pas fondée sur la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine dans les limites de ses frontières internationalement reconnues ne serait pas acceptable ».

Après les informations livrées récemment par le Washington Post, selon lesquelles Washington ferait pression sur les Ukrainiens pour les encourager à rester ouverts aux négociations avec la Russie, la Maison Blanche a réitéré que seul Zelensky était en mesure d’approuver l’ouverture de négociations entre l’Ukraine et la Russie, rejetant toute notion de pressions américaines en ce sens sur Kiev. Mais en même temps, le Renseignement américain a affirmé que l’Ukraine ne pouvait pas gagner la guerre. Une pression indirecte pour convaincre Kiev et Moscou de négocier la paix, ou du moins un cessez-le-feu, alors que l’hiver apporte ses nouvelles règles du jeu? Les jours à venir le montreront.

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