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Mahmoud Abouelregal : Arbitrer à la Coupe du monde, c’est autre chose

Amr Moheb , Mercredi, 16 novembre 2022

L’arbitre assistant Mahmoud Abouelregal est le seul représentant de l’Egypte à la Coupe du monde 2022. Il livre ses impressions de cette expérience inédite.

Mahmoud Abouelregal

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes le seul arbitre égyptien choisi par la FIFA pour la Coupe du monde Qatar 2022. Que représente cette nomination pour vous ?

Mahmoud Abouelregal : Je suis bien entendu très heureux. N’importe quel arbitre rêverait de faire partie de la liste des 36 confrères ou des 69 arbitres assistants sélectionnés, à travers le monde, pour arbitrer les 64 matchs de la Coupe du monde. C’est à la fois un grand honneur et une grande responsabilité d’être le seul représentant de l’Egypte au Mondial. Je ferai de mon mieux pour être à la hauteur de cette responsabilité. Arbitrer en Coupe du monde, c’était un de mes rêves d’enfant. Mon père, Ahmed Abouelregal, était lui-même arbitre ; je l’accompagnais à ses matchs. J’avais envie de lui ressembler. Alors que la plupart des enfants de mon âge souhaitaient devenir joueurs de football, moi, c’était l’arbitrage qui m’intéressait ; arbitre assistant particulièrement. J’ai commencé en 2002, à l’âge de 18 ans. Huit ans plus tard, le comité de l’arbitrage de la Fédération Egyptienne de Football (FEF) m’a désigné pour arbitrer des matchs au championnat de première division. Ma carrière internationale, elle, a débuté en 2015. Quatre ans plus tard, en juin 2019, j’ai été retenu par la FIFA pour la Coupe du monde des moins de 20 ans en Pologne.

— Aucun arbitre central égyptien n’a été retenu, bien que l’Egypte soit 39e au classement de la FIFA, alors que des Gambiens (126e au classement FIFA) et des Rwandais (137e au classement FIFA) ont été choisis. Cela ne remet-il pas en question l’arbitrage égyptien ?

— Non, pas forcément. Les arbitres égyptiens ont un très bon niveau. Tout au long de l’histoire du football, les arbitres égyptiens ont toujours été présents aux grandes compétitions internationales. Ils comptaient parmi les meilleurs d’Afrique et du Proche-Orient. Je suis sûr que nos arbitres seront présents aux prochaines Coupes du monde. Je suis étonné que l’on ait recours à un expert anglais, Mark Clattenburg, pour aider à améliorer l’arbitrage égyptien. Nous n’avons pas besoin d’un étranger pour développer notre arbitrage, nous avons de grands experts qui peuvent jouer ce rôle, comme Gamal Al-Ghandour et Essam Abdel-Fattah. Tous les deux sont de grands experts, ils ont déjà arbitré en Coupe du monde et ils sont parmi les meilleurs arbitres de l’histoire du football.

— Si l’on s’intéresse aux meilleurs arbitres, quels sont ceux que vous préférez sur le plan national et international ?

— Sur le plan national, je suis fan de l’ancien arbitre assistant international Waguih Ahmed. Il était l’un des meilleurs arbitres assistants d’Afrique. J’aime beaucoup aussi Ayman Degueich, qui est un modèle pour moi. Et comme je vous l’ai dit précédemment, ma première référence reste mon père, non seulement dans ma vie professionnelle, mais aussi dans ma vie en général. C’est grâce à son soutien et à celui de ma famille que j’ai réussi à atteindre ce niveau. Ma femme et mes enfants jouent un grand rôle dans ma carrière d’arbitre. Ils me soutiennent toujours et font beaucoup de sacrifices pour que je puisse me concentrer sur mon travail. Mon père, lui, m’apporte beaucoup sur le plan technique. Il me donne toujours des conseils pour m’améliorer. A la fin de chaque match, je l’appelle pour savoir ce qu’il a pensé de ma performance. Il me donne son avis et analyse mes décisions durant le match. Je reçois aussi des appels d’anciens arbitres, comme Samir Mahmoud Osman, Nasser Abbas et Yasser Abdel-Raouf. Parfois ils me félicitent et parfois ils me font quelques remarques et me donnent des conseils. Moi je reste ouvert à toutes ces interventions. J’accepte les critiques, comme les conseils pour corriger mes erreurs et améliorer mon arbitrage. Sur le plan international, j’admire le Suisse Manuel Navarro, l’actuel directeur du département des arbitres de la Fédération saoudienne de football. Navarro a souvent été l’assistant du grand arbitre suisse Massimo Busacca. J’ai beaucoup appris de Navarro ; c’est vraiment mon idole.

— Arbitrer un match en Coupe du monde est-ce si différent que d’arbitrer un match en Coupe d’Afrique ou au championnat national ?

— Avant de participer à la Coupe du monde, j’ai déjà participé à 12 grandes compétitions internationales, comme la Coupe du monde des moins de 17 ans, match de classement pour la troisième place de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2015 ; des matchs aux éliminatoires des Jeux olympiques, la finale de la CAN des moins de 17 ans au Gabon, la demi-finale de CHAN 2018 au Maroc, le match de classement pour la troisième place de la CAN en Egypte 2019 … Beaucoup de grands rendez-vous sportifs. A chaque compétition, je faisais de mon mieux. Mais honnêtement, arbitrer à la Coupe du monde au Qatar c’est autre chose. La Coupe du monde, c’est le plus grand événement de la planète en football et chaque arbitre a envie d’être à la hauteur de l’événement. Arbitre en Coupe du monde, c’est une grande responsabilité … Je suis très concentré. Je vais faire de mon mieux pour honorer mon pays.

— D’après vous, les nouvelles technologies, comme la VAR ou bien le nouveau ballon du Mondial 2022 « Al-Rihla », qui contient un capteur d’unité de mesure inertielle (IMU) pour permettre de détecter les hors-jeu, ne facilitent-elles pas le travail des arbitres ?

— Oui, sans doute cela facilite la tâche des arbitres, mais nous devons d’abord apprendre à utiliser cette nouvelle technologie, surtout celle du nouveau ballon qui va détecter les hors-jeu. Il sera utilisé pour la première fois au Qatar 2022. Au Qatar depuis le 9 novembre, nous avons 11 jours avant le début du Mondial, le 20 novembre, pour nous familiariser avec ce nouvel outil. Ce sera suffisant. Au Qatar, je serai membre d’une équipe d’arbitrage composée du Gambien Bakary Gassama, arbitre central, et de l’arbitre assistant camerounais Elvis Noupue. J’espère que nous réaliserons de bonnes performances à ce Mondial pour mettre en avant le football africain. Moi, personnellement, je souhaite bien représenter mon pays de manière générale et l’arbitrage égyptien en particulier. Et s’il me reste un rêve, j’aimerais participer à la Coupe du monde 2026 avec cette fois-ci une équipe d’arbitres 100 % égyptiens !

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