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Le patrimoine en peril

Nasma Reda , Mercredi, 16 novembre 2022

Le patrimoine historique est profondément menacé par les changements climatiques. Une action urgente est nécessaire pour le protéger.

Le patrimoine en peril
(Photo : Sherif Ashour)

Est-il préférable de garder les monuments ensevelis afin de les préserver ou bien faut-il les sortir quitte à affronter toutes sortes de dangers ? Une question qui a de tout temps préoccupé les professionnels de l’archéologie et qui a resurgi avec la tenue de la COP27. Les archéologues sont à la recherche de solutions pour protéger les monuments et les mettre à l’abri des changements climatiques. Temples, musées, tombes et entrepôts sont tous menacés. « Les orages, les pluies et les inondations sont parmi les principales menaces auxquelles est confronté notre patrimoine historique qui a une valeur universelle exceptionnelle », souligne Moustapha Abdel-Fattah, chef du secteur de restauration au ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités. « Vu la richesse des sites archéologiques en Egypte et leur diversité, leur restauration et leur nettoyage demeurent problématiques. Il est très difficile de réduire l’impact négatif des changements climatiques sur les monuments », ajoute-t-il. Il donne l’exemple des gigantesques temples de Louqsor et de Karnak en Haute-Egypte qui ne peuvent pas être couverts pour les protéger des changements climatiques. Selon lui, les monuments en pierre, surtout ceux en brique crue, sont les plus vulnérables. « Jour après jour, les défis deviennent plus difficiles. Le manque de financement et le coût élevé des équipements de maintenance rendent difficile toute intervention pour protéger les monuments », affirme Moustapha Abdel-Fattah. La question de l’impact environnemental sur les sites culturels a été portée à l’attention du Comité du patrimoine mondial, et par la suite à l’attention de l’Unesco, qui a été à l’avant-garde des efforts visant à gérer l’impact du changement climatique sur le patrimoine mondial. « La gestion du patrimoine mondial nécessite la mise en oeuvre de mesures d’adaptation appropriées, afin d’atténuer les effets du changement climatique », explique Mahmoud Al-Hossary, professeur à la faculté d’antiquités de l’Université de la Nouvelle Vallée. D’après lui, il est impératif de gérer les effets climatiques sur le patrimoine mondial. « Il faut étudier chaque cas à part », dit-il. Il donne l’exemple des inscriptions et des couleurs gravées sur les murs des temples, surtout en Haute-Egypte, qui sont grandement menacées.

« Autrefois, il fallait des centaines d’années pour que le climat affecte un monument. Aujourd’hui, les effets sont plus graves et leurs conséquences sur le patrimoine sont catastrophiques », déclare Ahmad Badran, professeur d’archéologie à l’Université du Caire, soulignant que les monuments d’Alexandrie, de la Côte-Nord et même du Delta sont menacés d’érosion, donnant l’exemple de la citadelle de Qaïtbay. « Pour préserver ce monument remarquable, une centaine de blocs de pierre ont été jetés dans la Méditerranée, afin d’atténuer l’effet des vagues sur la citadelle. De cette manière, nous avons protégé la grande pierre sur laquelle est fondée la citadelle de Qaïtbay », assure Mohamad Metwalli, directeur général des antiquités d’Alexandrie.


Les véhicules électriques envahissent les sites archéologiques.

Notons que les changements climatiques non seulement menacent le patrimoine en plein air comme les temples et les sites archéologiques, mais ont aussi des effets nocifs sur l’intérieur des tombes et des monuments qui se trouvent dans les musées et dans les entrepôts. « Le taux d’humidité élevé, dû au grand nombre de visiteurs à l’intérieur des tombes, à l’infiltration de la lumière du soleil dans les musées et à l’augmentation de la chaleur dans les endroits fermés pendant de longues durées, affecte de différentes manières les matériaux avec lesquels les objets antiques ont été fabriqués, comme le bois, le tissu, les pierres ou autres, causant ainsi de graves dommages, comme les fissures et la disparition des inscriptions ou des couleurs », reprend Mohamad Metwalli.

Afin de diminuer les effets nocifs du réchauffement climatique, certains nouveaux musées ont eu recours à la technologie moderne, afin de mesurer le niveau des gaz dans les vitrines, ce qui permet de mieux suivre l’état des pièces exposées. « Certains musées ont pu contrôler le niveau des gaz et la chaleur au sein des vitrines renfermant par exemple des momies, comme au Musée national de la civilisation égyptienne. De même, la scénographie dans certains autres musées prend compte de cette problématique », indique Ahmad Badran, notant le coût élevé des appareils importés, surtout avec la crise économique qui frappe le monde entier. Le ministère du Tourisme et des Antiquités a pris, il y a quelques années, des mesures pour limiter le nombre de visiteurs dans les tombes, afin de contrôler le niveau des gaz carboniques émis par ces visiteurs. « Il y a aussi un système de rotation pour l’ouverture et la fermeture des trois pyramides de Guiza et des grandes tombes de Louqsor, afin de diminuer le nombre de visiteurs et atténuer les effets nocifs causés sur les murs par la respiration », reprend-t-il. D’ailleurs, l’adaptation au milieu est une autre problématique à laquelle sont confrontés les biens culturels. « Beaucoup de monuments, obélisques, statues, sphinx et autres ont été déplacés de leurs sites d’origine pour être exposés dans des endroits qui, parfois, ne leur conviennent pas. Ils ont besoin d’un traitement afin de les préserver. C’est le cas, par exemple, des béliers qui ont été transférés de Louqsor à la place Tahrir, où ils sont directement exposés à la pollution », assure Moustapha Abdel-Fattah. Ahmad Badran met en garde contre le fait que certaines régions pourraient disparaître d’ici un siècle au maximum, comme le Delta. « Il faut intensifier les fouilles archéologiques au bord de la mer et dans le Delta du Nil, car ces régions abritent encore des monuments ensevelis depuis des milliers d’années et qui pourront disparaître pour toujours », avertit le professeur d’archéologie. Moustapha Abdel-Fattah conclut : « En déterrant ces monuments, on doit d’abord les protéger après une intervention urgente de restauration et de nettoyage. Ensuite, il faut les placer dans un environnement adapté, afin de les garder pendant une longue période. Ils ont aussi besoin de maintenance continuelle en respectant les nouvelles normes internationales ».

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