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En souvenir de Bordji

May Sélim, Mercredi, 16 novembre 2022

Le festival annuel Cairocomix a rendu hommage au bédéiste et ancien collègue d’Al-Ahram Hebdo Djamel Si Larbi (Bordji), en lui consacrant l’exposition Batrik wa Am Nowres (Manchot et oncle Mouette). Disparu en 2007, il a été choisi par le festival en tant qu’invité d’honneur, à sa 7e édition qui s’est déroulée du 10 au 13 novembre.

En souvenir de Bordji
Manchot et oncle Mouette, deux personnages aux aventures loufoques.

 Batrik wa Am Nowres (Manchot et oncle Mouette) sont deux personnages de BD que l’artiste algérien Djamel Si Larbi a créés, dans les années 1990, pour la revue Alaaeddine, et dont il publiait les aventures toutes les semaines, pendant plus de dix ans.

Les planches de BD représentant les deux personnages étaient affichées sur les murs de la salle Isis, au musée Mahmoud Mokhtar. On pouvait suivre leurs conversations, leurs anecdotes à propos de tout et de rien, ainsi que leurs commentaires sur ce qui se passait autour d’eux. Les problèmes du réchauffement climatique et les risques que courent les glaciers du pôle nord étaient déjà d’actualité. Le bédéiste et caricaturiste algérien, né en 1956 et mort en 2007, était très prévoyant.

Installé au Caire depuis 1994, après avoir fui les islamistes dans son pays natal, il s’est toujours vu comme un citoyen du monde. Ainsi, les problèmes de la planète et ceux de la politique trouvaient souvent écho dans ses dessins. Batrik wa Am Nowres (Manchot et oncle Mouette) en font preuve, plusieurs années après sa disparition subite, à l’âge de 50 ans.

L’exposition montrait des spécimens de la série de bande dessinée parue dans la revue pour jeunes Alaaeddine, cette publication du groupe Al-Ahram où il a travaillé en arabe depuis son arrivée en Egypte. Et ce, en même temps qu’Al-Ahram Hebdo, dont il était parmi les fondateurs et les principaux contributeurs.

Ses personnages parlaient couramment le dialecte égyptien, comme il le faisait lui-même d’ailleurs, puisqu’il a été vite intégré dans les cercles intellectuels. Outre les planches originales, d’autres étaient agrandies et imprimées sur les murs de la salle d’exposition, soit en noir et blanc, soit en couleurs.

L’héritage des grands noms

« Depuis la création de Cairocomix, nous sommes soucieux de rappeler les grands noms de bédéistes célèbres, de revisiter l’oeuvre des pionniers. Et ce, afin de faire découvrir aux jeunes générations les créations de ces derniers, qui leur sont peu connus. Par ailleurs, ces bédéistes ont contribué à notre formation. Il est important de commémorer leurs souvenirs. Chaque année, nous choisissons une série de bande dessinée qui a duré pendant des années, afin d’en souligner l’importance et rappeler le rôle de son créateur », souligne Shennawy, cofondateur du Cairocomix et commissaire de l’exposition. Lui-même a eu un lien très spécial avec Bordji (nom d’artiste de Djamel Si Larbi).


Bordji a fait partie du paysage culturel égyptien pendant une quinzaine d’années.

Le bédéiste, dessinateur, traducteur, journaliste et militant de gauche algérien était un vrai intellectuel encyclopédiste. « Malheureusement, les BD de Bordji et d’autres bédéistes disparaissent des archives des revues égyptiennes », déplore Shennawy, pour qui Bordji était un père spirituel et un mentor. Et à lui d’expliquer qu’une grande partie du patrimoine visuel de ces revues est presque perdue. Cairocomix essaye donc de préserver les bandes dessinées de ces grands bédéistes, en ayant recours à leurs familles, leurs amis et aux diverses institutions concernées, afin de révéler leurs legs au grand public.

Shennawy a lui-même rédigé un texte résumant son histoire avec Bordji, qu’il a rencontré pour la première fois en 1996. Il a choisi de disposer ce texte sous la forme de bulles, comme dans les livres de BD. « Djamel Si Larbi a été l’un des artistes qui ont marqué la BD en Egypte. Mon ami Hefanoui et moi-même, à l’âge de 17 ans, nous nous sommes rendus à la revue Alaaeddine, sans rendez-vous préalable, avec notre portfolio. On a voulu montrer nos dessins au directeur de la rédaction, Ossama Farag. Dans le bureau de ce dernier, nous avons rencontré Djamel Si Larbi et nous avons découvert qu’il était lui-même Bordji, le créateur de Batrik wa Am Nowres, que nous suivions à un rythme hebdomadaire. Sans jouer au professeur, Djamel, très chaleureux, avait l’oeil et l’expérience pour nous coacher. Il nous a parlé de l’école européenne et l’école franco-belge de BD, prononçait les mots, les titres et les termes comme il faut et nous a incités à travailler davantage. Il est vite devenu mon ami. Toutes les semaines, nous avions l’habitude d’aller le voir », raconte Shennawy, qui est devenu aujourd’hui à son tour l’une des figures incontournables du monde de la BD en Egypte. Il continue à publier la revue Tok, née en 2011 de la réunion de cinq jeunes dessinateurs : Shennawy, Makhlouf, Andeel, Hicham Rahmah et Tewfig.

Shennawy en est le moteur, il se démène pour trouver des partenaires financiers, pour inspirer des projets similaires dans le monde arabe, pour casser les tabous avec ses pairs, un peu à l’image de Bordji, qui a toujours refusé les dogmes et les règles canoniques.

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