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Nucléaire iranien : Un pas en avant, deux en arrière

Maha Salem , (avec Agences) , Mercredi, 14 septembre 2022

Après plusieurs signaux positifs, le scepticisme règne de nouveau sur la possibilitéde parvenir prochainement à un accord sur le nucléaire iranien. Explications.

Nucléaire iranien : Un pas en avant, deux en arrière
L’AIEA affirme « ne pas être en position de garantir que le programme nucléaire iranien soit exclusivement pacifique ». (Photo : AFP)

Après l’enthousiasme, le scepticisme. Une nouvelle guerre verbale et des accusations mutuelles lancées de part et d’autre. Cette fois, les Européens, qui jouent le rôle de médiateur, ont perdu leur patience. Dans une déclaration conjointe publiée samedi 10 septembre, Londres, Paris et Berlin ont exprimé leurs doutes sur l’engagement de Téhéran à parvenir à un résultat positif dans les négociations pour relancer l’accord de 2015 sur le nucléaire. Selon le communiqué, « les gouvernements français, allemand et britannique rappellent que début août, après un an et demi de négociations, le coordinateur du JCPOA (l’accord de 2015) a présenté un ensemble de textes finaux qui devait permettre à l’Iran de remplir à nouveau ses obligations au titre du JCPOA et aux Etats-Unis de revenir à l’accord. Dans ce paquet final, le coordinateur a apporté des modifications supplémentaires qui nous ont poussés aux limites de notre flexibilité ». « Malheureusement, l’Iran a décidé de ne pas saisir cette opportunité diplomatique décisive et poursuit l’escalade de son programme nucléaire bien au-delà de ce qui pourrait être justifié de manière plausible pour des raisons civiles », regrettent Londres, Paris et Berlin.

Téhéran n’a pas tardé de réagir. « Il est surprenant et regrettable que, alors que des contacts diplomatiques et des échanges de messages se poursuivent entre les parties en négociation, les trois pays européens publient une déclaration aussi non constructive », a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanani. A l’origine de cette nouvelle impasse, un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), qui a haussé le ton face à l’Iran, disant « ne pas être en position de garantir que le programme nucléaire iranien soit exclusivement pacifique ». En cause, « l’absence de progrès » sur la question de trois sites non déclarés, où des traces d’uranium ont été découvertes par le passé. Quant à l’Iran, il avait récemment demandé une nouvelle fois la clôture d’une enquête de l’AIEA concernant des traces d’uranium enrichi retrouvées sur trois sites non déclarés, ce que le patron de l’agence, Rafael Grossi, refuse. « L’Iran doit coopérer pleinement et immédiatement avec l’AIEA, en toute bonne foi », font valoir les trois pays. Selon ces derniers, « la position de l’Iran n’est pas conforme à ses obligations juridiquement contraignantes et compromet les perspectives de rétablissement du JCPOA ».

Pressions européennes et américaines

L’Europe hausse donc le ton. « Compte tenu du fait que l’Iran ne conclut pas l’accord sur la table, nous discuterons avec nos partenaires internationaux de la meilleure façon de gérer l’escalade nucléaire continue de l’Iran et son manque de coopération avec l’AIEA ». Côté américain, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a affirmé que la dernière réponse de l’Iran dans les négociations en cours est « un pas en arrière », ajoutant : « Nous ne signerons un accord que s’il est bon pour notre sécurité nationale ». Et pour renforcer ses pressions, Washington a annoncé de nouvelles sanctions contre l’Iran.

Selon le Trésor américain, le ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité supervise plusieurs réseaux de cyber-espionnage et de piratage dans le monde. Il en cite un en particulier, prénommé « Muddy Water » (eaux troubles), qui mène des cyberattaques depuis 2018, profitant de la vulnérabilité des systèmes informatiques étrangers pour s’accaparer des données sensibles. Les sanctions prévues concernent notamment le gel de l’ensemble des avoirs et biens possédés par les personnes désignées aux Etats-Unis et interdisent aux entreprises américaines, dont les banques, de commercer avec elles.

Les Etats-Unis ont également annoncé d’autres sanctions à l’encontre des Gardiens de la Révolution et plusieurs entreprises iraniennes, impliqués dans la livraison de drones de combat à destination de la Russie en vue d’être déployés dans le conflit ukrainien. Les sanctions vont viser en premier lieu les Gardiens de la Révolution, déjà ciblés par une série de sanctions, notamment en lien avec le dossier du nucléaire iranien, et inscrits sur la liste noire américaine des « organisations terroristes ». Plusieurs entreprises, impliquées dans la recherche, le développement et la production des drones, ainsi que l’entreprise iranienne en charge de leur acheminement jusqu’à la Russie sont également directement visées. Les sanctions prévues concernent notamment le gel de l’ensemble des avoirs et biens possédés par ces entreprises aux Etats-Unis et augmentent le risque pour des entreprises internationales commerçant avec celles visées d’être elles-mêmes soumises à sanction.

Autant de développements qui poussent au pessimisme, comme le déclare Dr Ali Atef, spécialiste de l’Iran : « La situation est très critique. Et les scénarios possibles sont limités. Il se peut que chaque camp présente en contrepartie d’accords tacites. Mais à l’heure qu’il est, personne ne peut rien prédire, la confusion plane sur la situation actuelle ».

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