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Marwa El-Shafae : Pour l’amour de la bonne chère

Lamiaa Alsadaty , Mercredi, 07 septembre 2022

Cheffe cuisinière passionnée, Marwa El-Shafae a pris le parti de rendre à la gastronomie égyptienne ses lettres de noblesse. Elle encourage aussi les jeunes mamans à se lancer dans la pratique culinaire, avec toute sa variété, pour le bien de leurs petits.

Marwa El-Shafae

Un gâteau au chocolat crémeux, fondant et sucré, des pigeons fourrés au riz dorés et moelleux, des crêpes onctueuses à la crème fraîche ou des pizzas fines et souples avec de la sauce tomate et couvertes de mozzarella … autant de plats gourmands qui font saliver et de par la recette, et de par la présentation de la cheffe Marwa El-Shafae.

Cette cheffe cuisinière s’efforce de redonner vie aux recettes perdues et d’encourager notamment les mères à cuisiner pour les leurs. «  Je suis née dans une famille qui apprécie beaucoup la nourriture et pour qui le plaisir gustatif compte beaucoup. Ma mère travaillait; pourtant, elle cuisinait de bons plats frais. Mon père, quant à lui, était ingénieur aéronautique et comme il voyageait beaucoup, il n’hésitait pas à nous acheter des produits alimentaires exotiques, qui n’étaient pas disponibles sur le marché égyptien dans les années 1980 et 1990 », explique Marwa en toute simplicité, sans oublier d’affirmer que ni ses parents ni ses soeurs et son frère, ni elle-même non plus n’étaient corpulents. C’est comme si elle voulait mettre l’accent, comme d’habitude, sur le fait qu’on peut conserver une alimentation saine sans renoncer au plaisir que nous apportent certains aliments gras ou sucrés.

Marwa sait bien utiliser ses compétences et sa voix pour créer quelque chose qui est bon au goût et beau au regard. Avec ses assiettes colorées et ses plats pimentés, elle a réussi à amasser des followers qui dépassent les 2 millions sur les réseaux sociaux, dont Facebook, Instagram et sa chaîne « Cook & Eat Fel Baet » (cuisine et mange chez toi) sur la plateforme YouTube.

Enfant, elle incarnait la fille douce, obéissante, qui aimait aider sa maman dans les tâches ménagères. « J’adorais mettre les choses en ordre, et j’étais toujours fière que ma mère pouvait compter sur moi », raconte-t-elle avec son sourire remarquable.

Une fois le bac en poche, elle voulait s’inscrire à la faculté des langues ou des lettres. Or, elle s’est trouvée dans l’obligation de s’inscrire à la faculté de commerce, section anglaise. Une spécialisation dans laquelle elle ne s’est pas retrouvée. Il lui a fallu, néanmoins, des années pour redresser la barre. « Quand je suis devenue maman de trois filles, je me suis préoccupée par le désir de leur offrir de la bonne bouffe saine, propre et délicieuse. En outre, le fait de remarquer que les enfants aiment surtout aller au fast-food m’a poussée à faire des recherches sur Google et YouTube, et à sillonner les marchés pour trouver les ingrédients nécessaires afin de pouvoir leur préparer des pizzas, des burgers, etc., tout fait maison ». Ce n’était certainement pas évident. Mais, l’apprentissage se fait la plupart du temps grâce à l’expérimentation. Bref, par essais et erreurs. « J’ai découvert en moi la patience et la persévérance. Je n’hésitais pas à tout reprendre de nouveau au cas où ce serait raté. Et, quand c’est beau et bon, je photographiais les assiettes », souligne-t-elle, en expliquant l’impact de ses photos sur son parcours. « J’avais pris l’habitude d’envoyer les photos de mes plats sur les groupes WhatsApp des mamans. Petit à petit, ces dernières ont commencé à me traiter en vraie experte», rit-elle. Et d’ajouter: « A ce stade, j’étais encore novice, mais j’insistais sur le fait d’apprendre de mes erreurs et d’ajouter des modifications à certaines recettes ».

Pour elle, toute femme est cheffe dans son foyer, puisqu’elle cherche tout le temps à se débrouiller avec les ingrédients qu’elle a, d’où émane sa créativité: « Un bout de beurre par ici, des épices parsemées par là … D’ailleurs, la créativité pourrait être liée à la représentation, et pas nécessairement à la recette ».

C’est ainsi qu’elle a entamé son itinéraire de créativité. Et graduellement, elle passait d’un niveau à un autre. « Je me suis mise à photographier les différentes étapes d’une recette: 25 photos par recette, munies de commentaires. D’ailleurs, je ne prenais pas les choses au sérieux. Je plaisantais, j’écrivais des anecdotes et parfois même, je terminais par la phrase suivante: Si vous n’avez pas ces ingrédients… pas de soucis, faites un bon sandwich aux oeufs ! ». A force d’envoyer ses recettes en photos sur les groupes WhatsApp des mamans, on lui a demandé de créer une page Facebook regroupant toutes ses recettes. « Il y a 7 ans, un jour, à 6h du matin, j’ai pris la décision de créer une page Facebook. Et, au bout de 3 heures, j’ai eu 15000 abonnés! ».

Depuis, le nombre de ses fans ne cesse de croître, et son enthousiasme n’arrête de grandir. « Ma mère m’a beaucoup encouragée, trouvant que c’était une excellente initiative d’inciter les mamans à cuisiner pour leurs enfants. Mes filles, aussi, sont ravies de me voir partager des recettes avec les autres ». Elle a ainsi reçu, via sa page Facebook, une invitation afin de participer à l’émission télévisée pour femmes Sit Al-Hosn sur ONTV, en préparant du cinnabon en studio. Et depuis, c’est la spirale d’invitations. Marwa El Shafae a aujourd’hui son émission de cuisine Akla Beiti (recette fait maison) sur la chaîne Al-Nahar.

Sa cuisine repose sur les associations de saveurs, la recherche aromatique, la puissance des goûts, la délicatesse des expressions et aussi la bonne humeur. De quoi lui avoir permis de se faire une place de choix dans l’univers de la gastronomie au féminin en Egypte. « Mes ambitions n’ont pas de limites. Je rêve d’être une cheffe internationale, et de retrouver parmi mes fans sur Instagram un public du Brésil, de Chine, du Japon et d’Italie … ».

En effet, Instagram, c’est tout un monde qui s’ouvre à Marwa. « J’étais dans les nuages quand j’ai reçu une invitation du chef italien Pier pour collaborer avec lui dans une vidéo préparant une recette de pâte Tagliolini à la sauce tomate ». D’une drôle de façon, et sur les rythmes de la fameuse chanson Mambo Italiano, les deux chefs ont partagé entre eux les étapes de la recette. Lancée sur Instagram, au bout de quelques heures, la vidéo a amassé des milliers de visions.

Préparer les recettes à faire à la télévision en direct n’est pas évident. Or, avec le temps, Marwa a su constituer des archives renfermant toutes les recettes, avec toutes les modifications ajoutées, et parfois même avec des remarques sur son état d’âme, des situations bien données lors du tournage, etc.

« Les situations embarrassantes sont nombreuses. Une fois alors qu’on tournait en direct, le lait a bouilli et a débordé, une autre fois, le mixeur est tombé en panne … Pour s’en sortir, il faut être calme et surtout naturel. J’ai réagi, simplement, en riant… et les spectateurs ont compris que c’était tout à fait normal ! ».

Par ailleurs, d’autres situations sont touchantes et ne font que motiver la cheffe à exceller. « Un jour, une jeune femme est venue m’embrasser et me remercier pour la façon avec laquelle je présente mes recettes, car cuisiner lui était un vrai fardeau et une cause de problèmes quotidiens avec son mari. Mais en suivant étape par étape mes recettes, elle est devenue apte à cuisiner de bons plats ! », sourit-elle. Et d’ajouter : « J’ai reçu un message d’un Egyptien installé en Australie depuis de longues années qui m’exprimait sa joie d’avoir réussi à faire ma recette de zalabiya (un dessert égyptien dont le goût ressemble au churros), de quoi lui avoir rappelé sa maman. J’ai été très émue de voir parmi mon public un homme, qui a essayé une de mes recettes, laquelle a fait jaillir de bonnes sensations dans chaque bouchée, et qui a pris, en outre, la peine de m’écrire ».

Pourtant, on a tendance à dire souvent que le chef cuisinier est plus distingué que la cheffe et que c’est un métier plutôt masculin. « Pour moi, cuisiner c’est susciter une émotion par le goût, faire preuve de sensibilité. Mais au nom de quoi la sensibilité serait un attribut féminin? Un cuisinier crée un univers et une identité culinaires qui lui appartiennent, indépendamment de son genre. Le métier de chef est principalement occupé par les hommes, alors même que la cuisine familiale est le fait des femmes. Or, c’est un métier dans lequel les femmes ont toute leur place, car elles vivent pleinement leur engagement, font preuve de ténacité, d’endurance, de concentration … ». Est-elle pour que le mari aide sa femme en cuisine? « Et pourquoi pas? L’entraide homme-femme conduit à la complémentarité et fait jaillir une ambiance sereine et apaisée. Et puis, le repas est un moment convivial et bénéfique ».

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