Voyages > Tourisme >

Assassif-Sud révèle ses secrets

Nasma Reda , Mercredi, 07 septembre 2022

La mission des tombes d’Assassif-Sud a découvert des dizaines de fragments qui décorent la tombe thébaine du prêtre Karakhamon, ouvrant la voie à la reconstruction de sa deuxième salle à piliers.

Assassif-Sud révèle ses secrets
Reconstruction des piliers de la deuxième salle de Karakhamon.

Opérant depuis seize ans sur la nécropole d’Assassif-Sud, sur la rive ouest du Nil face à Louqsor, la mission américaine South Assasif Conservation Project, dirigée par Elena Pischikova, a annoncé qu’un grand succès a marqué les trois premiers mois de leur mission en 2022 commençant en juin dernier, avec la découverte de dizaines de fragments qui font partie de deux salles à piliers de la tombe de Karakhamon. Suite à cette découverte, ainsi que l’accomplissement des études des autres pièces découvertes la saison dernière, les archéologues ont pu reconstruire quelques scènes des piliers et parois de la deuxième salle de cette tombe. «  Après ces longues années de travail, nous pensions que la plupart des fragments de la décoration brisée de la tombe TT223 de Karakhamon ont été récupérés. La reconstruction des murs et des piliers de cette tombe comporterait cependant un certain nombre de lacunes (parties incomplètes) », a déclaré Pischikova, ajoutant que les résultats obtenus sont le fruit d’un travail d’équipe « qui implique les fouilleurs, les épigraphistes et nos merveilleux conservateurs égyptiens ».

L’équipe américaine d’excavateurs a commencé cette saison par des fouilles au nord de la cour de la tombe TT 390 où elle a mis au jour une cachette de fragments de la tombe de Karakhamon. « Juste après le dessablement de quelques-uns, nous étions sûrs que ces pièces vont combler un nombre considérable de lacunes sur la fausse porte et d’autres zones de la tombe de Karakhamon », assure la directrice de la mission. Les fragments, nouvellement découverts, ont fait l’objet d’une conservation d’urgence sur le site, puis d’un nettoyage et d’une consolidation avant d’examiner leur positionnement et de les installer. Ce groupe de fragments montre comment ils sont placés dans leurs endroits exacts lors de la reconstruction antérieure de la fausse porte depuis 2016. Un des plus beaux fragments retrouvés cette année est une main de porteur d’offrandes tenant un canard. D’autres pièces trouvées seront réinstallées à leur emplacement d’origine sur la colonne sud-est de la première salle aux piliers.

« Nous devons l’exécution du travail dans cette courte durée à Kenneth Griffin, membre de l’équipe depuis 2010 et conservateur au centre égyptien de l’Université de Swansea, qui a rejoint à distance la mission en juillet. Son identification des textes sur les fragments nouvellement trouvés et leur emplacement d’origine a été si rapide et efficace que nous avons senti sa présence fantôme sur le site », indique Pischikova, assurant que Griffin, enthousiasmé par les derniers résultats, a rejoint le projet en personne le 6 août dernier.



Les fragments trouvés correspondent au dessin de Lepsius.

D’ailleurs, l’une des réalisations les plus importantes de la saison 2022 est la découverte en juillet de la figure de Nesamenopet, frère du premier prêtre de Ka, Karakhamon. Selon les dessins des égyptologues du XIXe siècle, Lepsius et Prisse d’Avennes, Nesamenopet est représenté debout, à la paroi gauche de la salle à piliers de la tombe. « A l’époque de Lepsius, la tombe était partiellement effondrée, ce qui l’empêchait d’observer avec précision leurs caractéristiques architecturales. Cependant, Lepsius a décrit la tombe de Karakhamon comme une grande tombe avec une salle à six piliers. En fait, la tombe contient non pas une salle à piliers mais deux, la première avec huit piliers et la seconde avec quatre », explique Katherine Blakeney, membre de la mission de conservation, ajoutant que par cette découverte, l’art architectural de cette tombe peut être identifié.

En outre, une autre équipe de la mission, guidée par Steven Feurer, poursuit ses travaux sur la reconstitution des colonnes de la cour ouverte de la tombe TT 390, ainsi que les recherches sur les techniques de construction des colonnes remontant au royaume de Kouch (ancienne Nubie, au sud de l’Egypte).

Reconstruction de la deuxième salle de Karakhamon

La reconstruction de la deuxième salle à piliers de Karakhamon est un projet qui a commencé depuis la saison 2010 lorsque les vestiges des piliers ont apparu. La plupart des murs et des piliers étaient en mauvais état de conservation et ont été fortement détruits. Si l’architecture de la salle, ainsi qu’une partie importante du décor ont été reconstituées lors des saisons passées, beaucoup manque encore. « J’étais donc très excité quand Elena Pischikova m’a envoyé des photos de nouveaux fragments qui avaient été découverts juste à l’extérieur de la superstructure de TT 390. Un bon nombre de ces fragments proviennent du pilier nord, qui a été reconstruit durant la saison de 2015 », retrace Griffin, ajoutant que depuis dix ans, seules des traces d’hiéroglyphes ont été présentes sur la base de la face sud. Il précise que Lepsius, qui a visité la tombe dans les années 1840, a enregistré un petit nombre d’inscriptions dont les fouilles ont confirmé qu’elles se trouvaient dans la deuxième salle à piliers. « Lepsius s’est principalement intéressé aux noms et titres de Karakhamon. Il a également cité de courts extraits du Livre des Morts qui étaient, en fait, inscrits sur un des piliers de cette salle. Cela indiquerait que le pilier, dépourvu de décoration lors de sa découverte en 2010, était encore intact à l’époque », affirme Griffin.

Mais, selon lui, il y a quelques semaines, deux gros fragments ont été dégagés des fondations en plus des autres restaurés et étudiés pendant les saisons précédentes. « Cela a facilité notre travail à reconstituer les scènes manquantes et reconstruire les décorations des piliers. Comme presque tous les textes de la tombe de Karakhamon sont maintenant connus, j’avais auparavant enregistré une reconstruction de chaque texte. Cela a permis une identification presque instantanée de l’emplacement des fragments, en particulier ceux contenant de grandes parties de textes », souligne Griffin.

 

Une nécropole prometteuse

Assassif est une nécropole située dans une petite vallée de Thèbes ouest (portant le même nom), qui s’étend entre Deir Al-Bahari et Draa Aboul-Naga. Cette nécropole, qui se divise entre nord et sud, est riche de dizaines de tombes privées de nobles et de hauts fonctionnaires, remontant du Moyen-Empire jusqu’au début de la Basse-Epoque (656-332 av. J.-C.). Les plus majestueuses tombes datent de l’époque tardive, spécifiquement des XXVe et XXVIe dynasties, respectivement entre 747-656 av. J.-C. et 664-525 av. J.-C. Les hauts dignitaires thébains y construisirent de magnifiques tombeaux, plus vastes que ceux de leurs souverains. Les tombes furent toutes creusées dans le sol et non dans la montagne ou sur une colline. Plusieurs dizaines de tombes sont connues mais la majorité attend encore des fouilles ou une restauration.

Le projet de conservation des tombes d’Assassif-Sud est une mission qui travaille non loin du Ramesseum, sur plusieurs tombes datant du début de la XXVe dynastie (747-656 av. J.-C.). Durant 5 mois par an, plusieurs dizaines d’ouvriers et d’archéologues sont mobilisés principalement dans la tombe du prêtre Karakhamon. En 2013, la mission a découvert la chapelle d’Osiris, et dans sa cour, sans doute une cour solaire, la mission a dégagé d’inestimables objets dont un bassin, servant aux rituels funéraires. Une équipe fut chargée d’explorer le périmètre extérieur de la tombe. Son objectif était de découvrir les murs en brique de l’enceinte et l’éventuel pylône d’entrée, comme on peut en voir dans les autres tombes d’Assassif-Nord, près du temple de Deir Al-Bahari. Le point de départ pour cette saison était l’étude de la zone autour du premier pylône de TT 390, découverte la saison dernière, la préparation de la reconstruction des fausses portes de cette tombe et les travaux de conservation sur les fragments déjà découverts.

Lien court: