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Revue de presse sur la Syrie : à s’en couper les doigts

Alban de Ménonville, Mercredi, 18 septembre 2013

Qui ment ? Assad et Poutine ou Hollande et Obama ? Les méchants ou les gentils ? Quelques fleurs de la presse occidentale entre propagande, contradictions et mauvaise foi … Conclusion ? Une bataille biblique entre un monstre et un serpent face à un renard allié à Mitterrand.

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Seul un point met tout le monde d’accord : des armes chimiques ont été utilisées en Syrie. Dans le New York Times, Poutine affirme, le 12 septembre, « qu’il y a toutes les raisons de croire que le gaz neurotoxique a été utilisé par les forces d’opposition, pour provoquer une intervention de leurs puissants soutiens étrangers ».

Mais pour le clan va-t-en-guerre poussé par Obama et Hollande : c’est Assad le responsable. Poutine répond : mensonges, les mêmes que ceux qui ont conduit à l’invasion de l’Iraq. La presse tente de démêler le vrai du faux. Le 13 septembre, Le Monde donne la parole à un chercheur russe de l’Université américaine de Princeton, qui affirme que « l’arme chimique n’est pas faite pour les amateurs. Seules des troupes conduites par des officiers bien entraînés peuvent l’utiliser ».

Le chercheur américain d’origine russe (objectivité !) juge ainsi peu probable une utilisation par les rebelles syriens. La même semaine, le magazine L’Express publie une tribune de l’intellectuel Jacques Attali, qui affirme que « ces armes sont extrêmement faciles à fabriquer et tout autant à déclencher ». Hic !

Et tandis que le chercheur de Princeton attribue à la Russie l’origine de la présence d’armes chimiques en Syrie, Le Courrier de Russie écrit le même jour que c’est « la France qui a signé en 1969 avec la Syrie un accord de collaboration scientifique. Avec l’aide des Français, un centre de recherches a été créé en Syrie. Il s’agissait d’une agence étatique, responsable de la conception et de la fabrication des armes de destruction massive. Dans le même temps ont été créés en Syrie, avec la collaboration de sociétés occidentales, majoritairement françaises et ouest-allemandes, des sites de production, sous la forme d’usines pharmaceutiques ».

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Le 4 septembre, dans une interview donnée à Associated Press, Poutine insiste : « Et si on apprend que ce sont les rebelles qui ont eu recours aux armes chimiques, que feront les Etats-Unis et leurs sponsors dans cette situation ? Arrêteront-ils de leur livrer des armes ? Leur ferontils la guerre ? ».

Mais quand Poutine affirme, sans détours, que les Américains livrent depuis longtemps des armes aux rebelles, dix jours plus tard, Le Monde titre, dans un excès de prudence, de propagande ou de naïveté : Premières armes américaines [livrées] aux rebelles syriens. S’il avait été publié

il y a un an, cet article aurait pu être crédible …

Après les longues pages sur la cruauté de Bachar Al-Assad qui fleurissent dans les journaux occidentaux depuis plus de deux ans, c’est maintenant au tour de Poutine et de Lavrov d’être décrédibilisés par cette même presse. Le Time du 16 septembre consacre sa une à Vladimir Poutine, à la tête d’une Russie où règnent « la corruption, l’inflation et des services sociaux abjects ».

Quelques paragraphes plus tôt, il est écrit que Poutine « n’est pas encore Staline, mais va le devenir ». Poutine ? Un monstre, en quelque sorte.

Sergueï Lavrov, l’habile artisan de Poutine, est, lui, décrit dans Le Monde du 13 septembre comme un « animal à sang-froid » : serpent ou lézard, au choix. « Rompu aux chausse-trappes du langage onusien, glacial et rigide, M. Lavrov n’est pas un interlocuteur commode », poursuit le quotidien français. Que des compliments donc …

Pour un peu plus accentuer la balance de la propagande, le même numéro du Monde dédie une pleine page à François Hollande où il est, de manière flatteuse, mis en parallèle avec Mitterrand : « Syrie : Hollande dans les pas de Mitterrand », titre le journal au-dessus d’une interview qui le compare à un « renard », animal connu pour son extraordinaire intelligence. En bref, un renard face à un monstre secondé d’un serpent … Il ne manquerait plus à Obama que de devenir un lion et à Kerry un aigle pour être face à une splendide bataille biblique entre le bien et le mal.

Seul Paris Match semble considérer qu’il ne s’agit pas d’une bataille entre les dieux et les démons. Dans son avant-dernier numéro, il consacre quatre pages à la famille Al-Assad. On y voit Bachar, joyeux, en jean et t-shirt, jouant au foot avec Hafez ou construisant un bonhomme de neige avec Karim. « La famille au complet par un bel après-midi d’hiver sur les montagnes qui dominent Damas », écrit Paris

Match, poétiquement, en légende.Enfin un peu d’humanité …

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