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Le Sinaï révèle ses secrets

Nasma Reda , Mercredi, 17 août 2022

Une étude des voies et canyons des montagnes de Noweiba, au sud-est du Sinaï, aboutit à la découverte de graffitis, d’inscriptions et de dessins de l’ère préhistorique jusqu’à l’époque islamique.

Le Sinaï révèle ses secrets

C’est confirmé. Les graffitis, inscriptions, dessins et écritures découverts dans la région de Noweiba, au sud-est de la péninsule du Sinaï, remontent à l’ère préhistorique, thamudéenne, nabatéenne et jusqu’au début de l’époque islamique. Le tout a commencé lorsque l’aventurier Ahmad Aboul-Séoud a découvert par hasard des inscriptions et des dessins rupestres lors d’une escalade des montagnes dans la région de Noweiba. «  D’abord, j’ai cru que ces graffitis et écritures sont récents et que l’un des bédouins ou expéditeurs les ont gravés pendant leurs voyages. En les montrant à mon guide bédouin qui a l’habitude d’accompagner des touristes dans les vallées de Noweiba, il m’a assuré que ce sont ses ancêtres qui les ont gravés sur les roches ou dans les canyons des montagnes depuis des siècles », explique Aboul-Séoud, ajoutant qu’en comparant les photos prises de quelques vallées du Sud-Sinaï avec d’autres sur Internet, il s’est assuré qu’il s’agissait d’une découverte importante.

Suite à sa publication de documentaires et de photos dans différents sites sur les réseaux sociaux, Tamer Al-Iraqi et Mahmoud Touny, deux archéologues spécialistes de graffitis, de dessins et d’écritures rupestres, surtout préhistoriques, ainsi que des inscriptions antiques présentes dans la péninsule arabique, se rendent à Noweiba et commencent leurs prospections archéologiques de quelques anciennes voies dans le sud du désert du Sinaï. Il s’agit surtout de Gabal Al-Marwah, dit aussi Ouadi Ras Ghazala, où se propagent différents dessins de gazelles, de Bir Sewair et de Ouadi Al-Gibi, où les deux spécialistes ont étudié en détails les inscriptions, graffitis et écritures rupestres et ont publié leurs résultats. « On a divisé notre étude en deux; une concernant les graffitis et l’autre les dessins », explique Tamer Al-Iraqi, spécialiste des inscriptions nabatéennes, qui était le premier à se rendre sur les sites. Selon les deux chercheurs, c’est pour la première fois que ces vallées sont fouillées et étudiées.

Evolution des dessins

Après une étude approfondie, qui a duré neuf mois, et en ayant recours aux moyens technologiques modernes, les résultats étaient éblouissants. Les chercheurs ont découvert des dessins qui vont de la période préhistorique jusqu’à l’ère islamique. En fait, les trois sites de cette recherche contiennent des graffitis, des inscriptions et des dessins rupestres de toutes les époques. L’évolution du niveau de dessins, des matières utilisées, soit des encres noires ou rouges, ainsi que les méthodes de creusage, varient d’une époque à l’autre. « La plupart des dessins rupestres découverts à Ouadi Ras Ghazala ou à Bir Sewair sont exécutés à la surface des grands rochers. Il s’agit des dessins de certains animaux sauvages tels que des taureaux, des cerfs, des vaches, des chiens de chasse et certains types de bétail, ainsi qu’un dessin rupestre d’un cerf sauvage et un autre d’une chèvre de montagne. Ces dessins qui varient en dimensions remontent à la préhistoire », explique Mahmoud Touny, chercheur à la faculté des antiquités de l’Université du Fayoum.

Selon les deux chercheurs, ces dessins d’animaux rupestres exécutés de manière répétitive ont continué jusqu’à l’Ancien Empire. « Certains dessins rupestres de l’antiquité ont été trouvés à côté d’une des inscriptions nabatéennes représentant un cavalier tenant la bride par sa main droite et sa main gauche pointant son épée », explique Al-Iraqi, ajoutant que ces dessins datent de la période nabatéenne, parce que le cheval n’est apparu dans la péninsule arabique qu’à une période très tardive. En fait, un groupe de dessins rupestres a également été trouvé à Ouadi Abou-Khamsa, représentant une troupe de chameaux. « L’artiste a excellé en ajoutant l’élément du mouvement à travers les mouvements des pieds », dit Al-Iraqi. D’ailleurs, quelques dessins révélés montrent le mode de vie et les activités humaines qui existaient durant la préhistoire dans les déserts égyptiens. « Il paraît, d’après les différents dessins, que ces vallées du Sinaï étaient des allées et des abris pour les voyageurs afin de se reposer et avoir leurs provisions nécessaires », affirme l’explorateur, ajoutant qu’une scène de guerre est gravée au sommet de Gabal Al-Marwah, à Bir Sewair. « Il est très probable que cette guerre ait été déclenchée pour dominer ou contrôler les sources d’eau potable des puits », estime Aboul-Séoud.

Inscriptions et écritures rupestres

« Notre recherche consistait à faire une étude analytique des différentes inscriptions thamudéennes, nabatéennes et islamiques découvertes dans les vallées de Noweiba. On étudiait ces inscriptions qui sont accompagnées de transcriptions, notamment en ce qui concerne le sens et la structure de certains termes, ainsi que des noms propres relevés », explique Touny. Les noms des propriétaires des chameaux sont gravés à travers des lettres séparées de droite à gauche, entre les pieds de l’animal ; comme Arane à Ras Ghazala et Herich à Bir Sewair. Ces inscriptions remontent aux époques thamudéenne et nabatéenne. « Les Thamudéens ou Nabatéens qui se sont installés dans les vallées de Noweiba, et où ils ont élevé des animaux, ont bien représenté leur possession de ces animaux par des inscriptions rupestres très détaillées. A travers des dessins, ils ont même pu montrer la différence entre les chameaux et les chamelles », déclare Al-Iraqi. En outre, dans la vallée Abou-Khamsa, toujours à Bir Sewair, le nom du prophète Mohamad a été clairement révélé. Il était gravé à l’encre noire.

Les deux chercheurs ont prouvé que ces vallées contenaient des graffitis et écritures thamudéens remontant à l’an 250 av. J.-C. tandis que la plus ancienne inscription nabatéenne découverte dans la péninsule du Sinaï remonte à l’an 50 av. J.-C. « Grâce au commerce et à l’exploitation minière, le Sinaï était devenu un point de rencontre entre les continents africain et asiatique, et cette péninsule est devenue l’un des sites les plus attractifs et une destination pour les migrations entre l’Afrique et l’Asie depuis l’antiquité », assure Touny qui indique que des dessins d’hommes armés ont été gravés sur les rochers. Ce qui montre que cette voie commerciale était bien sécurisée.

En fait, cette étude a pu non seulement révéler les types d’inscriptions rupestres à travers leur contenu linguistique, leur importance et leur connotation mais aussi prouver que les migrations thamudéennes vers le Sinaï étaient antérieures aux nabatéennes. « L’étude a également confirmé que les inscriptions rupestres à Bir Sewair montrent que ce site était une station commerciale utilisée par les Arabes nabatéens dans leur commerce avec l’Egypte, puis cette région est devenue une station importante à l’ère islamique », conclut Tony.

 

Le Royaume nabatéen était un Etat de la péninsule arabique s’étalant sur les territoires des actuelles Jordanie, Syrie, Arabie saoudite, Egypte et Palestine depuis le IIIe siècle av. J.-C. jusqu’à l’an 106 apr. J.-C. Ce royaume contrôlait de nombreuses routes commerciales de la région. Les Nabatéens faisaient partie des nombreuses tribus bédouines nomades qui parcouraient le désert arabique et se déplaçaient avec leurs troupeaux partout où ils pouvaient trouver des pâturages et de l’eau.

Le thamudéen ou le thamudique est un ancien dialecte arabe attesté par des inscriptions préislamiques dans le désert d’Arabie et le Sinaï. Il a été utilisé entre le IVe siècle av. J.-C. aux IIIe ou IVe siècles après J.-C. Ce dialecte a été progressivement remplacé par l’arabe. Le nom Thamudéen est dérivé du nom de la tribu Thamud du nord de l’Arabie saoudite.

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