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REMANIEMENT : Relever les défis d’avenir

May Al-Maghrabi , Mercredi, 17 août 2022

Le nouveau gouvernement a prêté serment dimanche devant le président de la République. Il comprend 13 nouveaux ministres dont deux femmes. Plusieurs dossiers importants attendent le nouveau cabinet. Dossier.

Relever les défis d’avenir
Le président Sissi a reçu dimanche à Al-Alamein le premier ministre et les 13 nouveaux ministres de son gouvernement.

Les 13 nouveaux ministres du gouvernement Madbouli ont prêté serment dimanche devant le président Abdel-Fattah Al-Sissi, au palais présidentiel à la nouvelle ville d’Al-Alamein. Le chef de l’Etat les a appelés à « déployer des efforts pour défendre les intérêts de la nation », selon un communiqué de la présidence. Il les a de même exhortés à reconnaître la grande responsabilité qui les attend dans le contexte des récents changements survenus sur la scène internationale qui ont touché tous les pays du monde, y compris l’Egypte. « Les défis actuels exigent un travail acharné », a déclaré le président.

Ce large remaniement ministériel du gouvernement de Madbouli a vu l’entrée de 13 nouveaux ministres dont deux femmes et le maintien de 18 autres. Le dernier remaniement ministériel au sein du cabinet Madbouli, en place depuis juin 2018, était en décembre 2019. Le remaniement a été approuvé samedi par le Conseil des députés après une séance extraordinaire convoquée par le chef de l’Etat. Le remaniement vise à revitaliser les performances du gouvernement. Rappelons que l’article 129 du règlement interne du Conseil des députés stipule que si le président décide de remanier le gouvernement, il doit informer les membres du conseil de sa décision. La décision du président doit être approuvée par la majorité des deux tiers des députés.

Le remaniement n’a pas touché aux ministères-clés comme les Affaires étrangères et l’Intérieur, et les changements ont porté surtout sur les ministères chargés dits « de service » comme la Santé, l’Education, l’Irrigation, le Développement local, la Production militaire, la Main-d’oeuvre, le Tourisme, l’Aviation, l’Emigration et la Culture.

Selon le politologue Tarek Fahmy, le remaniement est intervenu à un moment important en raison notamment du contexte mondial. Il montre les priorités du gouvernement au cours de la période à venir. « Le choix de ministres technocrates convient à la période qui vient où l’Egypte aura besoin de ministres qualifiés et expérimentés pour appliquer le plan du gouvernement et traiter certains dossiers importants comme l’assurance médicale intégrale, la réforme du système éducatif et l’augmentation des ressources de l’Etat », assure Fahmy. Selon lui, il était important d’engager de nouvelles figures afin de poursuivre la réforme de certains secteurs vitaux et revitaliser d’autres secteurs comme le tourisme et l’aviation qui représentent une source importante de devises étrangères. Selon Fahmy, injecter du sang neuf dans un ministère comme l’Irrigation et les Ressources en eaux est important car l’Egypte est confrontée à un défi hydrique de taille. Même chose pour le ministère du Développement local, responsable des municipalités qui souffrent de maintes défaillances, ou encore le ministère de l’Emigration chargé des affaires des Egyptiens à l’étranger.

Répondre aux attentes de la rue

Pour l’ensemble des forces politiques, ce remaniement répond aux attentes de la rue. Le député Amr Darwich, membre du comité de coordination des jeunes des partis politiques, trouve que le remaniement reflète l’intérêt accordé par l’Etat aux services présentés aux citoyens comme la santé, l’éducation, les municipalités et les Egyptiens à l’étranger. « Ce remaniement a été fait après une étude profonde sur les besoins du pays en ce moment. Ce qui ne veut pas dire que les ministres sortants n’étaient pas à la hauteur de la responsabilité, mais ils ont accompli leurs rôles, et aujourd’hui le moment est venu de travailler avec d’autres méthodes », explique Darwich. Il donne à titre d’exemple la nomination du général Hicham Amna, ancien gouverneur de Béheira, au ministère du Développement local. « C’est un bon choix. Amna était un bon gouverneur et il connaît très bien les problèmes des municipalités comme les infractions dans les constructions et le phénomène de l’empiètement sur les terres agricoles. Des dossiers importants qui touchent directement à la vie des citoyens. Si les solutions apportées par l’ex-ministre n’ont pas totalement abouti, il était normal de confier la responsabilité à une autre figure », explique Darwich. Il affirme par ailleurs que le parlement suivra de près l’exercice du nouveau gouvernement. Essam Khalil, président du parti des Egyptiens libres, pense que le remaniement des portefeuilles de l’Industrie, de la Production militaire, du Secteur des affaires et de la Main-d’oeuvre montre que l’Etat accordera au cours de la prochaine période un grand intérêt au développement de l’industrie locale. « Le changement des ministres du Tourisme et de l’Aviation vise à promouvoir ces secteurs vitaux et accroître leurs ressources. Le choix d’un économiste à la tête du ministère du Tourisme confirme cette orientation. Disons que globalement, le remaniement a deux objectifs, à savoir augmenter les ressources de l’Etat et améliorer les services offerts aux citoyens », affirme Khalil.

Education et santé, deux priorités

Quant au député Soliman Wahdan, sous-secrétaire du parlement, il pense que les deux plus importants changements concernent les anciens ministres de l’Education, Tarek Shawky, et de la Santé, Hala Zayed. « L’éducation et la santé sont les clés d’un pays fort et civilisé. C’est pourquoi l’Etat les place à la tête de ses priorités depuis quelques années. Déjà, des mesures importantes ont été prises au cours de la période passée pour réformer ces deux secteurs. Rappelons, à titre d’exemple, le lancement du système d’assurance médicale intégrale et la réforme révolutionnaire du système éducatif. Deux grands projets qui ont besoin aujourd’hui d’une nouvelle vision pour surmonter les difficultés », indique Wahdan, qui affirme, par ailleurs, que la nomination de Khaled Abdel-Gaffar était attendue puisqu’il occupait déjà provisoirement ce poste depuis quelques mois. « L’exercice de Abdel-Ghaffar au ministère de l’Enseignement supérieur et la réforme qu’il a introduite dans les hôpitaux universitaires, ainsi que sa bonne gestion du ministère de la Santé laissent à penser qu’il y aura une avancée palpable dans le secteur de la santé qui fait face à plusieurs défis », ajoute Wahdan.

Concernant l’éducation, Soad Saber, experte pédagogique, pense que Tarek Shawky a tenté d’appliquer sa vision pour réformer le système éducatif, mais aujourd’hui, il est temps de confier la responsabilité à une autre personne ayant une autre vision afin de mettre en place cette réforme. « Personne ne peut nier que Shawky a accompli parfaitement sa mission en mettant en oeuvre une réforme de fond du système éducatif basé sur la technologie moderne, la réflexion et la recherche. Ses réalisations sont multiples dont la formation des professeurs et l’intégration des infrastructures technologiques dans les écoles. Il a fait face à de multiples critiques comme tout responsable qui innove », pense Saber. Reste que pour Tarek Fahmy, la réussite du nouveau gouvernement dépendra de la définition d’une feuille de route précise et détaillée sur les priorités et les objectifs de chaque ministère dans le cadre de la stratégie globale de l’Etat.

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