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En Iraq, Sadr fait monter les enchères

Ines Eissa , (avec Agences) , Mercredi, 10 août 2022

Les partisans du courant sadriste poursuivent leur sit-in au parlement, alors que leur leader, Moqtada Sadr, appelle à la dissolution du parlement et à des élections anticipées.

En Iraq, Sadr fait monter les enchères

La crise n’est pas près de prendre fin en Iraq. C’est en tout cas ce que laisse prévoir la réaction du camp sadriste. L’influent leader chiite, Moqtada Sadr, a, en effet, appelé à poursuivre la mobilisation. La semaine dernière, il avait appelé à élargir la contestation en Iraq et à soutenir les manifestants qui occupent le parlement, n’offrant aucun signe de désescalade dans un pays plongé dans la crise. Depuis, des milliers de partisans de Moqtada Sadr campent dans le siège du parlement, dans la Zone verte ultrasécurisée de Bagdad, pour protester contre un candidat au poste de premier ministre proposé par leurs adversaires. L’occupation du parlement est donc partie pour durer, plongeant davantage le pays dans l’impasse politique. Sadr a également demandé, mercredi 3 août, la dissolution du parlement iraqien et la tenue d’élections législatives anticipées. Alors que le pays est paralysé par les querelles politiques, il a estimé qu’il n’y avait « aucun intérêt » à dialoguer avec ses adversaires. Or, la dissolution du parlement ne peut être actée que par un vote à la majorité absolue, selon la Constitution iraqienne. Elle peut être demandée par un tiers des députés, ou par le premier ministre avec accord du président de la République. La tension est montée d’un cran en Iraq après le rejet par Sadr d’un candidat au poste de premier ministre présenté par ses adversaires, les factions chiites pro-Iran qui forment l’influent Cadre de coordination.

Moqtada Sadr, le trublion de la politique iraqienne, a salué une « révolution spontanée et pacifique qui a libéré la Zone verte, une première étape », y voyant une opportunité extraordinaire pour un changement fondamental du système politique. Il a appelé tout le monde, « y compris nos tribus, nos forces de sécurité, et les membres du Hachd Al-Chaabi (ex-paramilitaires pro-Iran intégrés aux forces régulières) à soutenir les révolutionnaires ».

« Le leader chiite Moqtada Sadr s’engage depuis quelques années dans un jeu de bras de fer contre les forces politiques chiites pro-iraniennes rassemblées dans le Cadre de coordination. En effet, Sadr représente le courant chiite nationaliste et pro-arabe, contrairement au Cadre de coordination dirigé par Nouri Al-Maliki », explique Dr Mona Soliman, chercheuse au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, en ajoutant que « la crise politique actuelle en Iraq reflète par excellence la résistance croissante du peuple iraqien à l’ingérence iranienne dans le pays ».

Face au courant sadriste, ses adversaires du Cadre de coordination, alliance de factions chiites pro-Iran regroupant le Hachd Al-Chaabi, ont réagi dans un communiqué en réitérant « l’appel au dialogue avec toutes les forces politiques, en particulier le courant sadriste ». Ils se sont dit, jeudi, ouverts à des élections législatives anticipées en Iraq sous certaines conditions. Cela doit se faire « après avoir atteint un consensus national sur la question et fourni un environnement sûr pour leur tenue », souligne le communiqué du Cadre de coordination. Et avant tout, il importe de « respecter les institutions constitutionnelles et ne pas perturber leur fonctionnement », ajoute le texte, en allusion au sit-in dans le parlement. L’alliance, qui a désigné le candidat au poste de premier ministre rejeté par Sadr, a dans le même temps déploré une escalade continue, accusant indirectement Moqtada Sadr d’appeler à un coup d’Etat contre les institutions étatiques après son tweet. Le Cadre de coordination englobe aussi la formation de l’ex-premier ministre, Nouri Al-Maliki, ennemi historique de Sadr. L’alliance avait proposé de confier les rênes du nouveau gouvernement à Mohamed Chia Al-Soudani, un ancien ministre de 52 ans.

« A mon sens, Sadr vise par cette escalade politique à bousculer entièrement le système politique en place depuis la Constitution de 2003. Dans ce contexte, le scénario le plus probable serait l’appel à des élections législatives anticipées », conclut Dr Mona Soliman, en précisant que « ceci porterait atteinte aux institutions et affaiblirait les forces politiques pro-iraniennes en Iraq ».

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