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Le cheval comme aide-soignant

Dina Bakr , Mercredi, 10 août 2022

La thérapie équine attire de plus en plus d’handicapés en Egypte. L’objectif est d’améliorer leur qualité de vie et de mieux les intégrer dans la société.

Le cheval comme aide-soignant
L’équitation favorise les mouvements fonctionnels et améliore le sens de l’équilibre.

Bien réagir face à différentes situations, ne pas craindre les gens et s’intégrer dans la société sont des qualités que Moustapha, 27 ans, atteint du syndrome de Down, a acquises grâce à la thérapie par le cheval. «  Sa passion pour les chevaux est née lors d’une excursion aux pyramides, alors qu’il avait 17 ans », évoque Rania, sa mère. Sachant gérer son temps tout en faisant des choses utiles, cette maman n’hésite pas à louer une partie d’une ferme à Haram (sud du Caire) ou se rendre à l’autre bout de la ville, au club sportif de Madinet Nasr, afin que son fils monte sur son cheval préféré et bénéficie de l’encadrement d’un entraîneur privé. « C’est difficile de trouver un endroit qui accepte nos enfants », signale-t-elle.

Depuis son jeune âge, les médecins recommandaient aux parents de Moustapha de lui apprendre à pratiquer la natation. D’après les spécialistes, c’est le sport idéal pour ceux qui souffrent d’un handicap, car en nageant, ils font travailler tous les muscles du corps. En même temps, ils n’ont pas à affronter un adversaire comme dans d’autres sports de combat ou d’arts martiaux tels que le judo, le karaté ou les sports collectifs qui peuvent les indisposer ou nuire à leurs fonctions neurologiques.

Un nouveau remède

D’après le blog hop’toys, l’équithérapie est une véritable école de la vie. Une thérapie qui convient à toutes les personnes: enfants, adolescents ou adultes. En effet, le cheval se révèle être un véritable aide-soignant à même d’accompagner les personnes qui ont besoin de soins dans les domaines de la pathologie physique mentale, qui souffrent de difficultés psychiques (dépression, troubles de comportement alimentaire, addiction, désorientation, etc.), ou encore en rupture sociale. Cet animal permet de développer la patience, le sens de la responsabilité, la volonté, le calme, la rigueur et la confiance en soi. « Sa confiance en soi et sa concentration se sont nettement développées, mon fils arrive à maîtriser les mouvements du cheval, tout en indiquant à l’animal le chemin à suivre. En faisant de l’équitation, il a appris qu’en essayant plusieurs fois, il va aboutir aux résultats souhaités », commente Rania.

Elle ajoute que, durant les séances d’équithérapie, son fils apprend des choses qui ont une influence sur sa vie de tous les jours. Cette maman est satisfaite du résultat, car son fils Moustapha s’entraîne depuis un an et demi avec des enfants normaux au club Ferroussia à Guézira (quartier de Zamalek, au centre-ville). « Il a participé à des championnats régionaux et a reçu 3 médailles. J’espère que ces championnats permettront de révéler ses compétences et potentiels et non pas seulement de conduire son cheval en suivant des itinéraires déterminés. Ce sport bienfaisant pour les handicapés attire de plus en plus les personnes qui présentent des déficiences mentales », confie Rania.


Le club Ferroussia à Guézira est le premier centre d’équitation à avoir ouvert ses portes à la thérapie par le cheval.

L’équithérapie fait ses premiers pas en Egypte. Au club Ferroussia de Guézira, on compte actuellement 25 cavaliers handicapés mentaux et physiques. Ce genre de thérapie a commencé en Suède et s’est propagé dans les années 1960 dans d’autres pays européens comme la France. L’équithérapie a fait également son apparition il y a une vingtaine d’années en Jordanie et en Arabie saoudite. « C’est suite à la déclaration de 2018 année des handicapés que le club a décidé de consacrer un espace à l’équithérapie. Notre club voulait que les handicapés participent à ce sport. Nous allons agrandir notre écurie en achetant des chevaux stérilisés et des juments au caractère doux et calme, peu craintifs et réceptifs », décrit Hani Magdi, directeur technique de l’équitation au club Ferroussia.

Ce club a recruté Habiba Rezq, 23 ans, une jeune femme de nature patiente, pour apprendre aux jeunes à monter à cheval. « Je dois tenir compte des tempéraments des cavaliers car même si le type de handicap est pareil, les caractères des personnes diffèrent. Certains ont peur des voix hautes, d’autres sont lunatiques, tandis que d’autres ressentent du stress ou de la peur », décrit-elle. D’abord, il faut les aider à être confiants en trottant à cheval ou les calmer s’ils tombent du cheval. Rezq leur apprend à tisser une relation avec le cheval. Elle organise des activités comme par exemple donner à manger aux chevaux, les laver, les brosser ou leur apprendre à mettre les selles sur le dos d’un cheval, poser et enlever les brides ou les têtières. « Il s’agit de familiariser le cavalier avec le monde du cheval pour qu’il ne panique pas en cas de chute et reprenne son entraînement sans être effarouché. Le cavalier doit aimer l’équitation pour pouvoir contrôler ses émotions et réactions et améliorer sa santé mentale », explique la jeune cavalière. Habiba Rezq a élargi ses connaissances en matière d’équithérapie grâce à Internet. Elle répertorie les différents cas de handicap tout en notant les informations transmises par les parents et les spécialistes afin de mettre en place des programmes d’entraînement qui s’adressent aux besoins des différents cas de handicap.

En fait, la thérapie par le cheval ne peut rendre une personne à 100% normale, mais l’aide à mieux gérer sa vie et à diminuer son taux de déficience. « Mon fils est autiste. Diagnostiqué enfant hyperactif, on lui a prescrit des sédatifs. Résultat: il a l’air épuisé toute la journée et il dort beaucoup. Ce qui veut dire que j’ai un enfant malade qui ne profite pas d’une vie sociale saine », souligne Doaa, la maman de Taha, 9 ans. Cela n’a pas été facile pour elle de contrôler la violence de son fils, mais après plusieurs consultations chez un psychiatre et des séances de physiothérapie, elle lui a mis en place un emploi du temps avec des cours de natation 3 fois par semaine, et de l’équithérapie une fois par semaine. Par ailleurs, il suit des séances de conversation, fait du bricolage et apprend à dessiner dans une association qui s’occupe du développement des compétences des handicapés. Il pratique ces activités depuis l’âge de 4 ans, mais cela fait un an qu’il pratique l’équithérapie. « La thérapie par le cheval a calmé sa nervosité, il est devenu aimable avec les étrangers et ne manifeste plus de gestes agressifs », dit-elle.

D’après les neurologues, les troubles du spectre de l’autisme poussent les enfants à s’isoler. Et s’ils ne pratiquent pas d’activités, ils risquent d’être détachés du monde et ne peuvent vivre normalement ni chez eux ni ailleurs. Maha Nada, professeure de neurologie à l’Université de Aïn-Chams, conseille aux parents d’autistes d’adopter des animaux afin que leurs enfants puissent s’exprimer et extérioriser leurs sentiments. L’équithérapie contribue aussi à améliorer les problèmes musculaires des personnes atteintes de poliomyélite et ceux qui présentent des insuffisances respiratoires ou souffrent de crises de suffocation.

« Monter à cheval apprend à ceux qui sont atteints du syndrome de Down l’engagement, tout en améliorant leur concentration. En plus, l’harmonisation du mouvement entre le cavalier et le cheval favorise la coordination neuromusculaire et stimule la fonction cérébrale. L’équithérapie est déjà un bon exercice pour les cellules du cerveau car cela aiguise la réflexion tout en détendant le cavalier handicapé », décrit Nada. Elle ajoute que si le patient souffre d’un autisme sévère, il faut éviter ce genre de sport car il risque de l’irriter à cause du contact physique.

Un animal noble

L’équithérapie commence à faire des émules en Egypte. Ainsi, El Fares Academy, à Tagammoe Al-Khamès (banlieue nord-est du Caire), a programmé des séances d’équithérapie en parallèle avec les cours d’équitation. « J’ai dépensé énormément d’argent dans ce projet car je pense que le cheval aide la personne handicapée, mais aussi normale, à se sentir mieux dans sa peau. Ce sport, pratiqué avec un cheval intelligent et sensible, est l’idéal car cet animal est le seul qui ne fait pas de discrimination », explique Doaa Saad, propriétaire d’El Fares Academy.

Moustapha, 25 ans, a été traumatisé à l’âge de 16 ans suite à un cambriolage armé survenu à son domicile. Une crise de suffocation due au choc a raidi son côté gauche, et au niveau du langage, il présente des troubles et parle lentement. « Les 8 séances d’équithérapie ont beaucoup amélioré mes capacités physiques, j’arrive à monter doucement les marches des escaliers, la position en équilibre à cheval a réduit mes douleurs à la colonne vertébrale, je me sens plus détendu et je dors la nuit », raconte Moustapha. En fait, cela fait 9 ans qu’il fait des séances de physiothérapie mais le résultat obtenu avec l’équithérapie a été plus rapide. « Le cheval aide le cavalier à se concentrer sur l’essentiel, ce qui permet d’être vigilant. Je pense que l’énergie qui se dégage du cheval se transmet au cavalier, c’est pour cela que durant l’entraînement, on invite les cavaliers à s’allonger sur le dos du cheval pour imprégner le corps du cavalier des bienfaits que ce noble animal apporte », conclut Mohamed Hamed, physiothérapeute.

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