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La formidable histoire du Musée Gayer Anderson

Doaa Elhami , Mercredi, 03 août 2022

Le Musée Gayer Anderson dans le quartier de Sayéda Zeinab célèbre ses 77 ans. Focus sur ce musée cosmopolite.

La formidable histoire du Musée Gayer Anderson
Le salamlek. (Photo : Doaa Elhami)

Au sein du fameux quartier de Sayéda Zeinab, au Caire, juste à côté de la mosquée d’Ahmad Ibn Touloun, se dresse majestueusement le Musée Gayer Anderson, connu aussi sous le nom de Beit Al-Kritliya (la maison de la Crétoise). Si le musée fête cette année ses 77 ans d’existence, la date de construction de ses bâtiments est beaucoup plus ancienne. En effet, le musée est composé de deux maisons remontant à l’époque ottomane et ayant appartenu à plusieurs propriétaires. La première maison a été bâtie en 1540 par Mohamad Ibn Salem Al-Gazzar, alors que la deuxième a été érigée 91 ans plus tard, soit en 1631, par Abdel-Qader Al-Haddad. Cette maison a été vendue à plusieurs reprises et sa dernière propriétaire était une dame crétoise, d’où le nom du bâtiment. «  Le nom de Beit Al-Kritliya réfère à la dernière propriétaire de la maison qui était crétoise », souligne la directrice adjointe du musée, Ebtessam Abdel-Wahed. L’architecture des deux maisons est faite dans le style arabe avec une entrée « cassée » pour garantir l’intimité et éviter les regards des visiteurs. L’entrée donne accès à un couloir tournant qui mène à la cour de la maison agrémentée de jarres d’eau et de petits bassins qui servent d’abreuvoirs pour les volailles et les bovins. Plusieurs pièces sont rattachées à la cour et servent de dépôts pour stocker les provisions. Ensuite, il y a les salles d’accueil et de festivités consacrées aux hommes (salamlek) et le harem, consacré aux femmes de la maison. Enfin se trouvent les pièces de service comme la chambre à coucher. « Chacune des deux maisons se caractérise par ses motifs décoratifs », explique Mervat Ezzat, directrice du musée. La première maison, construite au début du régime ottoman, a gardé le style décoratif mamelouk avec ses couleurs, sa calligraphie et ses motifs géométriques et botaniques. Quant à la deuxième maison, construite près d’un siècle plus tard, ses motifs ornementaux sont purement ottomans.


Des chandeliers exposés au musée. (Photo : Doaa Elhami)

Un siècle d’existence

Selon Mervat Ezzat, la région qui entoure la mosquée d’Ahmad Ibn Touloun était occupée par un nombre considérable de maisons jusqu’aux premières années du XXe siècle. Mais en 1920, l’Organisme des monuments arabes lance un projet d’élargissement de la mosquée d’Ibn Touloun. Toutes les maisons dans les alentours de la mosquée ont donc été démolies sauf celle de Mohamad Ibn Salem Al-Gazzar et celle de la Crétoise. « Ces maisons étant en bon état et renfermant des éléments architecturaux mamelouks et ottomans, les responsables de l’Organisme des monuments arabes les ont restaurées et les ont reliées par un pont pour en faire une seule maison », explique la directrice du Musée Gayer Anderson.


Le trône du khédive Ismaïl. (Photo : Doaa Elhami)

Vu la grandeur des bâtiments et leur beauté architecturale, l’officier britannique Gayer Anderson, qui a fait son service militaire en Egypte et y a vécu après sa retraite, a acheté les deux maisons au gouvernement égyptien et les a restaurées. Passionné par les monuments, notamment égyptiens, il y expose sa collection achetée lors de ses multiples voyages et demande au gouvernement de transformer les deux maisons en musée qui portera son nom après sa mort. Il s’éteint en 1943, date de l’ouverture du Musée Gayer Anderson. Les salles du musée sont réparties en deux catégories: le salamlek et le harem. « Elles comprennent un mobilier de style arabe. Le deuxième type de salles présente des pièces de différentes civilisations: chinoise, turque, perse, hindoue, anglaise, dammarienne et byzantine », souligne Ebtessam Abdel-Wahed. Parmi les chefs-d’oeuvre du musée, on distingue le trône du khédive Ismaïl, présenté dans la salle turque, dont le dos est coiffé de la couronne de la famille alide. Cette même salle expose aussi l’un des plus anciens portraits de Mohamad Ali, fondateur de la famille alide, datant de 1820. Le Musée Gayer Anderson est riche non seulement par son architecture, mais aussi par ses trésors.

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