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FMI : Difficiles négociations

Salma Hussein , Mercredi, 03 août 2022

Le gouvernement égyptien mène des négociations avec le Fonds Monétaire International (FMI) pour obtenir un prêt dont le montant n’a pas été révélé. Explications.

FMI : Difficiles négociations
L’économie égyptienne a un taux de croissance de 5  %, un chiffre supérieur à la moyenne des économies émergentes. (Photo : Reuters)

Le FMI a annoncé la semaine dernière que l’Egypte doit s’engager dans des « réformes profondes » pour relancer son économie dans le contexte de la crise mondiale actuelle, provoquée par la guerre en Ukraine. L’Egypte négocie depuis le mois de mars un nouveau prêt auprès de l’institution financière internationale, le 4e depuis 2016. Le dernier, d’un montant de 5,2 milliards de dollars, a été accordé à l’Egypte en juin 2020, suite à la bonne performance de l’économie égyptienne et le respect par Le Caire des accords précédents avec le FMI.

Le nouveau prêt demandé par l’Egypte s’apparente à celui de 2016. Son montant n’a pas encore été révélé. Le FMI exige l’annulation de toute mesure limitant l’importation ou la libre circulation des biens. Mais le gouvernement est réticent craignant une hausse de l’inflation. En effet, pour économiser les devises étrangères dans le contexte de la crise mondiale, le gouvernement avait pris des mesures pour limiter l’importation des biens jugés non prioritaires.

Les négociations se poursuivent cependant avec le FMI. « Nous sommes parvenus à un accord sur plusieurs points », a déclaré le ministre des Finances, Mohamad Maeit. Il explique que le gouvernement mettra en oeuvre, d’ici la fin de l’année, son plan visant à vendre 10 entreprises publiques. D’après Maeit, « il ne reste plus que quelques points à régler avec le FMI », sans pour autant préciser lesquels.

Deux points de divergence

En fait, le gouvernement exclut une nouvelle dévaluation de la livre égyptienne. Il craint que la hausse des prix de l’énergie sur les marchés internationaux n’alimente l’inflation qui a atteint 13,5% en juin 2022.

De son côté, le FMI appelle la Banque Centrale d’Egypte (BCE) à donner une plus grande flexibilité aux taux de change afin « de permettre à l’économie de mieux absorber les chocs extérieurs ». Mais le gouvernement craint qu’une éventuelle dévaluation n’alimente davantage l’inflation et n’exacerbe le recours à l’emprunt extérieur, ce qui creuserait le déficit budgétaire.

Concernant les prix de l’énergie, qui ont connu une grande hausse sur les marchés mondiaux en raison de la guerre en Ukraine, le gouvernement multiplie les mesures visant à alléger le fardeau qui pèse sur les citoyens et les usines. Le gouvernement a ainsi gelé la hausse des prix de l’électricité destinée aux ménages jusqu’en juillet 2023. Il a aussi exclu de cette hausse les secteurs économiques gros consommateurs d’électricité jusqu’en 2025. Même chose pour les produits pétroliers et le gaz naturel, dont les prix n’ont pas augmenté au même niveau que les dernières hausses sur le plan mondial. Le gouvernement a aussi gelé les prix du gaz naturel et du mazout, destinés à la production de l’électricité, alors que le FMI, lui, exige de ne plus subventionner l’énergie, y compris celle destinée à ces secteurs, ce qui risque de mener à une hausse additionnelle des taux d’inflation.

En juin dernier, le président Abdel-Fattah Al-Sissi, en marge de sa visite en Allemagne pour participer au Dialogue de Petersberg sur le climat, avait fait référence à l’inflation qui frappe l’économie mondiale, en appelant les pays européens à soutenir l’Egypte auprès du FMI, pour qu’elle ne soit pas obligée d’appliquer de telles mesures. « Nous n’avons pas la capacité de suivre les pas de l’Europe (…) En Egypte, il y aurait un grand problème d’inflation, que le citoyen ne pourrait pas endurer. Ce qui causerait une certaine instabilité », souligne le président.

En attendant un compromis d’ici décembre 2022, le gouvernement a annoncé un ensemble de mesures visant à soutenir les catégories sociales les plus démunies. Le FMI a légèrement révisé à la baisse ses prévisions pour la croissance de l’économie égyptienne en 2022, à 4,5% contre une prévision de 5% en avril. De son côté, la conseillère économique auprès du cabinet ministériel, Gihan Saleh, souligne qu’un accord avec le FMI est important « pour donner confiance aux investisseurs étrangers ».

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