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Climat : L’Egypte relève le défi

Aliaa Al-Korachi , Mercredi, 03 août 2022

Sous la présidence de l’Egypte, la 27e Conférence annuelle de l’Onu sur le climat (COP27) aura lieu à Charm Al-Cheikh du 6 au 18 novembre 2022. Objectif : faire progresser les négociations mondiales sur les changements climatiques.

Climat : L’Egypte relève le défi

Le compte à rebours est lancé. Moins de 100 jours nous séparent de l’ouverture de la COP27, la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques qui se tiendra cette année à Charm Al-Cheikh, en Egypte, du 6 au 18 novembre 2022. « Unir le monde pour lutter contre le changement climatique ». Tel est le slogan de la présidence égyptienne de la COP27 qui vient de déposer son rapport actualisé sur les Contributions Déterminées au Niveau National (CDN). Ce rapport reflète les efforts de l’Egypte pour contribuer à la riposte mondiale aux changements climatiques. C’est donc dans la région MENA, qui se réchauffe déjà 20 % plus vite que le reste du monde, que cet événement annuel aura lieu. L’enjeu est aussi de taille pour l’Egypte qui sera dans cette COP27 le porte-drapeau de l’Afrique, le continent qui pollue le moins, mais qui subit de plein fouet les conséquences du réchauffement.

Ainsi, dans un contexte mondial difficile où les crises se succèdent (de la pandémie à la guerre en Ukraine en passant par la crise alimentaire et énergétique mondiale), lutter contre les changements climatiques est devenu plus urgent que jamais. En effet, la crise du climat ne cesse de s’aggraver. Canicules, incendies, sécheresse et inondations, des phénomènes météorologiques qui ont pris de l’ampleur en 2022, dans les pays riches comme dans les pays pauvres. « LEgypte n’épargnera aucun effort pour faire réussir la COP27 et parvenir à une entente internationale sur les questions climatiques », a affirmé le président Abdel- Fattah Al-Sissi lors de l’inauguration du Dialogue de Petersberg sur le climat, à Berlin. Et d’ajouter : « Ces crises mondiales successives imposent une lourde responsabilité à la communauté internationale, pour veiller à ce que les promesses importantes de laccord de Paris, confirmées lannée dernière à Glasgow, deviennent réalité ». « Selon lEgypte, la crise climatique est une menace réelle pour la paix et la sécurité internationales », explique Ahmed Sayed Ahmed, spécialiste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Qui paye la facture climatique ?

Les pays impliqués dans la crise climatique peuvent être divisés en deux catégories. La première catégorie est celle des pays industrialisés, les grands émetteurs de gaz à effet de serre, notamment la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Inde et la Russie. L’autre catégorie est celle des pays en développement les plus vulnérables face aux répercussions des changements climatiques et qui n’ont pas les moyens d’y faire face. Environ 99 % des décès causés par les changements climatiques ont lieu dans les pays en développement. « En fait, avant la tenue de chaque COP, les différents pays se rassemblent en blocs et négocient entre eux pour défendre leurs intérêts. Ces groupes sont divisés selon leur emplacement géographique, leur degré davancement (pays développés et pays en développement), ou encore selon leur production d’énergie (pays producteurs d’énergies fossiles ou producteurs d’énergie propre et nucléaire) », explique Sayed Ahmed. Ainsi, la COP27 devrait répondre à plusieurs enjeux, explique l’expert. Maintenir le réchauffement sous la barre des 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle jusqu’à 2100 sera au centre des discussions. Selon le dernier rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) publié en avril dernier, « le monde est à la croisée des chemins ». Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, le monde doit réduire les émissions annuelles de CO2 de 48 % d’ici 2030 et atteindre un niveau net nul d’ici à 2050. « Nos chances de limiter la hausse des températures à 1,5 et même à 2 degrés samenuisent jour après jour, nous manquons de volonté politique ... Cest maintenant ou jamais », a averti le président du Giec, Hoesung Lee.

Justice climatique

Autre enjeu de la COP27 : Mobiliser les finances climat. Qui paye la facture climatique ? Tous les pays du monde ne contribuent pas pareillement au réchauffement. L’Amérique du Nord, l’Europe, l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande comptaient seulement 22 % de la population mondiale en 2019, mais ils ont contribué à 43 % des émissions de carbone historiques cumulées entre 1850 et 2019. A l’inverse, l’Afrique et l’Asie du Sud comptaient 61 % de la population mondiale en 2019, mais n’ont contribué qu’à hauteur de 11 % aux émissions historiques. Les pays en développement estiment que les pays développés portent la « responsabilité historique et morale » des changements climatiques. En 2009, les pays développés s’étaient engagés à transférer 100 milliards de dollars par an, à partir de 2020, aux pays les plus impactés pour mieux s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique causé par les pays les plus riches. Engagement toujours non tenu. De même, les pays en développement demandent une augmentation globale du financement, en particulier du financement destiné aux pertes et aux préjudices. « La demande par les pays en développement de nouveaux financements pour faire face aux pertes et aux dommages causés par le réchauffement climatique sera un enjeu majeur du sommet de Charm Al-Cheikh », a déclaré l’Egyptien Mahmoud Mohieddine, champion de haut niveau de l’Onu pour l’action climatique pour la COP27. Et d’ajouter que « la Conférence de Charm Al-Cheikh vise à mettre en place des mesures dadaptation et de résilience face aux changements climatiques qui soient égales à celles visant à atténuer les effets du phénomène et à réduire le déficit dans le financement ». Les pays en développement ne reçoivent que 6 % du financement destiné à l’action climatique en général. « La détermination du montant des financements nécessaires à laction climatique doit se faire à la lumière dune approche globale qui maintient un équilibre entre latténuation des effets climatiques, ladaptation à ceux-ci et la réalisation dune transformation économique efficace et équitable conformément à la priorité de développement de chaque pays », ajoute-t-il.

Le dilemme de la guerre en Ukraine

Par ailleurs, selon Ahmed Sayed Ahmed, la question du changement climatique recule sur la scène internationale. « La guerre en Ukraine a exacerbé la polarisation au sein des pays développés. Ce qui a poussé les pays occidentaux à revenir progressivement sur leurs engagements de réduire lutilisation des combustibles fossiles, et ce, en raison de la crise énergétique mondiale qui a résulté de la guerre en Ukraine et de la hausse des prix de l’énergie », souligne Ahmed. Par exemple, l’Allemagne a de nouveau autorisé l’utilisation du charbon dans ses installations, après l’avoir interdit en 2021. L’Inde a prolongé jusqu’en 2070 le délai fixé pour parvenir à zéro émission à partir des combustibles fossiles, alors que la Chine a annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. « Le plus grand défi auquel est confrontée la Conférence sur le climat est labsence dagenda spécifique sur la lutte contre les changements climatiques, en raison de la polarisation au sein des pays développés, entre le camp occidental mené par les Etats-Unis et le camp de la Russie et de la Chine et aussi la polarisation entre les pays riches et les pays pauvres », souligne l’expert. Le combat contre le réchauffement climatique n’est pas terminé. « LEgypte cherche à faire de la COP27 un tournant dans laction climatique internationale et à mettre en exécution les promesses sur la réduction des émissions, ladaptation à la crise climatique et le soutien accordé aux pays en voie de développement pour supporter limpact négatif des changements climatiques », a promis à maintes reprises la présidence égyptienne de la COP27.

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