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Tractations pour débloquer le dossier nucléaire iranien

Maha Salem , (avec Agences) , Mercredi, 20 juillet 2022

Les négociations sur le dossier nucléaire de l’Iran sont au point mort. Mais des médiations sont menées pour aider Washington et Téhéran à parvenir à un compromis sur le rétablissement de l’accord de 2015.

Tractations pour débloquer le dossier nucléaire iranien
(Photo : AP)

Les négociations sur le nucléaire iranien sont au point mort depuis mars dernier et le dossier iranien semble de nouveau crispé sur fond de tractations régionales et internationales. La signature d’un partenariat stratégique israélo-américain face à Téhéran lors de la visite du président américain, Joe Biden, en Israël a inquiété Téhéran, mais la position des pays arabes lui a donné une vraie force. « Les pays arabes ont annoncé, dans le communiqué final du sommet de Djeddah, qu’ils refusent toute attaque militaire contre Téhéran. Cette déclaration donne une certaine force à leur rival, mais aussi cette déclaration a été formulée pour empêcher toute tension dans la région, aux pays du Golfe et dans le Golfe même », explique Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire.

Campant toujours sur sa position, l’Iran s’est déclaré encore plus déterminé à préserver ses intérêts dans tout accord sur le dossier nucléaire. « Nous ne négligerons jamais les droits inaliénables de la grande nation iranienne dans le domaine nucléaire », a prévenu le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, ajoutant que parvenir à un bon accord était l’objectif de son pays. Cette déclaration intervient après la signature par Joe Biden et le premier ministre israélien, Yaïr Lapid, de la « Déclaration de Jérusalem » sur le partenariat stratégique entre les Etats-Unis et Israël, ennemis jurés de la République islamique. Les deux pays ont fait ainsi front commun contre Téhéran pour s’assurer que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire. La « Déclaration de Jérusalem » souligne que les Etats-Unis s’engagent à « préserver et renforcer la capacité d’Israël à dissuader ses ennemis et à se défendre contre toute menace ou combinaison de menaces ».

Considéré par les experts comme la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient, Israël accuse l’Iran de chercher à se doter de la bombe atomique, ce que ce pays dément catégoriquement. En 2015, l’Iran a conclu avec les grandes puissances, dont les Etats-Unis, un accord visant à garantir le caractère civil du programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions contre Téhéran. Trois ans plus tard toutefois, le président de l’époque, Donald Trump, a retiré unilatéralement les Etats-Unis de l’accord et a rétabli les sanctions économiques contre l’Iran. En représailles, l’Iran a commencé à revenir sur ses engagements dictés par cet accord. Des négociations ont débuté en avril 2021 à Vienne entre l’Iran et les grandes puissances pour réintégrer les Etats-Unis à l’accord et ramener l’Iran au respect de ses engagements en échange de la levée des sanctions américaines, mais elles sont suspendues depuis mars 2022. Des pourparlers indirects ont eu lieu fin juin à Doha entre Washington et Téhéran par l’intermédiaire de l’Union Européenne (UE), mais là encore, ils n’ont pas marqué de progrès. Téhéran et Washington se rejettent mutuellement la responsabilité de l’impasse. Les Etats-Unis ont accusé l’Iran de soulever des questions totalement sans rapport avec l’accord nucléaire, une allusion apparente à une demande de Téhéran de retirer les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, de la liste américaine des organisations terroristes. De l’autre côté, l’Iran accuse Washington d’intervenir dans ses affaires internes.

La stratégie iranienne

« L’Iran essaie de retirer le maximum d’avantages avant la signature de l’accord nucléaire. Il profite de la guerre Russie-Ukraine pour réaliser ses intérêts. Les Iraniens savent bien que Washington ne veut pas une autre guerre dans la région à ce moment. Il veut éloigner l’Iran de la Russie et la Turquie et limiter leur coopération. On peut même dire que l’Iran ne veut faire aucune concession, surtout avec la poursuite de la guerre en Ukraine », explique Mona Soliman. Pour hausser le ton une fois de plus contre Téhéran, Biden a affirmé privilégier la voie diplomatique, tout en précisant que les Etats-Unis n’allaient pas attendre indéfiniment l’Iran pour parvenir à un accord sur le dossier nucléaire. « Les Etats-Unis sont prêts à user de tous les éléments de leur puissance nationale afin d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique », a menacé le président Biden.

Des dirigeants israéliens ont répété ces derniers mois que leur pays entendait conserver sa « liberté d’action » face à l’Iran même si l’accord sur le programme nucléaire iranien était remis sur les rails. Le texte souligne par ailleurs que les Etats-Unis et Israël vont coopérer afin de développer des systèmes de défense au laser pour « défendre l’espace aérien d’Israël ». En première réaction à cette déclaration, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a affirmé que son pays avait fait des demandes raisonnables lors des négociations avec les grandes puissances visant à remettre sur les rails un accord encadrant le programme nucléaire de l’Iran et que les négociateurs n’ont pas fait de demandes allant au-delà de l’accord international de 2015.

« A l’heure actuelle, l’on s’attend à une reprise des négociations dans quelques semaines grâce à la médiation de trois pays, le Qatar, le Sultanat d’Oman et l’Allemagne. Ces négociations seront directes entre les Iraniens et les Américains. Il ne faut pas oublier que le président Biden veut parvenir à un accord avant le mois de novembre, où se tiendraient les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. C’est un enjeu important pour le président américain », affirme Mona Soliman.

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