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L’Otan sort ses griffes

Chiara-Lou Parriaud , Mercredi, 06 juillet 2022

L’Otan a adopté un nouveau « concept stratégique » fixant ses priorités pour la décennie à venir. Une doctrine qui place la Russie en ligne de mire.

L’Otan sort ses griffes

Après des semaines de pourparlers, les portes de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) se sont ouvertes à la Suède et à la Finlande. C’est là l’une des principales conclusions du sommet tenu du 28 au 30 juin à Madrid. Le premier jour du sommet s’est ouvert sur une véritable percée diplomatique: le feu vert d’Ankara pour l’adhésion des deux pays nordiques, levant le veto qui leur faisait obstacle depuis la mi-mai. Sans surprise, l’accord conclu entre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, son homologue finlandais, Sauli Niinisto, et la première ministre suédoise, Magdalena Andersson, n’est pas sans contreparties turques. Les pays candidats s’engagent à « faire preuve de solidarité avec la Turquie dans la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes », précise le texte. Solidarité qui pousse les deux pays à sortir de leurs retranchements quant à la question kurde. En effet, la Norvège comme la Suède acceptent de catégoriser les groupes armés kurdes comme étant terroristes et de lever leurs restrictions sur les exportations d’armes.

Ainsi, en joignant leurs forces à celles des 30 autres membres de l’Otan, la Finlande et la Suède tournent le dos à leur neutralité, qui était pourtant la pierre angulaire de leurs politiques étrangères depuis près d’un siècle. De nombreuses interrogations sont désormais soulevées. Leur adhésion à l’Alliance atlantique constitue-t-elle un bouleversement géopolitique majeur sur la scène internationale? Le point de non-retour entre l’Otan et la Russie a-t-il été atteint? Doit-on s’attendre à un revirement du déroulement du conflit en Ukraine ?

A Madrid, le directeur général de l’Otan, Jens Stoltenberg, n’a pas mâché ses mots. Moscou représente « la menace la plus significative et directe pour la sécurité des alliés ». Face à la réémergence d’un « ennemi » belligérant, l’Otan retrouve sa raison d’être: garantir la sécurité euro-atlantique. Renforcement de son système de défense sur le flanc Est de l’Europe, force de réaction dotée de 300000 militaires, engagement des pays membres à consacrer au moins 2% de leur PIB à leurs dépenses militaires en 2024, regain de l’attention américaine sur le continent européen… Autant de signes qui illustrent la légitimité retrouvée de l’Alliance. Et les adhésions de Stockholm et d’Helsinki ne font que renforcer celle-ci, illustrant l’unité de l’organisme face à la menace russe.

D’un point de vue stratégique, l’élargissement de l’Otan redessine les contours géographiques de la sécurité atlantique. La Russie et l’Alliance partageront, en effet, une frontière supplémentaire d’environ 1300 km, qui permettra à l’organisme d’asseoir sa présence militaire au plus près du territoire russe. De plus, l’adhésion des pays nordiques contribuera à exacerber l’isolement du port de Saint-Pétersbourg et de l’enclave russe de Kaliningrad, transformant la mer Baltique en véritable lac Otan. Enfin, les impressionnantes capacités militaires des deux pays scandinaves s’ajouteront à la force de frappe de l’organisation.

Une expansion « déstabilisatrice » pour Moscou

Quant au président russe, Vladimir Poutine, en visite à Achkhabad le 29 juin, il dénonce les « ambitions impérialistes » de l’Alliance, véritable bête noire pour le maître du Kremlin. Toutefois, celui-ci ne s’est pas opposé à l’adhésion de la Suède et de la Finlande. Il trace cependant une ligne rouge: « En cas de déploiement de contingents militaires et d’infrastructures militaires là-bas, nous serons obligés de répondre de manière symétrique ».

Comment expliquer cette apparente docilité face au renforcement de l’Alliance? L’extension de l’Otan, long processus pouvant prendre plus d’un an, n’a pas d’impact immédiat sur les combats pour le Donbass. Le complexe de sécurité otanien ne reste que défensif malgré son renforcement. Seule l’agression de l’un de ses pays membres par la Russie justifierait une intervention militaire en Ukraine, opération purement « suicidaire de la part de Poutine », selon Yannick Quéau, directeur du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, sur le plateau du journal international de la chaîne TV5 monde. Ainsi, tout concorde pour que la guerre éclair de Poutine se transforme en guerre d’usure, l’expansion de l’Otan épaississant le nouveau rideau de fer entravant le continent européen.

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