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Le difficile destin des enfants africains

Amira Samir , Mercredi, 29 juin 2022

Famines, absence de soins médicaux et guerres civiles sont le lot quotidien de millions d’enfants africains. Retour sur les maux de l’enfance en Afrique à l’occasion de la Journée de l’enfant africain, célébrée le 16 juin.

Le difficile destin des enfants africains

L’Afrique possède la plus forte population de jeunes au monde. 40 % des Africains ont en effet moins de 14 ans. D’ici 2055, l’Afrique comptera un milliard d’enfants et près de la moitié des enfants du monde vivront en Afrique, selon l’Unicef. Pourtant, ces enfants africains sont les plus gravement affectés par les conditions dramatiques que vit le continent. Famines, absence de soins médicaux et guerres civiles sont le lot quotidien de millions d’enfants africains.

La Journée de l’enfant africain est célébrée chaque année le 16 juin depuis 1991 pour honorer la mémoire d’environ 10 000 écoliers noirs qui ont participé au soulèvement de Soweto, en Afrique du Sud, le 16 juin 1976 pour protester contre la mauvaise qualité de l’éducation et réclamer leur droit à recevoir un enseignement dans leur langue maternelle. Plus d’une centaine d’entre eux ont été tués lors des manifestations qui ont eu lieu durant les deux semaines suivantes et plus d’un millier ont été blessés. Cette année, la journée est célébrée sous le thème « Eliminer les pratiques néfastes affectant les enfants : progrès en matière de politique et de pratique depuis 2013 ».

La situation de l’enfant africain s’est certes améliorée aujourd’hui comparée à 40 ans passés. Plusieurs pays africains, notamment au nord du continent, ont mis en place des politiques et promulgué des lois pour protéger les enfants contre les pratiques néfastes, comme le mariage précoce, la violence et le non accès à l’éducation. Les ONG sont également à pied d’oeuvre pour améliorer la situation des enfants africains. Et l’Unicef a obtenu la libération de milliers d’enfants de groupes armés, surtout en République centrafricaine où l’organisation déploie des activités visant à mettre fin à l’implication, par les groupuscules terroristes, des enfants dans les guerres.

Mais ces efforts restent insuffisants. Et les pays africains sont confrontés à de multiples défis, à commencer par celui de l’éducation des enfants. C’est le cas notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale où près de 80% des enfants de moins de 10 ans sont incapables de lire. 30 millions des 57 millions d’enfants non scolarisés dans le monde se trouvent en Afrique subsaharienne, où moins de 20% des budgets nationaux sont consacrés à l’éducation. « L’éducation est le facteur principal dans la formation de la conscience de l’enfant et sa préparation pour qu’il joue un rôle dans le développement de la société. Beaucoup d’Africains n’envoient pas leurs enfants dans les écoles publiques. Ces enfants sont recrutés alors par des bandits et des terroristes », souligne Basma Saad, chercheuse au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

L’éducation n’est pas le seul défi auquel l’enfant africain est confronté. Un enfant sur six, né en Afrique subsaharienne, ne vit pas jusqu’à son cinquième anniversaire. Le nombre d’enfants travailleurs a augmenté pour la première fois en deux décennies, et l’Afrique compte le plus grand nombre d’enfants concernés par ce phénomène. Les taux de mariage des enfants menacent d’augmenter (lire encadré). « L’enfant africain est la catégorie la plus faible et la plus vulnérable aux risques résultant des crises économiques, sécuritaires et politiques que traversent les pays du continent africain, surtout dans les pays qui sont fragiles et qui souffrent de la détérioration de la sécurité et de l’absence des soins de santé et d’éducation », rappelle Ahmad Saïd, juriste et expert en droit humain.

« Aujourd’hui, la situation est cruciale face aux défis de la pandémie du Covid-19, des crises climatiques et des pénuries alimentaires, qui ont tous un impact sur la sécurité et le bien-être des enfants en Afrique et au-delà. Malgré les défis, des mesures sont prises pour favoriser le progrès. Mais le rythme des réformes est encore lent », poursuit Basma Saad.

Châtiments corporels

Les châtiments corporels disciplinaires sont la forme la plus courante de violence contre les enfants et ils se produisent souvent aussi bien à la maison, dans les écoles, les systèmes de justice pour mineurs, et même au marché du travail. Une enquête de l’Unicef, effectuée en 2014, en Afrique subsaharienne, révèle que 82 % des enfants âgés de 1 à 14 ans ont déclaré avoir fait l’objet de violences disciplinaires au cours du mois précédant l’enquête.

D’autres pratiques néfastes à l’égard des enfants existent en Afrique comme les mutilations génitales féminines, le marquage de la peau, l’infanticide féminin, l’alimentation forcée et le syndrome de l’aide ménagère, entre autres. Les filles en particulier sont les plus souvent victimes de ces pratiques. « Ces pratiques néfastes portent gravement atteinte aux droits des enfants, à leur intégrité physique et au respect de leur dignité. Les châtiments corporels sont depuis longtemps traditionnellement acceptés dans l’éducation des enfants dans le monde, et l’Afrique ne fait pas exception », explique Ahmad Saïd. Et d’ajouter: « Les études montrent qu’il y a un lien entre les châtiments corporels et un large éventail de résultats négatifs comme les dommages physiques directs, la mauvaise santé mentale et physique et la hausse des comportements violents et criminels chez les adultes », regrette Ahmad Saïd. L’Agenda de l’Afrique pour les enfants 2040 exige également que d’ici 2040, aucun enfant ne soit soumis à des châtiments corporels. Pour que l’enfant africain acquiert ses droits, le chemin, semble-t-il, est encore long.

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