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Fanny Ardant, une femme d’amour

May Sélim, Mercredi, 15 juin 2022

La star du cinéma français Fanny Ardant était en tournage en Egypte. Elle a rencontré le public cairote à l’Institut Français d’Egypte (IFE), antenne Mounira, lors d’une projection-débat de son film Les Jeunes amants, sorti en février dernier.

Fanny Ardant, une femme d’amour
Fanny Ardant à la projection-débat de l’IFE.

La célèbre comédienne française Fanny Ardant a séjourné en Egypte pour le tournage de son nouveau film Back to Alexandria (retour à Alexandrie) du réalisateur suisse d’origine égyptienne Tamer Ruggli. Elle y joue le rôle d’une mère agonisante (Fayrouz) qui attend le retour de sa fille. Le face-à-face, la rencontre attendue, déchaîne des souvenirs, des moments intimes et d’autres de conflits et de contraintes. Un message d’amour maternel ? Fanny Ardant sème l’amour à tout vent.

Elle n’a pas caché sa grande émotion d’avoir l’occasion de tourner en Egypte. «  J’aimais Le Caire déjà d’une façon romanesque. J’aimais l’Egypte à cause de la littérature. Je suis arrivée dans la nuit, et le lendemain, j’ai été dans la rue. Le Caire est exactement comme je l’avais imaginé. Le chaos organisé. Ce qui est exceptionnel dans cette ville, c’est que d’une part, il y a le Nil qui coule doucement, lentement, majestueusement, et d’autre part, il y a la furie. Je ne suis pas une personne très touristique. Je préfère les gens. J’ai de la chance de pouvoir communiquer avec les techniciens sur le plateau dans un anglais approximatif. Ce qui m’a vraiment frappé au Caire, c’est la douceur des gens. C’est le sourire. C’est le fait de pouvoir dire bonjour à n’importe qui et n’importe qui peut vous répondre. Un jour, j’étais dans le marché, et un homme m’a proposé un siège pour m’assoir, puis une jeune fille de 12 ans est venue me tendre la main. Cela n’arrive jamais à Paris. C’est ce que j’ai aimé le plus dans cette ville, le chaos et l’extrême gentillesse des gens », a-t-elle déclaré lors d’une rencontre avec le public égyptien, tenue à l’Institut français de Mounira, suite à la projection de son film Les Jeunes amants de Carine Tardier, sorti en février dernier.

Le rapport de Fanny Ardant en Egypte était plus allégorique, en jouant dans le court métrage du photographe égyptien Youssef Nabil, Your Never Left, en 2010. Elle incarnait le rôle d’une femme accueillant son enfant dans le désert en portant le blanc. Cette femme symbolisait l’Egypte aux yeux du réalisateur. Ce film de 8 minutes était, en quelque sorte, révélateur de l’intérêt qu’elle portait aux mystères du pays.

A travers ses rôles très différents, la comédienne a touché de près à la culture arabe, surtout dans son film Lola Pater (2017), qui relate l’histoire d’un homme qui s’est transformé en une femme, au sein d’une société maghrébine, musulmane et conservatrice.

Ne pas se voir à l’écran

Avant la projection-débat de son film Les Jeunes amants, la comédienne a salué le public présent dans la salle, en toute finesse, puis est vite ressortie avant le début du long métrage. Elle ne regarde jamais ses films.

« Je traverse un film dans la plus grande intensité, dans la joie. Une actrice, c’est quand les lumières s’allument et quand on dit Action ! Mais quand tout cela se termine, il n’y a plus d’actrice. Je ne suis jamais arrivée à faire coïncider l’actrice et la personne sage, qui se trouve dans un siège pour regarder un film dans lequel je participe. Donc, j’aime garder ce souvenir d’intensité comme si j’étais dans un rêve éveillé », a-t-elle souligné durant la rencontre-débat, qui a essentiellement tourné autour du film projeté.

Réalisé par Carine Tardieu, celui-ci évoque l’histoire de deux personnes qui se retrouvent 15 ans après leur première rencontre. L’architecte, Shauna, 70 ans, libre et indépendante, avait mis sa vie amoureuse de côté. Elle est cependant troublée par la présence de Pierre, cet homme de 45 ans marié et père de famille qu’elle avait croisé des années plus tôt. Contre toute attente, une histoire d’amour entre les deux est née. Pour Pierre, Shauna n’est pas une femme d’un certain âge, mais plutôt une femme désirable par son caractère et sa personnalité.

Le film Les Jeunes amants sort des clichés des histoires d’amour ordinaires. C’est ce qu’a affirmé Ardant, durant la rencontre : « Quand j’avais lu le scénario, je n’ai vu qu’une histoire d’amour. Je pense que sans amour, on est rien du tout et que la différence d’âge n’est pas si grave. Dès que vous tombez amoureux, cela vous met en danger. Et le fait que cette femme que je joue— Shauna— apprend qu’elle a une grave maladie, cela la rend plus vulnérable. Le fait d’avoir un danger qui plane sur la tête l’a incitée à vivre cette histoire dans toute sa plénitude ».

C’est en ces termes que la comédienne-star a défendu l’amour des personnages, affirmant que son rôle ici diffère complètement de celui interprété en 1981, dans le film qui l’a placée sous les feux de la rampe, La Femme d’à côté. Dans celui-ci, l’histoire d’amour était si cruelle que le personnage de Mathilde qu’elle interprétait, tellement désespérée, s’était décidé à tuer son bien-aimé et à se donner la mort.

Dans Les Jeunes amants, la vie et l’amour triomphent à la fin.

Au-delà de l’Egypte romanesque

Fanny Ardant continue à défendre l’amour car il mérite d’être vécu même s’il brise les coeurs d’autres personnes ou remet en question des relations qu’on croyait stables. « L’amour mérite d’être vécu. On n’a qu’une seule vie. Je crois que l’Homme est mis sur terre pour aimer et non pas pour se sacrifier tout le temps. Il ne faut pas se résigner aux diktats de la société », a-t-elle commenté.

Sans faire la morale, la comédienne parle sincèrement, affirmant d’ailleurs qu’elle ne tourne que les films qu’elle aime et elle ne joue que les rôles qu’elle aime. « J’ai aimé le scénario des Jeunes amants, mais j’ai dit à Carine Tardieu que ce n’était pas fait pour moi. Alors elle m’a dit : asseyons-nous et parlons. Il y avait des scènes d’amour dans le film, et moi, je ne suis pas une personne qui aime beaucoup son corps. Je ne me suis pas déshabillée dans mes films. Et certainement, je ne vais pas le faire maintenant. Mais la réalisatrice m’a rassurée: ce n’est pas des scènes d’amour avec des leçons d’anatomie, mais plutôt des scènes suggérées. Et la réalisatrice a tenu sa parole. Elle ne m’a pas trompée », a-t-elle conclu.

Les jours suivants, elle devait poursuivre le tournage de Back to Alexandria (retour à Alexandrie) dans la ville méditerranéenne mythique, qu’elle avait découvert en lisant Le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell. Outre l’aspect romanesque, elle a eu l’occasion de découvrir d’autres visages de la ville, d’autres histoires.

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