International > Monde >

Nucléaire iranien: La paralysie

Abir Taleb , (avec Agences) , Mercredi, 15 juin 2022

Alors que les pourparlers de Vienne sont dans l’impasse, l’AIEA rappelle à l’ordre Téhéran.

Nucléaire iranien: La paralysie

L’espoir d’une solution négociée, née au printemps 2021 avec la reprise des négociations sur le nucléaire iranien, a désormais cédé la place à une nouvelle escalade. Téhéran a décidé, le 8 juin, avoir retiré 27 caméras de surveillance des activités nucléaires. Une riposte au vote au Conseil des gouverneurs de l’AIEA d’une résolution qui rappelait fermement l’Iran à l’ordre et condamnait des violations répétées de l’accord mis en place. Mais la riposte iranienne a elle-même suscité une riposte: la déconnexion des caméras n’a fait que compliquer la situation, l’AIEA l’a dénoncée, déplorant «  un coup fatal » aux pourparlers dans ce dossier sensible. D’autant plus que la résolution de l’AIEA est intervenue alors que l’agence a fait part de ses inquiétudes concernant des traces d’uranium enrichi précédemment trouvées sur 3 sites que Téhéran n’avait pas déclarés comme ayant hébergé des activités nucléaires. Saluée par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, cette résolution est également intervenue alors que les négociations de Vienne sur le nucléaire sont à l’arrêt. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, l’heure était à l’optimisme. En décembre dernier, les Américains avaient prévenu qu’il ne resterait plus que « quelques semaines » pour trouver une entente. Et le 15 mars dernier, sur le plateau de France 24, le directeur de l’AIEA se félicitait qu’un accord n’était « pas loin ». Après des mois de négociations indirectes à Vienne, via une médiation européenne, un texte était en effet en passe d’être signé. Mais l’Iran a entre-temps posé une nouvelle condition: le retrait des Gardiens de la Révolution, le corps d’élite de l’armée iranienne, de la liste américaine des « organisations terroristes ». Requête rejetée par Washington.

La balle est-elle donc dans le camp des Américains ? Pour certains analystes, oui. Or, pour le moment, Washington entretient le flou sur ses intentions. Jeudi 9 juin, le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, a prévenu que les dernières « provocations » de Téhéran risquaient d’aboutir à « une crise nucléaire aggravée » et à un « isolement économique et politique accru de l’Iran ». Mais il a aussi laissé la porte ouverte à la diplomatie, assurant vouloir toujours sauver l’accord sur le nucléaire. Sa relance répondrait encore « fortement aux intérêts de sécurité nationale » des Etats-Unis, a-t-on expliqué dans son entourage.

A ce stade donc, le président américain est face à un choix difficile: lâcher du lest, ce qui est difficile, vu la pression interne et celle de son grand allié, Israël, ou décréter l’échec de la diplomatie, au risque de laisser éclater une crise majeure au Moyen-Orient. Car un tel constat d’échec mettrait Washington face à deux options : intervenir contre l’Iran et passer à l’acte. Ou laisser Israël le faire.

Lien court: