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Israël-Iran: La guerre de l’ombre

Abir Taleb , (avec Agences) , Mercredi, 15 juin 2022

Latentes mais toujours présentes depuis des décennies, les tensions entre Tel-Aviv et Téhéran atteignent leur paroxysme. La guerre Israël-Iran a-t-elle commencé ?

Israël-Iran: La guerre de l’ombre
Israël a averti que l’Iran « se rapprochait dangereusement de l’arme nucléaire  ». (Photo : Reuters)

Brouille avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), blocage avec les Occidentaux dans les négociations de Vienne sur le nucléaire, tensions avec Israël. Rien ne va plus en Iran. La pression s’accentue de toutes parts sur la République islamique et elle n’est pas près de baisser. Parallèlement aux tensions entre Téhéran et l’Occident, c’est désormais Israël qui, plus ouvertement que jamais, porte le flambeau anti-Iran. L’inimitié entre l’Etat hébreu et la République islamique n’est certainement pas nouvelle. Mais elle prend aujourd’hui une tournure différente. Le plan stratégique de l’armée israélienne pour 2022 désigne l’Iran comme première menace non seulement en raison de son programme nucléaire, mais aussi du développement de ses capacités en matière de drones et de missiles. Et en vertu d’une nouvelle stratégie qu’il promeut, le premier ministre israélien, Naftali Bennett, se veut plus critique, plus virulent et plus direct. Et il ne le cache pas.

Dans une interview accordée samedi 11 juin au Telegraph britannique, Bennett, qui a averti que l’Iran « se rapprochait dangereusement de l’arme nucléaire », a appelé la communauté internationale à se joindre à son pays et à accroître la pression, sans quoi « l’Iran ne s’arrêtera pas ». Quelques jours auparavant, lors d’une réunion de la Commission des affaires étrangères et de la défense à la Knesset, le 7 juin, Bennett, parlant des relations avec l’Iran, déclarait: « Nous sommes passés à la vitesse supérieure », évoquant un « tournant » dans la stratégie d’Israël vis-à-vis de l’Iran. Bennett est revenu sur sa métaphore incontournable de la « pieuvre » iranienne, mais il a souligné cette fois-ci que l’Etat hébreu n’attaquait pas seulement ses tentacules— des groupes armés par procuration— mais aussi la tête à Téhéran. C’est tout dire.

Menaces de part et d’autre

Un discours bien franc qui intervient alors que se multiplient les morts suspectes au sein des forces armées et des instituts de recherches iraniens. En tout, cinq officiels iraniens auraient disparu ces deux derniers mois dans des opérations attribuées au Mossad. D’habitude très discret à ce sujet, Téhéran reconnaît désormais ces disparitions. La dernière en date a été annoncée dimanche 12 juin par les Gardiens de la Révolution, qui ont affirmé qu’un membre de l’unité de l’aviation et de l’espace a été tué « au cours d’une mission » dans un « accident de voiture » à Khomein, dans le nord-est de l’Iran. Téhéran a déjà reconnu ces dernières semaines la mort suspecte de deux colonels des Gardiens de la Révolution, l’un assassiné le 22 mai par des tireurs à moto, l’autre tombé d’un toit une semaine plus tard; ainsi que celles d’un ingénieur qui aurait été empoisonné et d’un scientifique qui travaillait à l’installation de Natanz. Face à ces disparitions, côté iranien, le ton est à la menace. « Pour toute erreur commise par l’ennemi, nous raserons Tel-Aviv et Haïfa sur l’ordre du guide suprême », a déclaré le commandant des forces terrestres de la République islamique, Kiumars Heydari, à l’agence de presse iranienne semi-officielle, Tasnim, le 7 juin. Une menace proférée après une information selon laquelle les forces de sécurité thaïlandaises auraient déjoué plusieurs tentatives d’attaques récentes contre des cibles occidentales et israéliennes. Israël a également affirmé avoir déjoué, le mois dernier, une tentative d’attaque iranienne contre des Israéliens en Turquie. Téhéran tenterait actuellement de mener des représailles suite aux assassinats et décès mystérieux de haut-rang sur son territoire.

Et ce n’est pas tout. La douzième chaîne israélienne a fait, jeudi 9 juin, une annonce fracassante: Israël aurait, selon le média, « déployé des systèmes radar dans plusieurs pays du Moyen-Orient, dont les Emirats arabes unis et Bahreïn », une mesure « conforme à la coopération conjointe » pour faire face aux « menaces de missiles iraniens » et créer un système d’alerte précoce. Si l’information n’a pas été officiellement confirmée, elle n’a pas été non plus démentie. Aussi, elle a été dévoilée par la chaîne de télévision israélienne le jour même où Naftali Bennett effectuait une visite surprise aux Emirats. Attaques. Représailles. Menaces. Il semble que l’on soit bel et bien entré dans un cercle vicieux dont les conséquences sont à haut risque. D’autant plus que cette escalade Iran-Israël intervient dans un contexte de blocage dans les négociations sur le nucléaire iranien. Et ce n’est pas sans lien avec cette crise.

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