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Balade égyptienne à travers l’art

Névine Lameï, Mercredi, 08 juin 2022

L’exposition Regards Egyptiens, donnée au Centre culturel égyptien à Paris, reflète des images d’une Egypte conçue dans un visuel contemporain.

La ville de Carelle Homsy ressemble à un grand parc d’attraction.
La ville de Carelle Homsy ressemble à un grand parc d’attraction.

L’institution artistique et culturelle Mir’a, créée en décembre 2021 et qui siège à Paris, collabore pour la première fois avec la galerie d’art Zamalek, au Caire, pour une exposition inédite sous le titre Regards Egyptiens. A cette exposition, qui se déroule du 1er au 21 juin 2022 au Centre culturel égyptien à Paris, participent 30 artistes égyptiens d’art contemporain, les fidèles de la galerie Zamalek, entre vétérans de renommée mondiale, jeunes émergents et moins jeunes. Regards Egyptiens présente une seule oeuvre pour chaque artiste participant. D’où une sélection méticuleusement choisie de 30 oeuvres au total qui, entre peintures et sculptures, réagissent et réfléchissent, à la différence des techniques, médiums et idées sur l’histoire de l’Egypte.


Femmes aux cheveux bouclés de Zeinab Al-Sageny.

« Regards Egyptiens s’inscrit dans le cadre d’une liste de projets à venir, organisés par l’institution artistique et culturelle Mir’a (miroir). Mir’a a pour but de promouvoir en Europe, notamment en France, les artistes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord dans tous les domaines de l’art. Une manière de refléter, avec des images contemporaines étonnantes de l’Egypte, la vraie identité culturelle de cette région, bien loin des clichés et des images d’actualité. J’ai remarqué depuis mon arrivée à Paris, où je réside depuis 2020, que le marché mondialisé de l’art en France est avide de voir de nouvelles choses. Il veut interagir, en dehors de ce qui se passe en Europe, avec d’autres cultures, d’autres identités visuelles. Voici un nouveau marché qui s’ouvre en Europe, avec une foison d’expositions qui veut présenter l’art du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, entre autres. Prenons en exemple la grande foire artistique du Middle East and North Africa Art Fair (MENART) », déclare Nadine El-Guiddawy, cofondatrice de Mir’a, consultante en communication dans le secteur de l’art et de la culture et chargée de communication à Opera Gallery. Et d’ajouter : « La collaboration de Mir’a avec la galerie Zamalek est un projet né il y a un an et demi, avant mon départ en France. Zamalek, cette vétérane dans son domaine, depuis 23 ans, est une galerie qui m’a montré son intérêt à faire des projets d’art en Europe. Témoin de grand épanouissement artistique et culturel, l’Egypte est un pays qui a également connu des tensions politiques, des migrations massives, des bouleversements sociaux et des changements dans son patrimoine identitaire, culturel et visuel. Les oeuvres présentées à Regards Egyptiens sont nées de toutes ces influences vécues à la fois, entre passé, présent et futur ».

Formes géométriques de Mostafa Abdel-Moity.

Réflexions identitaires

A chaque artiste dans Regards Egyptiens son empreinte qui le distingue, et qui évoque son identité, comme outil d’analyse et d’intégrité artistiques. Prenons en exemple la peinture (2010) de la feu artiste Zeinab Al-Sageny, qui accentue des femmes aux cheveux bouclés et aux yeux écarquillés qui coexistent dans la plus grande sérénité familiale.

Quant à l’Egypte colorée de Mostafa Abdel-Moity, sa peinture signée 2020 révèle avec ses compositions géométriques, à inspirations pharaoniques, le fonctionnement de l’univers, d’une humanité qui voyage vers l’inconnu, à la recherche de son équilibre.

Dans sa peinture monochrome (2018) en noir, blanc et vert ardent, Rabab Nemr puise dans le monde maritime des prêcheurs d’Al-Anfouchi. La peinture de Farghali Abdel-Hafiz (2016) lequel puise dans sa culture rurale, en reproduisant la poupée populaire et féminine, représente somptueusement une Egypte imaginative et chaotique, régie par le bleu du Nil et de la mer méditerranéenne.


Trois personnes à vélo, de Kamal El-Feky.

Adel Moustafa, qui fait partie du groupe Nostalgie future, créé en 2014 par Farghali Abdel-Hafiz pour communiquer une vision positive de la ville côtière d’Alexandrie, dépeint dans sa peinture (2017) une ville vivante et enluminée qui préserve les parfums de son passé. Dans la même beauté et douceur nostalgique, Carelle Homsy rend à la ville sa splendeur et sa gloire, avec une plaisante vivacité. L’Egypte de Homsy dans sa peinture, signée 2019, est placée au centre du monde, avec la croix de vie ou ankh, un pégase, des jeux de fête foraine, des voitures classiques, un clown …

Noha Diyab peuple sa peinture 2020 d’extraterrestres abstraits, d’esprits légers en fumée qui planent sur la ville, pour lui assurer un avenir meilleur.

La sculpture en fibreglass de l’Egypto-britannique Sam Shendi porte une dimension humaine, psychologique, voire interculturelle et place l’homme au centre de l’univers.

Avec grande légèreté, Kamal El-Feky taille de petites têtes et de gros corps. Ses trois personnages à vélo, aux traits égyptiens absurdes, sont libres au vent, dans leur promenade vers l’inconnu.

Marquée par les vergers et le côté champêtre de sa ville natale de Minya, la sculpture en bronze (2021), très engagée de Nathan Doss, cumule les références et les mêle à ses origines rurales. Aya El-Fallah opte, dans son art naïf et abstrait, pour des formes d’expression populaires, des créatures enfantines et spatiales, des griffonnages, des paysages campagnards ...

Dans sa peinture 2021, Sameh Ismail infuse la calligraphie arabe, avec des inscriptions de type graffiti, pour créer une toile fluide et chancelante, proche du pouls de la rue égyptienne.

Hana El-Sagini montre, dans sa sculpture-peinture 3D, des scènes très humaines, émotionnelles et nostalgiques familiales, inspirées du pop art, pour représenter son enfance vécue en Egypte, avant son expatriation en Allemagne.

S’attacher à la femme

La peinture (2022) de Hossam Dirar a comme protagonistes des femmes sensuelles aux cheveux détachés et au visage dupliqué, dans un dualisme fragmenté et tourbillonné, plein d’illusions d’optiques. C’est le « Moi » tourmenté de l’artiste. Dans la peinture (2019) de Emad Ibrahim, la femme campagnarde est peinte dans le noir flou et brumeux. La fleur de magnolia dans la peinture iconique (2021) de Neamat El-Diwany est brillamment assortie avec des héros infantiles, symbole d’auto-libération, d’indépendance, d’introspection et d’équilibre de soi.

Aux regards sans limites et aux enjeux interactifs, Regards Egyptiens s’ouvre à de nouveaux destinataires pour tout échange communicatif .

Du 1er au 21 juin 2022, au Centre culturel égyptien, 111 Boulevard St-Michel, Paris.

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