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Cédéao : L’introuvable consensus

Sabah Sabet , (avec Agences) , Mercredi, 08 juin 2022

Faute d’accord, les dirigeants de la Cédéao, réunis à Accra le 4 juin, ont reporté à un nouveau sommet, qui se tiendra le 3 juillet, la décision sur les sanctions à l’encontre des régimes putschistes du Mali, du Burkina Faso et de la Guinée.

Six sommets ont déjà été consacrés à la situation au Mali, au Burkina
Six sommets ont déjà été consacrés à la situation au Mali, au Burkina Faso et en Guinée. Un septième se tiendra le 3 juillet prochain. (Photo : AP)

Six sommets déjà tenus pour rien ou presque. Les dirigeants des pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) rassemblés au terme d’un sommet extraordinaire, samedi 4 juin à Accra au Ghana, n’ont pas pu parvenir à s’entendre sur les sanctions à l’encontre des juntes au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et en Guinée. Faute d’accord, la décision d’atténuer ou de durcir les sanctions contre ces pays est reportée à un sommet ultérieur, prévu le 3 juillet prochain. Deux donnes laissaient prévoir l’absence de consensus: d’abord les différents points de vue des pays membres de la Cédéao, ensuite le bras de fer entre l’organisation sous-régionale et les trois pays, à leur tête le Mali, qui refusent de céder aux exigences de la Cédéao. C’est d’ailleurs autour du Mali que les avis divergent le plus: cité par l’AFP sous le couvert de l’anonymat, un participant au sommet a expliqué que les chefs d’Etat n’avaient pas réussi à s’entendre, « surtout sur le Mali ». Ces derniers devaient dire en particulier s’ils maintenaient, allégeaient, voire levaient les sévères mesures de rétorsion infligées au Mali le 9 janvier dernier. Pour rappel, l’Autorité militaire de transition au Mali, au pouvoir depuis le premier putsch en août 2020, n’a pas respecté son engagement initial, pris sous la pression de la Cédéao, à céder la place au bout de 18 mois après des élections promises en février 2022. Quand elle est allée jusqu’à envisager cinq années supplémentaires, la Cédéao a sévi vigoureusement le 9 janvier, fermant les frontières et suspendant les échanges commerciaux et financiers, hors produits de première nécessité.

Pourtant, selon des analystes, Bamako serait prêt à revoir cette durée à la baisse vu la situation économique et politique qui ne cesse de s’aggraver. Un rapport de l’Onu, publié la semaine écoulée, indique que dans un contexte de crise déjà aiguë, les sanctions ouest-africaines ont « sévèrement affecté » certains secteurs et « empiré les conditions de vie, en particulier celles des pauvres ». Différents protagonistes ont souligné qu’il y avait un espace pour un compromis. Récemment, le chef de l’Etat sénégalais et président en exercice de l’Union Africaine (UA), Macky Sall, a évoqué au magazine Jeune Afrique « une échéance qui serait comprise entre 16 et 24 mois ». Jusqu’à présent, la Cédéao a consenti à un délai maximum de 16 mois et indiqué que les sanctions ne seraient levées progressivement que quand le Mali présenterait un calendrier acceptable.

Pour des transitions moins longues

Moins grave que celle avec le Mali, la crise entre la Cédéao et, d’un côté, le Burkina Faso, autre pays sahélien pris dans la tourmente djihadiste, de l’autre, la Guinée, persiste cependant. Les deux pays ne sont pour l’heure que suspendus des organes de l’organisation. Mais les juntes au pouvoir entendent y rester trois ans et exposent leur pays aux foudres de la Cédéao. En Guinée, les putschistes ont, eux, fixé la durée de la transition à 36 mois. Tandis que ceux du Burkina Faso maintiennent le délai de 3 ans avant de tenir des élections libres, comme l’a prévu la charte de la transition, signée début mars. « Pour la Guinée, la Cédéao va devoir prendre des mesures », a dit le président en exercice de l’UA, en qualifiant d’« impensable » le délai de 39 mois, depuis ramené à 36, que s’impartit Mamadi Doumbouya, président par intérim de la Guinée.

Le Burkina Faso, lui, « semble plus raisonnable », selon le président de l’UA. Le sommet de mars avait fixé au Burkina Faso le même ultimatum qu’à la Guinée. Mais à la demande d’Ouagadougou, la Cédéao a dépêché fin mai une mission de trois jours pour évaluer la situation au Burkina Faso, où les attaques djihadistes sanglantes se succèdent.

Depuis 2020 en effet, l’Afrique de l’Ouest a vu se succéder les coups de force. Alarmée du risque de contagion dans une région vulnérable, la Cédéao multiplie, depuis, les sommets, les médiations et les pressions pour abréger les périodes dites de transition avant un retour des civils à la direction de leur pays. Mais elle se heurte toujours aux résistances des nouveaux hommes forts, qu’il s’agisse du colonel Assimi Goïta au Mali, du colonel Mamady Doumbouya en Guinée ou du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui se sont tous fait investir présidents entre-temps. Mais d’après certains analystes, la Cédéao n’est pas assez forte pour faire pression sur les putschistes.

En outre, les nouvelles autorités de ces pays invoquent la gravité des crises auxquelles elles sont confrontées, sécuritaire au Mali et au Burkina Faso, sociale et politique dans les trois pays. Elles veulent avoir le temps nécessaire pour qu’elles présentent un plan de « refondation » de leur Etat, et pour l’organisation d’élections crédibles. Face à la Cédéao, elles se drapent dans la prééminence de la souveraineté nationale sur les règles de gouvernance ouest-africaines.

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