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75e Festival de Cannes : Qui a gagné quoi ?

Yasser Moheb , Mercredi, 01 juin 2022

Le rideau est tombé sur la 75e édition du Festival du Film de Cannes. Voici ce qu’il faut retenir du palmarès de cette grandmesse du cinéma tenue du 17 au 28 mai. Bilan.

75e Festival de Cannes : Qui a gagné quoi ?
Palmarès : les lauréats fêtent ensemble.

Clap de fin pour cette 75e édition ! Après 12 jours de projection et 21 longs métrages vus et revus, le jury du Festival de Cannes 2022, présidé par Vincent Lindon, a remis ses prix, samedi 28 mai, lors d’une cérémonie de clôture animée par Virginie Efira, désignant ainsi le successeur de Titane de Julia Ducournau, palmé en 2021. Cette année, c’est le réalisateur suédois Ruben Östlund qui remporte la Palme d’or pour Triangle de tristesse (ou Sans filtre comme titre commercial). Le film est une satire jouissive qui fait voler en éclats les codes de la société moderne en suivant un couple de mannequins et influenceurs dans une croisière de luxe où rien ne se passe comme prévu. Il s’agit de la deuxième Palme d’or pour le cinéaste de 48 ans. La première était pour son film The Square en 2017. Ruben Östlund rejoint ainsi le cercle des 8 autres réalisateurs à avoir remporté la Palme d’or à 2 reprises : Francis Ford Coppola (1974 et 1979), Shoei Imamura (1983 et 1997), Bille August (1988 et 1992), Emir Kusturica (1985 et 1995), Michael Haneke (2009 et 2012), Ken Loach (2006 et 2016) et Jean-Pierre et Luc Dardenne (1999 et 2005), avant que ces deux derniers ne collectent leur troisième Palme cette année, vu qu’un prix spécial du 75e anniversaire leur a été remis pour leur nouveau film, ou plutôt leur nouvelle perle, scintillant en compétition cette année : Tori et Lokita.

Avec ce nouveau film, les frères Dardenne abordent non seulement un sujet fort, celui de la survie « underground » de tous ces mineurs non accompagnés, mais ils retrouvent — à priori — leur style le plus vital et le plus efficace. Ils ne quittent pas leurs deux protagonistes d’une semelle, les quelques personnages secondaires ne leur volent jamais la vedette, et le suspense va crescendo.

Part belle au cinéma belge

C’était à vrai dire l’un des coups de coeur de cette 75e édition cannoise, honorés lors du palmarès. Pas de fioriture, pas de scène inutile, en une heure et demie, le film dépeint l’envers du décor : la « bataille pour vivre » de ces émigrés encore dans l’enfance et déjà plongés dans les pires vicissitudes du monde des adultes. Les deux jeunes acteurs non professionnels Joely Mbundu — jouant Lokita — et plus encore, le petit Pablo Schils — Tori — ont excellé à donner chair à leurs personnages pour que leur souvenir s’imprime en nous, bien après le générique de fin !

Parmi les autres prix cette cuvée 2022, l’actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi a obtenu le prix d’interprétation féminine pour son rôle dans le thriller Holy Spider (ou Les Nuits de Mashhad) de Ali Abbasi, tandis que l’acteur sud-coréen Song Kang-ho repart avec celui d’interprétation masculine pour Les Bonnes étoiles du Japonais Kore-Eda. De leur côté, les deux réalisateurs Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen (pour Les Huit Montagnes), tout aux côtés de Jerzy Skolimowski (pour EO) se sont partagé un Prix du Jury en ex æquo.


Le réalisateur suédois Ruben Östlund remporte la Palme d’or pour Triangle de tristesse.

De même, parmi les vrais coups de coeur de cette édition figure le film belge Close (proches) de Lukas Dhont, partageant ex aequo le Grand Prix avec le film français Des Etoiles à midi, de Claire Denis. Présenté en compétition, Close est le second film de Lukas Dhont, lauréat de la Caméra d’or en 2018 pour son film Girl. Un jeune réalisateur qui vient signer là un drame d’une puissance renversante. Pourtant, à 31 ans, il s’affirme déjà comme un auteur accompli, capable de renverser le spectateur en un geste, un regard ou même un silence. Ils s’appellent Léo et Rémi, ils ont 13 ans et ils sont inséparables.

Un jour, une remarque banale dans la cour de récréation va tout changer, pour qu’on commence à suivre deux portraits subtils de deux adolescents, conduits à vivre un drame terrible. Du drame qui va se nouer sous les yeux des spectateurs d’une scène à l’autre. Si Close peut être considéré comme un grand film, c’est d’abord grâce à la précision de sa mise en scène. Privilégiant les silences aux grands discours, Lukas Dhont saisit les émotions de ses personnages avec une intensité qui va au-delà du simple réalisme.

Un geste, un regard ou un détail, le benjamin de la compétition a su mettre de la beauté dans tout. Close n’est surtout pas un simple film pour ados, car ce mélodrame d’une infinie délicatesse permet à chaque spectateur, quel que soit son âge, d’entrer dans l’âme et la peau de ses jeunes personnages.

Le cinéaste a confié les rôles principaux à deux jeunes acteurs impressionnants : Eden Dambrine et Gustav De Waele. Le regard du premier vaut mille mots et les silences du second offrent au film l’une de ses plus belles séquences. Difficile de croire qu’il s’agit là de leurs premiers pas au cinéma. Dans la peau d’une mère mutique, Emilie Dequenne bouleverse.

D’une grande richesse visuelle et d’une force quasi-éreintante, Close signe l’une des plus grandes découvertes de cette 75e édition du Festival de Cannes.

Deux films qui ont fait le buzz

De l’émotion et du buzz, il y en a eu certes hors compétition aussi. C’était d’abord pour le monstre sacré du rock and roll : Elvis Presley. Neuf ans après son adaptation du roman de F. Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique, présentée en ouverture du Festival de Cannes 2013, le cinéaste australien Baz Luhrmann — signataire de Moulin Rouge et Romeo + Juliette — était de retour sur la Croisette avec Elvis, long métrage démesuré et psychédélique dont le déroulement couvre un peu plus de trois décennies. Ce qu’il faut juste pour raconter l’ascension, la disgrâce et la chute d’un roi. Soit l’itinéraire d’un petit garçon frêle et pauvre du Mississippi, né en 1935 et nommé Elvis Presley — joué par Austin Butler — qui deviendra l’une des stars rock les plus adulées de son vivant, jusqu’à ce jour ; et dont la date de décès, le 16 août 1977 à Memphis, dans le Tennessee, demeure toujours gravée dans l’inconscient des Etats-Unis et de tout le monde. Cette icône s’est dressée en monument, que Baz Luhrmann s’est chargé de présenter dans une nouvelle adaptation de la vie de cette légende sur la Croisette.

Toujours dans le camp de l’émotion, le doué réalisateur français d’origine maghrébine Rachid Bouchareb vient de renager dans ses eaux préférées à Cannes, puisque le festival lui a projeté son nouveau film Nos Frangins, joué par Lyna Khoudri, Reda Kateb, Raphaël Personnaz, et Samir Guesmi, et dont le sujet porte sur l’histoire du jeune Malik, 22 ans, mort sous les coups de la police. Une trame assez touchante, qui n’a laissé personne indifférent sur la Croisette.

Bref, sur ces acquis, cette 75e édition du Festival de Cannes s’est conclue de façon flamboyante. Elle a bien réussi à tenir les promesses de sa direction d’offrir une cuvée d’activités et de films aussi riche que cérémoniale, avec un élan post-coronavirus.

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