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La citoyenneté avant tout

Dina Kabil, Mardi, 10 septembre 2013

Le voyage culturel dans la capitale danoise, organisé par l’Institut du dialogue dano-égyptien (DEDI) la semaine dernière, est une occasion de revisiter « un modèle » des Etats providences et d’assister à l’ouverture du Mur, écran interactif prenant place au festival Images, qui ouvre le dialogue sur la révolution égyptienne. Reportage et entretien.

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L’homme prime sur la modernité : c’est le mot-clé à Copenhague. Dans les différentes visites des journalistes culturels, on découvre qu’il s’agit d’un pays modèle. Pays où l’architecture typique, bien conservée, côtoie les bâtiments ultramodernes, et où les routes cyclables (40 % de la population utilisent les bicyclettes) font la fierté des citoyens. Dans les deux institutions architecturales visitées, le Centre danois d’architecture CDK ou Gehl Architects, l’intérêt est centré sur les recherches urbaines qui focalisent sur la qualité de la vie, car l’environnement architectural est directement lié au développement de l’homme.

« En concevant l’espace public, l’architecte ne doit pas offrir une oeuvre artistique pour décorer l’espace, mais envisager plutôt comment inclure les gens dans la conception même de l’espace », avance Allison Dutoit, directrice de la compagnie Gehl Architects.

S’agit-il d’un pays modèle ?

Nous sommes dans un modèle des pays du Welfare Society (Etat providence) par excellence où l’économie est soumise à la justice sociale. Et où pour les Egyptiens que nous sommes, on ne peut pas ne pas admirer la politique du « Arm’s Lenght principle » préservée précieusement par les Danois. Un principe qui assure l’indépendance des institutions publiques comme la Télévision ou la Radio, dont le citoyen paie un abonnement pour garder l’indépendance des médias et éviter toutes sortes de parti pris.

Mais, au milieu de ce boom urbain, le centre d’architecture rappelle que depuis 15 ans des conflits entre la police et les immigrants ont apparu. Et que dans n’importe quel nouveau projet on ne cesse de repenser le social avant tout et le rapport avec l’autre.

Superkilen : espace public pour intégrer les immigrés

Ce grand parc, Superkilen, incarne bel et bien l’obsession de l’espace public et la construction de nouveaux espaces qui ont transfiguré le visage de la ville pendant les 15 dernières années. Il s’agit ici d’un espace délaissé qui est transformé en 3 grands espaces bien distincts : la place rouge, le marché noir et le parc vert. Situé au quartier Nørrebro, où vit une majorité d’immigrés, l’espace public Superkilen était une idée d’intégrer environ 50 nationalités liées à cette région, et ce, en invitant les habitants à proposer des objets qui rappellent leurs villes d’origine (bancs, arbres, tables, réverbères, etc). « On ne cesse pas de concevoir de nouveaux espaces publics à partir de zéro, on s’est peut-être rendu compte combien les gens ne communiquent pas », avance le renommé présentateur et éditeur de la Radio et de la Télévision danoises, Niels Frid-Nielsen.

Ainsi, on retrouve à Superkilen l’oeuvre du Japon, un manège sous forme d’octopus, de la Palestine de la terre rougeâtre (qui diffère de celle locale danoise, blanchâtre) venant de Gaza et conçu par deux artistes Hiba et Alaa ; Quant à l’Egypte, elle est représentée par des obstacles munis de chenilles qui isolent normalement les rues piétonnes au centre-ville cairote.

Malgré ce tableau idéaliste que représente la ville de Kierkegaard, on a l’impression que ces conceptions urbaines ne sont pas la seule garantie pour intégrer les immigrés. L’espace de Superkilen reste déserté aux moments les plus animés de la journée, sauf des quelques jeunes Danois d’origine iraqienne ici et là. Un espace-vitrine qui rappelle le pays de l’architecture fonctionnaliste par excellence, qu’est le Danemark, sans arriver pourtant à l’enchevêtrement des Danois et des immigrés dans le même espace. La nature géographique même de la ville de Copenhague, comme des îles entourées de canaux construits autrefois pour protéger la ville, dénote une peur enracinée depuis bien longtemps. Mais toute la conception de la vie urbaine et tous les efforts déployés par des institutions comme le DEDI (voir encadré du Mur) visent à dépasser cette peur et mettre l’autre au centre de l’intérêt public. Une leçon pour nous les Egyptiens également : l’impossibilité d’exclure l’autre sous toutes les perspectives .

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