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Cannes : Une 75e édition cérémoniale

Yasser Moheb , Mercredi, 18 mai 2022

21 films sont en compétition officielle pour décrocher la Palme d’or de la 75e édition du Festival international du film de Cannes, du 17 au 28 mai. Une édition marquée par le retour de plusieurs grands noms chers à la Croisette.

Cannes : Une 75e édition cérémoniale
Tori et Lokita.

Cannes,

De notre envoyé spécial

Le festival de Cannes retrouve son  calendrier habituel et mise pour  sa 75e édition sur un retour à la  normale ou presque. Néanmoins,  Thierry Frémaux, délégué général du  festival, a précisé que « la sélection a été  difficile à établir, car le cinéma mondial doit  se remettre en place ».  A la suite d’une édition 2021 gargantuesque  en nombre d’oeuvres présentées — près  d’une centaine — 21 films ont été  finalement retenus cette année pour intégrer  la compétition officielle. Cette 75e édition  ne déroge pas à la règle de l’habile mélange  entre réalisateurs confirmés et récompensés  par le passé à Cannes et nouveaux venus  poussant la porte et armés de grandes  ambitions. 

Dans la première catégorie, on retrouve  quatre réalisateurs récipiendaires de la  Palme d’or, tels les frères belges Jean-Pierre  et Luc Dardenne, Francis Ford Coppola et  Michael Haneke. Le nouveau film des frères  Dardenne, Tori et Lokita, tourne son regard  sur les jeunes adolescents issus d’Afrique et  leur intégration dans la société belge. C’est  un casting de visage frais, car la majorité  des comédiens sont des non-professionnels.  Et pour Hirokazu Kore-eda, son nouveau  film Broker a été une occasion de tourner  en Corée du Sud et de parler des boîtes  existantes là-bas, où des parents peuvent  déposer leur enfant pour qu’il soit adopté  par une famille de substitution. L’auteur  japonais n’a de cesse d’analyser les  différentes formes de familles, qu’elles  soient naturelles ou de circonstance, au sein  de problématiques en apparence simples  mais terriblement complexes. 

Nouveaux espoirs

On retrouve ensuite une catégorie qu’on  peut appeler « intermédiaire », faite de  cinéastes habitués de l’événement, jamais  primés jusqu’ici, mais ils ambitionnent  d’être récompensés par la plus haute  distinction. Le premier d’entre eux est sans  doute Kirill Serebrennikov, enfin débarrassé  de son assignation à résidence qui l’avait  empêché de venir présenter Leto en 2018 et  La Fièvre de Petrov en 2021. Son nouveau  projet, La Femme de Tchaïkovski s’intéresse  aux amours tumultueux du couple du  célèbre compositeur russe Tchaïkovski et  Antonina Milioukovas, son épouse. Cette  dernière sombre dans la folie après la mort  de son mari à la fin du XIXe siècle. Les deux  derniers long métrages du natif de Rostov  en Russie ont montré tant de qualités  formelles et une capacité à rebondir d’un  film à l’autre, que ce nouveau long métrage  n’en est que plus intrigant. 

Yousry Nasrallah

En outre, Kelly Reichardt constitue  l’un des talents les plus brillants de sa  génération, caché par une exposition  médiatique quasiment inexistante. Son film  Showing Up succède donc à First Cow,  un film sublime qui avait eu toutes les  peines à gagner les écrans tricolores après  une première diffusion sur une plateforme  numérique. Le nouveau film se concentre  sur une artiste après son vernissage, ainsi  que sur son rapport à l’art et à ses proches,  lors d’un moment charnière de sa carrière.  Ali Abbasi clôt cette liste de cinéastes. Né  en Iran, l’auteur vit depuis de nombreuses  années en Suède. Son cinéma de nature  composite reflète ses identités multiples et  tire autant du côté du thriller que du conte  horrifique. Son troisième long métrage Holy  Spider, en compétition officielle, aborde  l’histoire d’un père de famille qui se lance  dans une croisade religieuse personnelle  avec pour but d’éradiquer la prostitution  de sa ville. Il se lance dans une série de  meurtres sanglants qui donne le ton au film.  Le réalisateur retourne en Iran, après 40 ans  d’absence, situant son histoire à Mashhad,  dans le nord du pays. 

Un jury assez paritaire

Le comédien français Vincent Lindon  dirige cette année le jury de la Compétition  officielle. Aucune personnalité française  n’avait occupé cette fonction depuis la  comédienne Isabelle Huppert en 2009. 

Ainsi, celui qui a remporté le prix de la  meilleure interprétation masculine en 2015  remettra la Palme d’or à l’un des 21 films  en compétition. « Avec mon jury, nous nous  efforcerons de prendre soin au mieux des  films de l’avenir, qui portent tous un même  espoir secret, de courage, de loyauté et de  liberté; dont la mission est d’émouvoir le  plus grand nombre de femmes et d’hommes,  en leur parlant de leurs blessures et de  leurs joies communes. La culture aide  l’âme humaine à s’élever et à espérer pour  demain », a souligné Vincent Lindon. Ce  dernier est entouré de huit jurés, variant  entre comédiens et réalisateurs, à savoir :  Rebecca Hall, Deepika, Noomi Rapace,  Jasmine Trinca, Asghar Farhadi, Ladj Ly,  Jeff Nichols et Joachim Trier. 

Le jury de la section Un Certain Regard,  quant à lui, est présidé par la comédienne  italienne Valeria Golino, qui vient ainsi  succéder à la cinéaste britannique Andrea  Arnold, pour nous faire découvrir tant de  nouveaux talents. 


Z (comme Z).

Nasrallah, toujours aussi brillant

Le réalisateur égyptien Yousry Nasrallah  a été choisi comme président du jury de la  compétition des courts métrages. Révélé à  la sélection Quinzaine des réalisateurs en  1987 avec Vols d’été, il sera entouré cette  année dans sa mission de la comédienne  et réalisatrice québécoise Monia Chokri,  de la réalisatrice et scénariste belge Laura  Wandel, du comédien et réalisateur français  Félix Moati, ainsi que du documentariste,  journaliste et critique français Jean-Claude  Raspiengeas. 

Toujours du côté présence égyptienne  dans les comités de jury, le critique Ahmad  Chawqi, ex-directeur artistique du Festival  du Caire, a été choisi par la Fédération  internationale des critiques de cinéma  (FIPRESCI) afin de présider le jury des  critiques membres de la FIPRESCI à cette  75e édition. Lancé dans les années 1920,  ce comité est chargé de récompenser le  meilleur film dans de nombreux festivals,  y compris à Cannes depuis le lancement de  celui-ci en 1946. 

La guerre en Ukraine s’invite sur la Croisette

Caisse de résonance politique, le  festival ne manque pas de faire écho à  la guerre en Ukraine. D’une part, par un  documentaire de Sergei Loznitsa, The  Natural History of Destruction — en séance  spéciale — qui évoque les bombardements  subis actuellement par ce pays martyr. Et  d’autre part, avec la fiction Butterfly Vision  de Maksim Nakonechnyi, projetée dans la  sélection Un Certain Regard. Le film, traitant  du sort du Donbass, donne l’impression,  selon Thierry Frémaux, « d’avoir été tourné  il y a un mois ». A cet égard, le délégué  général a invité le public à revoir The Search  (la recherche) de Michel Hazanavicius, qui  en 2014 montrait « les exactions de l’armée  russe en Tchétchénie ». 

Journée spéciale, le 24

Le réalisateur français Michel  Hazanavicius sera également présent à  cette 75e édition, mais avec un genre fort  différent, puisqu’il vient de faire l’ouverture  du festival avec son nouveau film Z (comme  Z), une comédie qui a pour cadre le tournage  d’un film de zombies, programmé hors  compétition. Ce film a donné le coup d’envoi  à une édition assez cérémoniale pour célébrer  les 75 ans du festival. Une journée spéciale est  prévue alors le 24 mai, offrant un symposium  au cours duquel cinéastes, directeurs de  festivals, artistes et professionnels viendront  s’exprimer sur le devenir de leur art.  Il s’agira de reprendre le questionnement  formulé par Wim Wenders en 1982 dans son  documentaire Room 666 qui interrogeait ses  contemporains Godard, Spielberg, Antonioni,  Herzog ... : « Le cinéma est-il un langage en  train de se perdre, un art qui va mourir ? ».  Pour Thierry Frémaux, non ! Et à ce dernier  d’insister : « Le cinéma n’est pas mort, tout  s’est renouvelé, tout se renouvelle toujours,  et la sélection que nous allons vous présenter  va le prouver à nouveau ! ».

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