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Inflation globale et baisse de la croissance mondiale au menu

Marwa Hussein , Mercredi, 09 mars 2022

Les sanctions occidentales contre la Russie sont considérées comme les plus sévères jamais imposées sur un pays du G20. Leur effet sera ressenti sur l’économie globale.

Inflation globale et baisse de la croissance mondiale au menu
L’Ukraine et la Russie fournissent près de 30 % du blé mondial, 19 % du maïs et 80 % de l’huile de tournesol. (Photo : Reuters)

Russie sont considérées comme les sanctions les plus sévères imposées sur une économie aussi importante que la Russie. Le blocage de transactions de la Banque Centrale russe serait l’une des sanctions les plus drastiques contre la Russie. La Banque centrale a ainsi perdu l’accès à une grande partie de ses réserves en devises étrangères. Josh Lipsky, directeur du Centre de géo-économie du Conseil de l’Atlantique qui travaillait auparavant au Fonds Monétaire International (FMI), a déclaré, avant l’annonce, que frapper la Banque Centrale serait une « mesure extraordinairement importante et dommageable » pour l’économie russe. « Une banque centrale du G20 n’a jamais été sanctionnée auparavant. Ce n’est pas l’Iran. Ce n’est pas le Venezuela », a déclaré Lipsky, selon le Financial Times.

« Il existe deux types de sanctions contre la Russie, certaines limitent les exportations du pays, tandis que d’autres mesures limitent l’accès aux avoirs du pays à l’étranger. L’effet des sanctions sur l’économie russe est considérable, mais il n’est pas dévastateur. La croissance économique va se ralentir mais ne s’arrêtera pas », explique Mohamed Shadi, analyste auprès du Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS). Il rappelle que des sanctions moins sévères sont imposées sur la Russie depuis 2008 et 2014, après l’invasion de la Géorgie et de la Crimée respectivement. Il prévoit une baisse des taux de croissance de l’économie russe, qui peuvent cependant atteindre entre 2 et 3 % malgré les sanctions.

Autre mesure sans précédent pour une économie aussi importante que l’économie russe, la déconnexion de certaines banques russes de la messagerie Swift. Ce dernier, qui signifie Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, est un système de messagerie interbancaire qui permet aux banques de se relayer des informations sur les transactions financières. L’UE s’est montrée réticente à prendre une telle mesure au début, par crainte de se voir ellemême pénalisée, mais elle a fini par désigner sept banques russes qui seront expulsées du système Swift. Cependant, deux grandes banques, Sberbank (la plus grande banque de Russie) et Gazprombank, ont été exemptées des sanctions vu qu’elles gèrent la plupart des paiements des exportations du gaz et du pétrole russe à l’Europe, qui représentent respectivement 40 % et 30 % du gaz et du pétrole consommés par les pays de l’UE. L’exemption des deux banques vise surtout à protéger les pays européens contre une pénurie de gaz naturel, ainsi qu’à prévenir une hausse des prix à la pompe.

Les alternatives de la Russie

La Russie, de son côté, est partiellement préparée à faire face à cette mesure. Elle a développé, depuis 2014, un système alternatif au Swift : le SPFS, un système interne de transfert de messages financiers. Mais il s’agit d’une alternative très partielle. « Le SPFS serait une alternative viable, bien que plus lente et coûteuse, pour les transactions entre les banques russes, mais non pour les transactions avec les banques étrangères », assure Mohamed Shadi. Et ce, étant donné que seules 23 banques étrangères sont connectées au SPFS, contre 11 000 membres bancaires dans Swift. La Russie pourrait aussi profiter du système chinois de paiement interbancaire transfrontalier, connu sous le nom de CIPS et lancé en 2015.

Bien que plus répandu sur le niveau international que le système russe, le CIPS reste limité par rapport au Swift. Autre alternative pour la Russie : l’échange de marchandises, à l’instar de l’expérience de l’Iran avec l’Angleterre, la France et l’Allemagne, mais c’est un système élémentaire et très lent. La Russie a plusieurs alternatives au Swift, mais elles sont toutes moins efficaces, plus coûteuses et considérablement plus lentes. « Des protocoles de coopération sont mis en place entre le Swift et le système chinois d’une part, et entre ce dernier et le système russe de l’autre, mais les transactions seront bien plus compliquées passant par deux systèmes », détaille Mohamed Shadi, soulignant qu’il serait difficile pour les exportateurs et importateurs de récupérer leur argent à travers ces systèmes. En plus de la Banque Centrale et des banques commerciales russes, les sanctions ont compris le gel des avoirs de personnes morales et physiques, avec plus de 500 personnalités et entités russes proches du Kremlin qui ont vu leurs avoirs gelés dans l’UE. Et la liste peut s’étendre à d’autres entités et personnes, surtout des oligarques proches du pouvoir. L’UE a fermé l’espace aérien européen aux avions russes, y compris les jets privés.

Pour limiter les effets des sanctions sur son économie, la Russie a annoncé, le 1er mars, des mesures de contrôle des capitaux ; comme l’obligation pour les exportateurs russes de convertir 80 % de leurs recettes en roubles, l’interdiction des virements bancaires des résidents russes vers l’extérieur de la Russie et l’interdiction des prêts en devises. La Banque Centrale a temporairement interdit aux courtiers russes de vendre des titres détenus par des étrangers et a déclaré qu’elle recommencerait à acheter de l’or sur le marché intérieur. Ces mesures visent surtout à arrêter la fuite de capitaux après que des sociétés internationales, tels Apple Inc. Royal Dutch Shell Plc, se sont précipitées hors du pays. Le rouble russe a perdu près de 30 % par rapport au dollar, mais s’est légèrement rétabli après que la Banque Centrale avait relevé son principal taux d’intérêt à 20 % contre 9,5 %, pour faire face à l’inflation croissante.

L’économie mondiale affectée

Les sanctions imposées sur l’économie russe vont certainement affecter l’économie mondiale. Le premier effet, déjà ressenti, est la hausse des taux d’inflation, alors que des niveaux record avaient été atteints en Occident en raison des conséquences de la pandémie du Covid-19. « Les prix des denrées alimentaires, du gaz et du pétrole enregistrent des hausses considérables, l’inflation aux Etats-Unis a déjà atteint un niveau record, le plus haut depuis 49 ans », explique Shadi. « Les chocs de prix auront un impact dans le monde entier, en particulier sur les ménages pauvres pour qui la nourriture et le carburant représentent une proportion plus élevée des dépenses. Si le conflit s’aggravait, les dommages économiques seraient d’autant plus dévastateurs », a déclaré le FMI dans un communiqué, le 5 mars.

En fait, l’Ukraine et la Russie fournissent également près de 30 % du blé mondial, 19 % du maïs et 80 % de l’huile de tournesol. Les perturbations prévues sur le marché des grains a fait grimper les prix à des nouveaux records, et la tendance peut se poursuivre.

La croissance économique mondiale est prévue à la baisse à cause de la guerre et des perturbations économiques qui l’accompagnent. Shadi estime que la croissance économique mondiale perdra entre 1 et 1,5 % .

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