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Le lourd impact du climat

Racha Darwich , Mardi, 08 février 2022

216 millions de personnes dans le monde seront contraintes de quitter leurs foyers d’ici 2050 pour des raisons liées aux changements climatiques, révèle un rapport publié par la Banque mondiale. Lecture.

Le lourd impact du climat

Dans son dernier rapport publié fin 2021, la Banque Mondiale (BM) fait un lourd constat : les changements climatiques pourraient pousser 216 millions de personnes dans le monde à quitter leurs foyers d’ici 2050. Le rapport, qui examine l’impact des changements climatiques sur les populations, affirme que les pénuries d’eau, la baisse des rendements agricoles et l’élévation du niveau des mers pourraient accélérer la migration climatique. Selon l’institution internationale, des foyers de migration climatique internes pourraient apparaître dès 2030 et croître progressivement jusqu’en 2050.

En 2018, la BM avait publié un premier rapport sur le climat où les experts évoquaient 143 millions de migrants climatiques d’ici 2050, principalement dans trois grandes régions du monde, à savoir l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Amérique latine. Dans le dernier rapport, cependant, les experts évoquent trois régions supplémentaires : l’Asie de l’Est et le Pacifique, l’Afrique du Nord et un vaste territoire regroupant l’Europe de l’Est et l’Asie centrale. Le chiffre de 216 millions de personnes déplacées en raison des changements climatiques pourra s’alourdir si l’on y ajoute les migrants climatiques d’Amérique du Nord, des pays riches d’Europe ou encore du Moyen-Orient, où les catastrophes climatiques se sont multipliées ces dernières années.

Dans les six grandes régions évoquées par le rapport, la population africaine est la plus affectée, notamment le Maghreb, qui connaît une pénurie d’eau de plus en plus préoccupante, et la région subsaharienne, où la désertification et les famines se font de plus en plus menaçantes. Au total, 105 millions d’Africains devraient fuir ces conditions difficiles.

En Asie, le Bangladesh représente à lui seul la moitié des migrants de l’Asie du Sud (13,3 millions de migrants). Très vulnérable à la montée des eaux, le pays a vécu ses pires inondations en 2020, et les trois quarts de son territoire se trouvent désormais sous l’eau. A l’horizon de 2050, l’Afrique subsaharienne pourrait enregistrer jusqu’à 86 millions de migrants climatiques internes, l’Asie de l’Est et le Pacifique 49 millions, l’Asie du Sud 40 millions, l’Afrique du Nord 19 millions, l’Amérique latine 17 millions et l’Europe de l’Est et l’Asie centrale 5 millions.

«  Le rapport de la BM rappelle crûment le coût humain des changements climatiques, en particulier pour les plus pauvres, qui en sont d’ailleurs les moins responsables. Il indique la marche à suivre pour s’attaquer à certains facteurs à l’origine des migrations climatiques », précise Juergen Voegele, vice-président de la Banque mondiale pour le développement durable.

Réfugiés climatiques ou migrants climatiques

L’expression « réfugiés climatiques » est apparue dans les années 1990 pour désigner les personnes contraintes de quitter leurs maisons ou leurs terres à cause de la dégradation de leur environnement due aux changements climatiques. Il est vrai que ces personnes ne sont pas reconnues comme des réfugiés dans le droit international, du fait que la convention de Genève de 1951 lie le statut de réfugié à l’existence d’une « persécution », ainsi qu’au franchissement d’une frontière, alors que dans huit cas sur dix, ces déplacements se font au sein même d’un pays. Cependant, le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR) offre protection et assistance à ces personnes déplacées sous l’effet des changements climatiques et les aide à renforcer leur résilience face aux catastrophes dans les régions les plus menacées du monde comme le Sahel, le Bangladesh, le Yémen et la Somalie. Aujourd’hui, les institutions internationales utilisent plutôt le terme « migrants climatiques ».

Quelle solution ?

Les experts de la BM insistent sur le fait d’agir d’une façon urgente. Ils révèlent que si les pays commencent dès maintenant à réduire les gaz à effet de serre, à combler les écarts de développement, à restaurer les écosystèmes vitaux et à aider les populations à s’adapter, ces migrations pourraient être réduites de 80 %, soit de 44 millions de personnes d’ici 2050. « La trajectoire des migrations climatiques au cours du prochain demi-siècle dépendra de notre action collective et du développement au cours des prochaines années », conclut le rapport

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