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Mohamed Ali : Le commerce n’est pas une fin, mais un moyen pour parvenir au développement durable

Amira Samir , Dimanche, 06 février 2022

Mohamed Ali, directeur du commerce des marchandises et de la concurrence auprès du secrétariat de la ZLECAf, explique comment, un an après son lancement, la ZLECAf a montré des signes positifs malgré les défis imposés par le Covid-19.

Mohamed Ali

Al-Ahram Hebdo : Le système de paiements panafricain PAPSS a été lancé la semaine dernière, à l’occasion du 1er anniversaire de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Quels en sont les avantages pour le commerce intra-africain ?

 

Mohamed Ali: Le Système de règlement des paiements est l’un des mécanismes complémentaires les plus importants de la ZLECAf. Le système permet le règlement immédiat ou quotidien des paiements en monnaie locale. Des études ont indiqué que le continent africain perd annuellement l’équivalent de 5 milliards de dollars à travers le processus de conversion des monnaies nationales en devises fortes lors des opérations commerciales. Le système vise à encourager les propriétaires d’entreprises africaines aux échanges africains, car il fournira un avantage concurrentiel unique pour les produits fabriqués dans les pays africains et réduira la charge pesant sur les banques commerciales et centrales africaines, pour fournir la monnaie forte nécessaire au commerce. En fait, le système a d’abord été appliqué dans les pays d’Afrique de l’Ouest en tant que première étape, alors que les autres pays africains rejoindront le système au cours de la période à venir.

─ Existe-t-il des obstacles potentiels à l’application de ce système ?

─ Le nouveau système, comme tous les autres, a fait l’objet de larges discussions et de vastes observations de la part des banques centrales africaines. Du côté du secrétariat de l’Organisation africaine du commerce, nous pensons que le système s’attaque à l’une des causes les plus importantes de la faiblesse du commerce intra-africain, à savoir les difficultés de financement du commerce en Afrique. Nous espérons élargir le nombre de membres du système dans le futur proche. Les transactions transfrontalières font partie des principaux défis liés à la ZLECAf. Et le système PAPSS va accélérer l’efficacité de la zone de libre-échange.

─ Un an après l’entrée en vigueur de la ZLECAf, qu’est-ce qui a été réalisé ?

─ Janvier 2021 a vu l’annonce officielle du début d’une réduction progressive des barrières douanières en Afrique sous l’égide de la ZLECAf. L’annonce renfermait des directives pour accélérer la résolution des problèmes techniques en suspens et prendre des mesures exécutives pour l’accord. En un an, 42 des 55 pays africains ont ratifié l’accord. 88 % des négociations sur les règles d’origine spécifiques aux produits ont été conclues, couvrant ainsi plus de 70 % du commerce intra-africain. Tous les comités et institutions techniques stipulés dans les articles de l’accord ont également vu le jour. Des négociations sur les investissements, les règles de concurrence, la propriété intellectuelle et l’e-commerce ont également été engagées. Cela s’ajoute à la préparation de listes d’obligations dans le commerce des services ainsi qu’à la mise en place d’un mécanisme de règlement des différends commerciaux.

─ Et qu’est-ce qui reste ?

─ En 2022, il est prévu que les efforts pour mener à bien le commerce seront achevés dans le cadre de l’accord, incluant le développement et l’augmentation de nombre d’offres de réduction des douanes. Un intérêt particulier sera accordé aux efforts de normalisation des normes en matière d’ingénierie et de produits agricoles, ainsi qu’à la rédaction des protocoles d’investissement, des règles de concurrence, de propriété intellectuelle et de l’e-commerce. Les jours qui viennent témoigneront également le lancement du Protocole de la ZLECAf sur les femmes dans le commerce. En effet, il reste encore beaucoup de travail à faire.

─ Quels étaient les défis les plus importants rencontrés par le libre-échange intra-africain au cours de l’année écoulée ?

─ La Zone de libre-échange continentale est le plus grand accord commercial préférentiel en termes de nombre d’Etats membres et le deuxième plus grand groupement commercial au monde après l’Organisation continentale de libre-échange. Ceci représente le plus grand défi, car toutes les réalisations techniques et exécutives dépendent des procédures internes des Etats membres. De plus, l’impact du Covid-19 sur les marchés et la libre circulation des individus a coïncidé avec les efforts de lancement officiel de la zone, ce qui a eu un impact sévère sur la mise en oeuvre effective de l’accord ou l’achèvement des négociations techniques. Cependant, la crise du Covid-19 nous a permis de découvrir que le continent africain doit compter sur lui-même, ses capacités et ses ressources naturelles et humaines. Nous avons constaté que le système commercial mondial est incapable de fournir les composantes des soins de santé, ainsi que les principaux produits de base à de nombreux pays africains. Sans oublier l’utilisation abusive des droits de propriété intellectuelle pour les médicaments et les vaccins. Ce qui a entraîné le faible taux de la vaccination dans de nombreux pays africains et la dépendance à l’égard des vaccins excédentaires de l’Occident. Cette réalité nous a imposé la nécessité d’accélérer le rythme de l’intégration africaine en mettant l’accent sur l’établissement de chaînes de valeur continentales ainsi que sur le commerce électronique et les règles équitables en matière de propriété intellectuelle.

─ A votre avis, à quoi devrait ressembler le commerce intra-africain à la fin de la décennie ?

─ La zone de libre-échange est un vaste système, et son intégration est progressive. D’ici la fin de la décennie, le niveau de libéralisation et d’intégration de l’Afrique aura atteint la phase finale, et nous témoignerons de son impact sur le volume des échanges et sur le flux des investissements étrangers. D’ailleurs, les résultats commencent à se faire sentir. Dans de nombreux pays, des usines commencent à pousser comme des champignons pour bénéficier des avantages de l’accord.

Cependant, le commerce n’est pas une fin, mais plutôt l’un des moyens visant à parvenir à un développement économique durable conformément à l’Agenda de l’Afrique 2060. Partant, la région accordera un intérêt particulier à l’établissement de chaînes de valeur et le commerce de biens africains à valeur ajoutée.

─ Qu’en est-il des mesures égyptiennes pour soutenir l’économie africaine et bénéficier de la ZLECAf ?

─ L’Egypte est l’un des premiers pays à avoir participé activement aux négociations et c’est aussi l’un des premiers pays à avoir signé et ratifié l’accord. Le soutien présidentiel aux efforts de mise en oeuvre de l’accord a abouti à son entrée en vigueur pendant la présidence égyptienne de l’Union africaine. Sur le plan commercial et technique, l’Egypte fait partie des 29 premiers pays à remplir leurs obligations en proposant des offres de réductions douanières sur les matières premières. Le continent s’appuie également fortement sur les capacités et l’expertise égyptiennes dans l’établissement et la mise à niveau des chaînes de valeur continentales.

─ Quel est le bilan de la Foire commerciale intra-africaine 2021 ? Et quelle est son importance en tant que plateforme d’échange d’informations pour le commerce et l’investissement ?

─ La Foire commerciale africaine est l’une des plateformes commerciales les plus importantes du Secrétariat de l’Organisation africaine du commerce. Le succès de l’exposition lors de sa première édition au Caire en 2019 a prouvé que l’exposition est l’un des outils efficaces pour accroître le commerce interrégional et accélérer la mise en oeuvre de l’accord. Le succès de l’exposition s’est poursuivi dans la ville sud-africaine de Durban, avec la participation de plus de 1 500 exposants et de 69 pays, dont 49 pays africains. Elle a également accueilli plus de 32 000 visiteurs, réalisant des accords et contrats estimés à 42 milliards de dollars .

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