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Autonomisation de la femme : Des réussites et des défis

Ola Hamdi, Mardi, 16 mars 2021

L’Egypte célèbre la Journée de la femme égyptienne le 16 mars. Les efforts visant à renforcer l’autonomisation de la femme et à l’aider à faire face aux conséquences du Covid-19 se poursuivent.

Autonomisation de la femme : Des réussites et des défis
(Photo : Ahram)

Une femme juge au Conseil d’Etat. Ce rêve datant de plus de 70 ans est devenu enfin une réalité. Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a ordonné la nomination de femmes au Conseil d’Etat et au Parquet général, afin « d’activer le droit constitutionnel sur l’égalité et la non-discrimination, de confirmer le droit de la femme d’occuper différents postes et de maximiser les succès obtenus en matière d’autonomisation des femmes ».

En 1949, Aïcha Rateb, avocate, première ambassadrice et première ministre des Affaires sociales en Egypte, annonçait son aspiration à devenir juge au Conseil d’Etat. Mais sa demande a été rejetée sous prétexte que « la présence d’un juge femme est contre les traditions de la société ». Aïcha Rateb intente alors un procès contre le gouvernement pour violation de ses droits. Son procès est le premier de son genre en Egypte. « Aïcha Rateb a uniquement échoué pour des raisons politiques et culturelles et non pas en raison de la loi égyptienne ou de la charia », avait avoué le président du Conseil d’Etat, Abdel-Rezzaq Al-Sanhouri. Depuis, beaucoup de choses ont changé en Egypte. Et le mois de mars, mois de la femme, est l’occasion de faire le point sur les acquis de la femme.

En Egypte comme dans le monde, l’année 2020-2021 a été une année pleine de réalisations et de défis pour la femme. La pandémie de coronavirus a eu un impact majeur sur la vie des femmes un peu partout sur la planète. La crise de Covid-19 a mis en relief le rôle central des femmes au sein de la société et a fait ressortir en même temps les inégalités structurelles qui existent dans différents domaines. L’Onu a célébré la Journée de la femme cette année sous le thème « Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de Covid-19 ». « Dès le début de la crise, l’Egypte a immédiatement réagi pour juguler la pandémie et mettre en oeuvre de nombreux programmes et politiques, afin d’en amortir les conséquences, devenant ainsi le premier gouvernement au monde à avoir élaboré un plan de réponse rapide aux besoins de la femme qu’elle soit handicapée, âgée, enceinte ou en âge de concevoir », a déclaré Maya Morsi.

Selon un rapport de l’Onu Femmes et du PNUD sur les dispositions adoptées par les pays du monde à cet égard, l’Egypte figure en première position au Moyen-Orient en ce qui concerne les mesures prises pour aider la femme à lutter contre le Covid-19 sur trois volets : la protection économique, les soins gratuits et la lutte contre la violence. Parmi les mesures les plus importantes adoptées par l’Etat figurent l’ajout de 60 000 familles au programme Takaful wa Karama (solidarité et dignité) et les congés exceptionnels accordés pendant la période de confinement aux femmes enceintes ou à celles qui prennent soin d’un enfant ou plus de moins de 12 ans.

Efforts d’autonomisation

Sur un volet parallèle, les efforts de l’autonomisation de la femme se poursuivent. « L’Etat a réussi à faire des progrès remarquables pendant les dernières années vers l’égalité des sexes », a déclaré Intessar Al-Sissi, l’épouse du président de la République. L’Egypte a lancé la Stratégie nationale 2030 pour l’autonomisation des femmes, qui vise à donner effet aux droits constitutionnels des femmes, à promouvoir les principes d’égalité et de non-discrimination dans quatre domaines complémentaires, à savoir l’autonomisation politique et la promotion du leadership des femmes, l’autonomisation économique, l’autonomisation sociale et la protection. Ces efforts ont abouti à de nombreux résultats positifs. Les femmes égyptiennes ont accédé à de nombreux postes importants. En fait, au cours de l’année 2020, les femmes ont occupé de nombreux postes de direction dans la justice, comme présidente du parquet administratif et vice-présidente de la Cour constitutionnelle. 79 femmes ont été nommées comme adjointes au parquet administratif. Ces réalisations s’ajoutent à celles accomplies au cours des dernières années. 66 femmes juges ont été nommées en 2018 dans les tribunaux de première instance et 6 au poste de président adjoint de l’Organisme du contentieux de l’Etat. Une femme a été nommée présidente de la Cour économique pour la première fois en Egypte.

27 % au Conseil des députés et 14 % au Sénat

Pour la première fois, 27 % des membres du Conseil des députés et 14 % au Sénat sont des femmes. Le gouvernement actuel compte 8 ministres femmes. Pour la première fois également, une femme a été nommée conseillère à la sécurité nationale du président de la République, et une autre a été choisie comme sous-gouverneure de la Banque Centrale. Plus de 30 % des vice-gouverneurs sont des femmes. « L’opportunité d’occuper des postes de direction est l’un des gains acquis par les femmes au cours de la période précédente », affirme Dr Rania Yéhia, membre du Conseil national de la femme, en soulignant que ces progrès remarquables en matière d’autonomisation de la femme sont dus à la volonté politique de traduire les droits de la femme en lois et en stratégies concrètes.

« Le Conseil national de la femme travaille sur nombre de dossiers, afin d’autonomiser la femme au sein des institutions étatiques. Le ministère de la Solidarité coopère avec nous à travers les bureaux des plaintes répartis dans toute la République et qui fournissent un soutien psychologique et social. Je tiens à souligner que 66 254 femmes ont reçu un soutien via ces bureaux au cours de l’année 2020. Nous coopérons également avec le ministère de la Santé, notamment pour la détection précoce du cancer du sein et l’initiative 100 millions de santé. Nous avons également mis en place 22 unités de lutte contre la violence et le harcèlement dans les universités égyptiennes en coopération avec le ministère de l’Enseignement supérieur », ajoute Rania Yéhia.

Réformes législatives

En 2020, des lois ont été adoptées pour protéger les femmes. Les peines contre l’excision, le harcèlement sexuel et le viol ont été durcies, le fait de priver les femmes de leur héritage a été incriminé. Le projet de loi sur le statut personnel doit être amendé de manière à protéger les femmes contre la violence. Un projet de loi est en cours de préparation sur le mariage des mineures. Hend Hazem, membre du Comité de la solidarité et de la famille au Conseil des députés, salue les efforts du président Sissi en faveur des femmes handicapées. « Le président Sissi a été le premier chef de l’Etat à prêter attention aux personnes handicapées. Je remercie le président pour ses efforts qui m’ont aidée à devenir députée », a-t-elle affirmé. La loi n°10 de 2018 accorde aux femmes handicapées une autonomisation politique et une représentation adéquate au parlement conformément à la loi et à la Constitution. Pourtant, selon Hend, « remporter des sièges au scrutin individuel reste une mission difficile pour la femme, en raison du regard de la société. Les lois, à elles seules, ne suffisent pas. La culture et la vision de la société envers la femme doivent changer », dit-elle.

Défis culturels

Malgré les acquis des femmes et leur accès aux postes les plus élevés de l’Etat, les chiffres confirment qu’elles luttent toujours pour obtenir une opportunité d’emploi, du fait que le monde des affaires préfère les hommes aux femmes. Selon les chiffres de l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques, la femme représente 14,3 % de la population active (contre 67,4 % pour les hommes). Le taux de chômage des femmes est quatre fois supérieur à celui des hommes. La culture et les traditions représentent aussi un handicap pour la femme. « Malgré les nombreux acquis, il reste encore un long chemin à parcourir pour changer la culture enracinée dans la société envers la femme et même changer la vision de la femme envers elle-même », explique Dr Souraya Abdel-Gawad, professeure de sociologie à la faculté des lettres à l’Université du Caire. Pour atteindre cet objectif, les initiatives sociétales se poursuivent visant à sensibiliser la population aux droits des femmes et à corriger les fausses conceptions comme les initiatives « La femme est toujours à la hauteur », « Egyptiennes inspiratrices », « Soit productive » et d’autres.

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