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Les rues du Caire encore et toujours dans l’asphyxie

Manar Attiya, Mardi, 30 juillet 2013

Chaque jour, des rues sont barrées, que ce soit par la police par ou les partisans de Morsi en colère, ne faisant qu'empirer le problème des embouteillages dans la capitale.

les rues
L'objectif des manifestations des Frères est de paralyser Le Caire.

« Impossible de circuler. Les véhicules n’avancent pas », lance un automobiliste. « Le trajet que j’effectuais en dix minutes me prend désormais plus d’une heure. C’est l’enfer », peste un autre.

Les principales artères de la capitale, comme Salah Salem et Al-Khalifa Al-Maamoune, circulent à sens unique. Les voitures, les bus et les camions avancent à contresens le long de la corniche. Des fils barbelés traversent la rue Qasr Al-Aïni. Des camions déposent avec fracas des blocs de béton devant l’ambassade américaine, à proximité de la place Tahrir. Le passage entre la corniche et Tahrir par la rue Bolivar est coupé par crainte d’une offensive du camp islamique.

« J’ai beau connaître les rues du Caire, cela ne m’est d’aucune utilité. Tous les jours, de nouveaux barrages apparaissent et des rues sont fermées à la circulation, ce qui accroît la pression sur les autres artères, déplore Fathi, un habitant de Doqqi. A cause d’un embouteillage, j’ai raté mon avion il y a quelques jours »

La semaine dernière, le numéro deux du Parti Liberté et justice, Essam Al-Eriane, a annoncé que l’objectif de ces manifestations était de paralyser Le Caire, afin d’exercer des pressions populaires sur l’armée pour restituer le président « légitime » Mohamad Morsi.

Des partisans de la confrérie sont arrivés du Delta en train pour bloquer la place Ramsès et le pont du 6 Octobre qui traverse Le Caire d’est en ouest. D’autres ont coupé la rue Qasr Al-Nil, bloquant la circulation. D’autres encore sont arrivés en bus de Haute-Egypte et ont bloqué le périphérique à hauteur de Guiza. Des embouteillages monstres ont envahi les rues du Caire à l’heure de la rupture du jeûne et aux heures de pointe.

La police est intervenue sur la place Ramsès pour rouvrir le pont sur lequel les manifestants avaient réussi à construire un mur. Même si le mur a été détruit, la circulation n’a pu être rétablie du fait des accrochages entre manifestants et forces de sécurité.

Depuis deux semaines, les automobilistes se retrouvent régulièrement coincés dans des embouteillages monstres durant des heures, surtout dans les rues menant vers le centre-ville. Certaines sont obstruées par des murets en béton. Une partie de la célèbre rue Chérif, au centre-ville, est barrée par des camions citernes pour sécuriser la Banque Centrale.

Un casse-tête

Cette situation provoque la colère des automobilistes qui sont obligés de faire d’importants détours. Le ras-le-bol est tous les jours plus fort contre ces partisans de Mohamad Morsi qui réussissent à isoler certains quartiers de la ville.

La multiplication des barrages, qu’ils soient l’oeuvre de la police ou de manifestants, est devenue un casse-tête. « J’ai passé plus d’une heure à la recherche d’un taxi pour rejoindre l’ambassade de Suisse rue Abdel-Khaleq Sarwat. Et finalement, j’ai raté mon rendez-vous parce que les chauffeurs de taxi ne viennent plus à Madinet Nasr », se plaint une jeune résidente de Madinet Nasr où se trouve le siège du sit-in pro-Morsi.

Beaucoup de chauffeurs de taxi ne veulent, en effet, ni se retrouver coincés dans les manifestations, ni s’aventurer à travers Le Caire pour éviter les rues bloquées.

« Je ne m’aventure plus dans les quartiers éloignés. Des voyous peuvent me voler ma voiture. Je peux être battu, voire tué par un ennemi, par des baltaguis », craint Abou-Hassan, un chauffeur de taxi. Une situation qui révèle qu’un retour au calme risque de prendre du temps.

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