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Afghanistan : Le cercle vicieux

Maha Al-Cherbini avec agences, Mardi, 13 novembre 2018

Moscou a abrité, cette semaine, une nouvelle réunion sur l'Afghanistan, une autre est prévue fin novembre à Genève. Les tentatives d'aboutir à une issue pacifique à la crise afghane se multiplient. Mais l'issue reste incertaine.

Afghanistan : Le cercle vicieux
La Russie se déploie, depuis l'année dernière, à jouer un rôle-clé dans la crise afghane. (Photo:AFP)

Malgré l’enchevêtre­ment des efforts inter­nationaux visant à mettre fin à la tragédie afghane âgée de 17 ans, l’avenir du bourbier afghan demeure sombre. Pour l’heure, nul ne peut prévoir comment prendrait fin ce conflit cauchemardesque en passe de deve­nir le plus meurtrier du monde, selon un récent rapport de l’Onu qui éva­lue à plus de 20 000 personnes le nombre de morts de la guerre afghane sans compter des milliers de blessés. En dépit du déploiement des forces étrangères dans le pays depuis 2001, l’épine des Talibans reste incassable : ils contrôlent aujourd’hui 45 % du pays — soit la plus grande partie du pays jamais contrôlée par les rebelles — et mènent des atten­tats sanglants quasi réguliers qui endeuillent le pays, de quoi réduire en poudre les efforts internationaux visant à mettre fin à la plus longue guerre où les Etats-Unis étaient jamais enlisés.

Même le déroulement des législa­tives afghanes, le 20 octobre dernier, n’a apporté rien de positif au paysage politique afghan toujours compliqué. Preuve : alors que le résultat du vote était prévu le samedi 10 novembre, le gouvernement afghan a reporté les résultats jusqu’au 23 novembre et jusqu’au début décembre les résultats des législatives de la capitale Kaboul à cause des accusations massives de fraude, de la difficulté de compter les bulletins électoraux et des actes de violence talibans qui ont entaché la crédibilité du vote. Jeudi 8 novembre, la mission onusienne en Afghanistan a publié un rapport inquiétant prou­vant que ce scrutin était « le plus mortel et le plus sanglant » jamais enregistré dans le pays avec 56 morts et 379 blessées, outre 500 Afghans qui ont été tués ou blessés dans les six mois qui ont précédé l’élection. De même, les Talibans ont attaqué un poste frontalier à l’ouest de l’Afgha­nistan, mercredi 7 novembre, faisant 20 morts parmi les soldats afghans et se sont emparés d’une importante base militaire au centre du pays.

Vaines tentatives

Une situation incontrôlable pour la communauté internationale qui vou­lait s’assurer de l’efficacité de l’aide financière apportée à Kaboul à l’ap­proche d’une importante conférence de l’Onu prévue les 27 et 28 novembre à Genève et où la commu­nauté internationale espère convaincre les pays donateurs des progrès qu’elle a obtenus en Afghanistan. De plus, ces législa­tives revêtaient une importance par­ticulière, car elles étaient perçues comme une répétition générale avant l’élection présidentielle prévue en avril 2019, où le président afghan, Ashraf Ghani, espère briguer un deu­xième mandat.

Dans une tentative de jouer le rôle de médiateur pour la paix et de mar­quer un retour triomphant en tant qu’acteur déterminant sur l’échi­quier international, la Russie se déploie, depuis l’année dernière, à jouer un rôle-clé dans la crise afghane. Vendredi 9 novembre, la Russie a organisé une rencontre internationale sur l’Afghanistan sous le nom « La formule de Moscou pour la paix afghane » qui était en principe prévue le 4 septembre der­nier, mais a été reportée à plusieurs reprises à cause des mésententes entre les parties afghanes. Des représentants du gouvernement afghan, du Haut Conseil de la paix afghan et cinq représentants talibans ont participé à cette réunion, outre des représentants de plusieurs pays comme les Etats-Unis, l’Inde, l’Iran, la Chine, le Pakistan et cinq ex-Républiques soviétiques d’Asie centrale, parmi lesquelles l’Ouzbé­kistan, le Tadjikistan et le Turkménistan, frontaliers de l’Afghanistan. C’est la première fois que les Talibans participent à une rencontre internationale à un tel niveau qui avait pour objectif de trouver un règlement politique à la crise afghane. Une participation qui n’a pas pourtant permis de réaliser une percée à la crise car les rebelles et le gouvernement ont toujours échoué à trouver un règlement à la crise, campant sur leurs positions inconciliables. A Moscou, les rebelles ont répété qu’il était impos­sible de tenir des négociations directes avec le gouvernement de Kaboul avant le retrait de tous les soldats étrangers du pays. « La crise afghane ne sera jamais résolue sans le retrait des troupes étrangères. Nous n’allons engager aucun dialo­gue direct avec le gouvernement de Kaboul que nous jugeons illégitime. Nous discuterons directement avec les Américains », a défié le porte-parole des Talibans, Abbas Stanikzai. Une déclaration qui a exacerbé la colère du gouvernement afghan qui a insisté sur le fait que que toute solution à la crise afghane devait passer par le gouvernement de Kaboul.

Cette impasse a inquiété le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a mis en garde les deux parties à Moscou : « Daech tente de transformer l’Afghanistan en un repaire du terrorisme international. Les parties afghanes doivent coopé­rer à éliminer le terrorisme en Afghanistan », a dit Lavrov. En fait, ce n’est pas la première fois que Moscou organise une telle réunion pour résoudre la crise afghane : en avril 2017, elle a tenu une conférence dans le même objectif à laquelle les Etats-Unis et les Talibans n’ont pas participé, d’où l’échec de la rencontre à rapprocher les positions entre les parties afghanes en conflit. Outre la Russie, les Etats-Unis semblent désormais plus décidés que jamais à porter une solution rapide au dilemme afghan : ils ont tenté à plusieurs reprises de relancer les négociations directes avec les Talibans, et deux rencontres bilatérales ont eu lieu ces derniers mois au Qatar, la dernière le 12 octobre. De plus, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est rendu à Kaboul, mardi 6 novembre, pour discuter avec le pré­sident Ashraf Ghani des perspectives de paix en Afghanistan. « Il faut des négociations rapides entre Afghans pour résoudre la crise. Les Talibans doivent comprendre que poursuivre le combat ne sert à rien et que c’est contre-productif », a estimé M. Stoltenberg.

Tout ce déluge d’efforts internatio­naux risque de rester sans lendemain tant que les deux protagonistes de l’épisode afghan campent sur leurs positions inconciliables, foulant aux pieds les hémorragies humaines qui ont fait du conflit afghan le plus meurtrier du monde au fil de 17 ans. Un drame susceptible de s’aggraver les jours à venir avec l’apparition de Daech qui saisit l’occasion de ces différends interafghans pour se frayer de nouveaux horizons en Afghanistan .

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