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Israël face à un triangle de dangers

Saïd Okacha*, Lundi, 16 avril 2018

Outre les tensions croissantes sur les fronts nord et sud d’Israël, ce dernier fait face à une crise politique interne.

Israël face à un triangle de dangers
Les affrontements à la frontière entre Gaza et Israël ont fait une trentaine de morts depuis le 30 mars. (Photo : AFP)

A l’intérieur d’Israël, la coalition gouvernementale a failli voler en éclats. Sur le front nord, les destroyers israéliens ont mené des raids sur la base militaire syrienne T4, le 9 avril. Ce qui a fait monter d’un cran la tension entre, d’une part, Israël, et de l’autre, l’Iran et le Hezbollah. En même temps se joue sur le front sud une autre confrontation. Sur le qui-vive, l’armée israélienne se prépare à faire face au Hamas, à l’occasion des « marches du retour » organisées tous les vendredis à la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Le mouvement a commencé avec la Journée de la Terre, le 30 mars, et se poursuivra jusqu’à la commémoration de la Nakba (le 70e anniversaire de la création d’Israël), la mi-mai.

Ce triangle dangereux n’est pas nouveau. Mais ce qui est nouveau, c’est que les trois fronts soient en même temps actifs. Ce qui veut dire que non seulement une peur sévit, mais également la probabilité d’un enlisement dans des situations non calculées qui surprendraient l’Etat hébreu, qui n’est pas encore disposé à y faire face.

Deux foyers de tension internes

Cela fait deux mois que la situation politique intérieure est tendue en Israël. La coalition au pouvoir était sur le point de voler en éclats, ce qui aurait entraîné des élections anticipées. Mais l’explosion a été évitée de justesse, et le premier ministre, Benyamin Netanyahu, a réussi, avec l’aide des partis de la coalition, à conjurer deux crises.

La première concerne une loi que la Knesset devait passer et dont la promulgation a été ajournée. Cette loi devait priver les membres de la faction Haredi du parti du Likoud d’un privilège qui leur était accordé et qui les privait d’effectuer le service militaire. Celle-ci menaçait de se retirer de la coalition en cas d’adoption de la législation. Cette crise a coïncidé avec les accusations de corruption à l’encontre de Netanyahu et les appels à ce qu’il soit traduit en justice.

Si cette crise s’est estompée, c’est parce que ni les partis israéliens, ni l’opinion publique ne sont prêts à accepter l’idée d’élections anticipées. En fait, la société israélienne craint que les divergences politiques entre les partis de la coalition n’entraînent un affaiblissement de l’Etat, et par conséquent, une incapacité à faire face aux ennemis. La deuxième crise que la coalition a dû affronter concernait la validation du budget. La faction Haredi avait menacé de ne pas accepter le budget si ladite loi était votée.

Tout compte fait, c’est la voix des partis religieux extrémistes qui l’a emporté, suite à un compromis avec les partis laïques.

Menaces extérieures

En ce qui concerne la menace émanant du nord, soit deuxième angle du triangle du danger, Israël ne voit pas d’un bon oeil le fait que la Russie et l’Iran aient la main haute en Syrie. Tel-Aviv estime que ses intérêts sécuritaires n’ont pas été pris en compte à cause de la faiblesse du rôle américain dans la crise syrienne. Ajoutons à cela les activités de l’Iran et du Hezbollah qui oeuvrent à posséder un arsenal militaire de pointe pour contrer les raids israéliens répétés depuis 2007. Le raid sur la base de T4, bien qu’il ne fût pas le premier du genre, a perturbé Téhéran.

L’Iran a considéré ce raid comme un défi explicite à son encontre surtout après la mort de ses soldats. En réaction, l’Iran a mis en garde l’Etat hébreu. Avigdor Liberman y a répondu en avertissant les Iraniens « de ne pas tester Israël ». De son côté, Ali Shirazi, représentant du guide suprême iranien, avait dit sur le site Failak Al-Qods dépendant des Gardiens de la révolution dans des déclarations qu’il a faites aux médias le 12 avril que Téhéran était prête à détruire Israël et à saper à même le sol les villes de Tel-Aviv et de Haïfa. Avec cet échange de menaces, il est clair que la crise n’est pas mineure, et qu’elle peut même dégénérer en guerre.

Sur le front sud, Tel-Aviv est sur ses gardes à cause des marches du retour, d’autant plus que le Hamas a effectivement pris des avancées pacifiques démontrant le sérieux de son intention depuis trois semaines déjà. Et alors que les marches sont pacifiques, Israël a répondu par la force. Or, si ces confrontations persistent, Israël fera de plus en plus l’objet de critiques internationales à cause de l’usage disproportionné de la force face à des manifestants pacifiques. Ce qui place l’Etat hébreu en mauvaise posture face à la communauté internationale.

Tel-Aviv craint également que le Hamas ne parvienne à transformer les célébrations des 70 ans de la création d’Israël en une occasion rappelant à la communauté mondiale la Nakba palestinienne, l’autre visage de la création d’Israël. Ce qui détournerait l’attention de ce qui se passe sur les deux autres fronts.

Tout ceci, doublé des ingérences russe et iranienne dans la région, rend difficile de prévoir le tour que prendraient les choses. Il est tout à fait possible, et Israël en est parfaitement conscient, que l’Iran réponde à toute frappe contre ses positions en Syrie ou contre le Hezbollah. Dans ce cas, l’éventualité d’une guerre entre Israël et l’Iran n’est pas à exclure. Parallèlement, et à l’approche de la mi-mai, le front sud n’est pas près de se calmer. Ce qui fait que la tension persistera même si les questions internes sont résolues.

*Conseiller à la rédaction à la revue Mokhtarat Israëliya (sélections israéliennes)
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