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Les robinets sous haut contrôle

Nada Al-Hagrassi, Mardi, 17 octobre 2017

Le gouvernement a approuvé un projet de loi sur la gestion des ressources hydriques. Un texte plus contraignant visant à protéger le Nil et à rationaliser l'usage de l'eau.

Les robinets sous haut contrôle
L’Egypte souffre d’une déficience hydrique de 21,5 milliards de m3. (Photo : Reuters)

Le projet de loi sur la gestion des ressources hydriques et la protection du Nil, élaboré par le ministère de l’Irrigation, figure à la tête de l’agenda de la session parlementaire qui vient juste de commencer. Il est proposé à un moment où le pays est affronté à une notable pénurie en eau. Selon les chiffres du ministère de l’Irrigation et des ressources hydriques, l’Egypte souffre d’une déficience hydraulique de 21,5 milliards de m3. Et ceci puisque le quota de l’Egypte de l’eau du Nil est de 55,5 milliards de m3 alors que le taux réel de la consommation est de 77 milliards de m3 avec un taux de consommation individuel de 600 m3 par an. Les responsables du ministère affirment que l’application rigoureuse et sans exception de la nouvelle loi sera dans l’intérêt de tout le monde. L’ingénieur Yousri Khafagui, responsable au ministère de l’Irrigation, met en relief l’importance de cette loi pour préserver les ressources hydriques limitées.

Il explique que la nouvelle loi s’attaque à toutes sortes d’agression contre le Nil, et surtout contre l’usage « démesuré » des ressources hydriques. « La loi sera appliquée rigoureusement et l’on ne permettra à quiconque de la contrevenir. La sécurité de l’eau relève de la sécurité nationale », avertit Khafagui. L’expert rappelle ainsi que la vallée du Nil est menacée par plusieurs facteurs qui affectent ses ressources hydriques. Selon lui, outre la menace politique que constitue la construction, par l’Ethiopie, du barrage de la Renaissance, d’autres menaces importantes pèsent sur l’Egypte. A commencer par l’explosion démographique, qui entraîne à son tour une expansion sauvage des activités urbaines, agricoles et industrielles. Ces activités, à leur tour, gaspillent et agressent les ressources aquatiques du pays. Et tout gaspillage n’est pas renouvelable à cause du réchauffement climatique. Des raisons qui rendent nécessaire la promulgation d’une telle loi sur la gestion des ressources hydriques.

Plus de fermeté

Car la loi actuellement en vigueur n’implique que de faibles amendes aux contrevenants. En revanche, le projet de loi en question s’est voulu plus ferme et dissuasif vis-à-vis de toutes agressions contre le Nil (constructions illégales, pollution, etc.) ou usage abusif des ressources hydriques. Ainsi, le projet de loi prévoit, pour la première fois, une peine de prison d’un an et une amende allant de 10 000 à 50 000 L.E. en cas de pollution du Nil et en cas de gaspillage d’eau potable à travers une consommation irrationnelle. La même peine s’applique sur toutes sortes de construction sur les bords du Nil qui ne respectent pas les critères fixés par le projet de loi. En cas de récidive, la peine est doublée. Le nouveau texte ne concerne que les agressions sur le Nil, mais aussi contre toutes les autres ressources : lacs, canaux, eaux souterraines, etc. Le projet de loi sanctionne aussi toutes sortes d’actions nuisibles ainsi que tout changement de la typographie des côtes. Il interdit également de transporter à travers les voies fluviales toutes matières et substances néfastes ou polluantes, à l’exception des matériaux autorisés par les ministères de la Santé et de l’Environnement.

A cet égard, Khafagui affirme que dès l’approbation du projet de loi, les moyens de transport fluvial auront à se conformer aux directives du ministère qui déterminera les trajets et les horaires. La protection et l’exploitation des nappes phréatiques sont également l’une des nouveautés figurant dans ce projet de loi. Le texte exige la modernisation des réseaux de drainage et les égouts des pluies. Car l’eau des pluies s’infiltre à travers les couches du sol. Son accumulation forme la réserve de l’eau souterraine. Par ailleurs, le projet de loi prévoit une coopération entre les responsables du ministère de l’Irrigation et les agriculteurs, et ce, au sujet des superficies cultivées, des cultures et des moyens d’irrigation à même de rationaliser l’usage de l’eau. Même chose avec les industries qui nécessitent beaucoup d’eau. Le ministère coordonnera son action avec les industriels sur cette affaire ainsi que sur les moyens pour se débarrasser du drainage. « Cela nous permettra d’être en contact direct avec les besoins des gens, ce qui nous permet, à travers les discussions, de trouver des points d’entente entre les besoins des gens et la nécessité de préserver nos ressources aquatiques », explique Hossam Al-Alfi, porte-parole du ministère. Autant de dispositifs qui, une fois appliqués de manière rigoureuse et sans exception, feront que la loi atteindra ses objectifs, selon Diaa Al-Quossi, expert en ressources hydriques. Cela dit, estime l’expert, la loi, à elle seule, est incapable de remédier à un phénomène relatif au comportement des gens. « Il faut oeuvrer parallèlement à sensibiliser les gens sur la gravité de la situation hydrique, le danger que représente cette pénurie, les moyens et l’importance de rationaliser l’usage des ressources hydriques, etc., des questions qu’ignorent beaucoup de gens », souligne l’expert. Une dimension que le ministère de l’Irrigation a prise en considération, selon Hossam Al-Imam, porte-parole du ministère. « Déjà, on organise des colloques de sensibilisation sur l’importance de préserver les ressources hydriques dans les mosquées et les églises. Aussi, en coordination avec le ministère de l’Education, les manuels scolaires vont traiter l’importance de cette affaire. Changer le comportement ne se fait pas du jour au lendemain, mais déjà ces campagnes sont un pas positif pour accroître la conscience des gens », affirme-t-il.

Trop d’interventionnisme ?

Or, si tout le monde est d’accord sur la nécessité de rationaliser l’eau, certains s’opposent à l’intervention des autorités exigée par la nouvelle loi, à la détermination des superficies cultivées des récoltes à haute consommation d’eau, tel le riz (voir entretien). L’article relatif à la détermination des superficies des terrains consacrés à la culture du riz sanctionne les contrevenants d’une peine de prison d’un mois et une amende de 600 L.E. « Les superficies des récoltes du riz sont bien définies ainsi que leur quota d’eau. Toute culture du riz sur des superficies supplémentaires constitue un gaspille inadmissible de l’eau d’irrigation qui se contredit avec le but essentiel de la loi, à savoir l’équité du partage de l’eau », prévient Khafagui. Il ajoute que c’est à travers l’analyse des photos du satellite que les superficies cultivées du riz seront détectées.

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