Semaine du 22 au 28 septembre 2021 - Numéro 1391
Un demi-siècle de restaurations
  Le Centre Franco-Egyptien d'Etude des Temples de Karnak (CFEETK) célèbre ces jours-ci son jubilé d'or. Créé en 1967, le centre a pour mission d'étudier et de restaurer les temples réaménagés par les pharaons successifs.
Un demi-siècle de restaurations
Reconstruction du temple de Ptah qui a eu lieu entre 2008 et 2013.
Dalia Farouq01-02-2017

Les temples de Karnak constituent le plus important complexe religieux de toute l’antiquité, et ils continuent, au fil des siècles, à éblouir leurs visiteurs par leur grandeur et leur somptuosité. Les Français qui ont découvert ce site pour la première fois au XIXe siècle en sont tombés amoureux et vouent depuis une réelle passion à la civilisation égyptienne. En 1967, les ministres égyptien et français de la Culture, Sarwat Okacha et André Malraux, ont signé un protocole officialisant la naissance du CFEETK, chargé de l’étude et de la restauration des temples, reconstruits et réaménagés pendant plus de 2 000 ans par les pharaons successifs. « Depuis, le CFEETK, placé sous la tutelle du ministère égyptien des Antiquités et du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), est la structure officielle chargée des travaux de recherche et de conservation de toute l’enceinte du temple d’Amon-Rê », explique Christophe Thiers, directeur du centre. Il ajoute que la passion française pour les différents temples de Karnak est beaucoup plus ancienne que la création du CFEETK. D’après lui, elle remonte au tout début du XXe siècle, lorsque le célèbre archéologue français, Georges Legrain, chargé de la direction des travaux de Karnak, effectue le dégagement général du site, et plus particulièrement le dégagement du temple de Ptah en 1900, puis celui de Ramsès II. « La plus exceptionnelle découverte faite par Legrain demeure cependant la fameuse cachette de Karnak. En 1903, l’archéologue découvre au nord-ouest de la cour, qui avait déjà livré dans sa partie sud de nombreux éléments architecturaux du Moyen et du Nouvel Empire, plus de 17 000 statues en bronze, 700 statues en pierre et de nombreux autres objets. Le travail de fouille de cette cachette s’est poursuivi jusqu’en 1907, puis la plupart des statues ont rejoins le Musée du Caire », indique l’égyptologue Zahi Hawas, dans son étude « Empruntes et secrets des temples de Karnak ».

Quant au CFEETK, il a mené, depuis sa création, des fouilles, des travaux de restauration et des anastyloses du temple d’Amon.

Un demi-siècle de restaurations
Les dépôts de Thoutmosis III découverts lors des fouilles dans la zone centrale.

Les fouilles sont, depuis toujours, une partie importante des activités du centre de Karnak. « La poursuite des fouilles archéologiques permet de mieux appréhender la nature des monuments cultuels présents dans l’enceinte du temple d’Amon-Rê qui ont été construits sur plus de 2 500 ans. Ces fouilles archéologiques sont essentielles pour comprendre l’histoire de Karnak, en particulier pour les périodes les plus anciennes, dont les monuments ont souvent été détruits et remplacés par d’autres plus récents », explique Thiers.

Un centre pluridisciplinaire

Un demi-siècle de restaurations
Reconstruction de la cour à portique de Thoutmosis IV entre 1988 et 2004.

Ces fouilles concernent par exemple le parvis du temple d’Amon-Rê dans la Grande cour, la môle ouest de la IXe colonne dans la zone centrale du temple d’Amon-Rê, ou encore le trésor de Chabaka situé dans le temple de Ptah. De nombreux monuments ont été reconstruits à partir de leurs fragments, comme la IXe colonne, qui a demandé 30 ans de travail aux archéologues (1967-1998), le portique de la cour de Thoutmosis IV et sa chapelle, aujourd’hui exposée au Musée en plein air, et dont la reconstitution a duré de 1988 jusqu’en 2004, ou encore la chapelle rouge de la reine Hatchepsout, dont les travaux ont duré de 1997 jusqu’à 2001. Entre 2010 et 2016, c’est la reconstruction de la chapelle en calcite de Thoutmosis III qui a occupé le CFEETK. Les restaurations réalisées par le centre sont, quant à elles, innombrables. Elles concernent par exemple la chapelle d’Osiris Ounenefer neb-djefaou, du temple de Ptah, les « magasins nord » de Thoutmosis III ou encore la Chapelle d’Alexandre le Grand. Cependant, la tâche du CFEETK ne se limite qu’au travail de terrain.

Un demi-siècle de restaurations
Vidage et reconstruction du IXe pylône entre 1967 et 1998.

« En plus de l’encadrement et de la formation des jeunes restaurateurs et archéologues, nous faisons des relevés épigraphiques et de nombreuses publications. En plus de ses propres programmes, le CFEETK joue un important rôle de plateforme d’accueil et de soutien à de nombreux projets internationaux comme celui que mène l’IFAO sur les chapelles osiriennes de Karnak de 1999 et jusqu’à aujourd’hui », assure Thiers, ajoutant que l’approche pluridisciplinaire du CFEETK est indispensable. « Egyptologues, archéologues, architectes, restaurateurs, photographes, tailleurs de pierre, dessinateurs, documentalistes et topographes travaillent main dans la main dans le plus grand domaine cultuel d’Egypte. Et c’est ce qui nous a permis de faire les découvertes et les avancées que nous avons faites », conclut-il.

Classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, les Temples de Karnak continuent de révéler encore aujourd’hui le secret de plus de 2 000 ans d’histoire.




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