Semaine du 22 au 28 septembre 2021 - Numéro 1391
L’héritage fiscal byzantin
  Une collection de papyri révèle l'influence de l'Empire byzantin sur le système fiscal arabe et égyptien en particulier. Focus.
L’héritage fiscal byzantin
Les papyri dévoilent le système fiscal.
Doaa Elhami14-12-2016

Des papyri retrouvés en Egypte et remontant à la période islamique fournissent des détails minutieux sur le système fiscal de l’époque. Ces papyri sont conservés aujourd’hui à la bibliothèque John Rylalds de l’Université de Manchester en Angleterre, et celle du prince Shout Raynhart à l’Institut du papyrus de l’Université d’Heidel­berg en Allemagne, de même qu’à la Bibliothèque nationale d’Autriche, la Bibliothèque de l’Université du Michigan et celle de l’Institut orien­tal aux Etats-Unis de même qu’à la Maison des livres égyptiens au Caire. Les papyri expliquent en détail le système des impôts tel qu’il était appliqué après l’arrivée de Amr Ibn Al-Ass en Egypte (21 ha, 642 ap. J.-C.) jusqu’au IXe siècle de l’hégire, soit jusqu’au Xe siècle du calendrier grégorien. Les papyri arabes retrouvés dans le bassin du Nil reprennent l’ensemble des comptes de l’Etat : taxes, impôts, fiches de payes, etc. « Toutes ces données forment les archives des villes et villages de la Haute et la Basse-Egypte », explique Mohamad Abdel-Latif, professeur d’antiquités islamiques et coptes à l’Université de Mansoura. Parmi les papyri les plus connus traitant des impôts se trouve un papyrus appartenant à l’archiduc Rainer à la Bibliothèque nationale d’Autriche. Daté de l’an 162 de l’hégire, ce papyrus renferme un message du gouverneur Mosallama Ibn Ragaa adressé aux non-musulmans de Fayoum leur demandant de payer leurs impôts fonciers en retard. D’autres papyri se trouvant à la bibliothèque John Rylalds à l’Université de Manchester et la Bibliothèque de l’Université de Michigan relatent cette même demande du gouverneur Mosallama Ibn Ragaa.

L’héritage fiscal byzantin

Certains papyri décrivent les res­sources de l’Etat, alors que d’autres rapportent les méthodes cruelles uti­lisées par les percepteurs d’impôts. De nombreuses pétitions adressées au gouverneur ainsi que des lettres émises par de hauts fonctionnaires de l’Etat montrent à quel point la violence était utilisée pour la percep­tion des impôts. Un papyrus retrace par exemple l’arrivée en Egypte du calife abbasside Al-Maämoun en l’an 217 de l’hégire, au moment où des émeutes avaient eu lieu pour protester contre l’exagération des taxes agricoles et les méthodes des percepteurs. Le calife avait alors décidé de punir le gouverneur Issa Ibn Mansour pour avoir augmenté les taxes et les impôts de façon immodérée.

Un système emprunté

D’après les différentes collec­tions de papyri le système fiscal arabe est inspiré essentiellement du système fiscal byzantin. Après la conquête de plusieurs villes perses ou byzantines, les Arabes ont décidé de garder le système administratif et fiscal en place. Celui-ci basé sur une hiérarchie administrative, claire et bien défi­nie prélevait directement les impôts aux citoyens en utilisant le système de « la responsabilité commune ». Le maire de chaque village était ainsi responsable d’apporter les taxes demandées à sa commune au gouverneur. Un papyrus datant de l’an 91 de l’hé­gire, conservé à l’Institut des papyri d’Heidelberg, comporte un message adressé aux habitants du village de Bédicis, leur demandant de donner en guise d’impôts la même quantité de blé que celle de l’année précédente. D’après le pro­fesseur Abdel-Latif, ce message explique aussi que les impôts étaient versés après les dates fixées. Et les retards étaient déjà admis.

L’héritage fiscal byzantin

Les impôts de chaque village étaient estimés selon le nombre d’habitants, la superficie du village et ses récoltes annuelles. Certains papyri présentent des relevés cadas­traux précis, un recensement clair des habitants et une estimation des revenus de chaque personne. Les Arabes ont reproduit le système fis­cal byzantin. Ainsi la nourriture, l’industrie, les esclaves nubiens, les terrains, la pêche et bien d’autres activités ont commencé à être taxés sur le modèle byzantin. A l’époque islamique tous les Egyptiens payaient des impôts, excepté les femmes, les enfants, les personnes âgées, les handicapés et les per­sonnes très pauvres. Les musulmans payaient la « zakat », tandis que les chrétiens et les juifs payaient la « guizia ». Cette taxe leur permettait d’être protégés par l’armée isla­mique tout en étant exemptés de service militaire. Le montant de la « guizia » variait d’une personne à l’autre en fonction de sa fortune, de ses revenus et de ses capacités phy­siques et mentales. Dans l’un des papyri on retrouve un message du gouverneur Qora Ibn Choraik (90-96 ha, soit 709- 715 ap. J.-C.) où il demande au maire du village d’Achqowa de revoir l’estimation des impôts prescrits pour chaque habitant. D’après le papyrus, Qora Ibn Choraik rappelle égale­ment au maire qu’il est le lien entre les habitants et l’administra­tion et qu’il veut connaître l’avis des habitants concernant le volume des dernières taxes. Malgré la réforme du système qu’ils ont opérée, les Egyptiens ont gardé leurs employés admi­nistratifs chrétiens et juifs « à cause de leur grande expérience dans ce domaine », souligne Abdel-Latif. Dans un papyrus datant de l’an 349 de l’hégire, on a retrouvé des écritures coptes, prouvant l’activité de la commu­nauté chrétienne dans les affaires fiscales du pays.

D’après les historiens, la mise en place de ce système en Egypte a été un succès. Les percepteurs étaient contrôlés et sévèrement punis en cas d’infraction à la loi ou de corruption.




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