Semaine du 22 au 28 septembre 2021 - Numéro 1391
Découverte en série
  Au cours des deux dernières semaines, plusieurs monuments importants ont été mis au jour dans les régions d'Abydos, de Louqsor et d'Assouan. Retour sur ces découvertes archéologiques d'une grande portée.
Découverte en série
Nasma Réda30-11-2016

Abydos : Découverte d’une nécropole et d’une cité antique

Abydos : Découverte d’une nécropole et d’une cité antique

A 400 m du sud du temple de Séti Ier (1294-1279 av. J.-C.) d’Abydos, en Haute-Egypte, la mission archéologique égyptienne du ministère des Antiquités a découvert les vestiges d’une cité antique remontant à la période prédynastique, vers 5316 av. J.-C. Celle-ci abritait apparemment de hauts fonctionnaires de cette époque qui précède même l’unification de l’Egypte et le début de la période thinite (3000-2650 av. J.-C.). « En examinant les maisons trouvées, les ustensiles et les matériaux, les archéologues ont conclu que leurs propriétaires étaient spécialisés dans la construction des tombes et des parois funéraires, surtout royales, et que ce sont eux qui ont bâti les énormes édifices des pharaons à Abydos lors des premières dynasties », explique Mahmoud Afifi, directeur du secteur des antiquités égyptiennes au ministère des Antiquités.

La mission a pu mettre également au jour une nécropole regroupant 15 grandes tombes, dont les dimensions atteignent parfois 14 m de long et 5 m de large. « Certaines de ces tombes sont plus grandes que les tombes royales d’Abydos au gouvernorat de Sohag, ce qui suggère qu’elles abritaient les dépouilles de figures importantes », explique Yasser Mahmoud Hussein, chef de cette mission.

Pour sa part, le chef de l’administration centrale des antiquités en Haute-Egypte, Hani Aboul-Azm, affirme que ces personnes, dont quelques squelettes ont été trouvés, étaient issues d’une classe sociale élevée et avaient une importance et une influence exceptionnelles à l’époque.

Hussein ajoute que certaines tombes renfermaient plusieurs mastabas (maisons d’éternité des morts, qui ressemblent beaucoup par leur forme aux maisons types des vivants), avec un style architectural distinct. « Ce type de tombes a été connu quelques années plus tard sous la première et la troisième dynasties, dans les tombes et les édifices royaux, surtout à Saqqara », explique Hussein. Donc, selon lui, avec cette découverte, Abydos devient la ville pionnière des tombes avec mastabas et non plus Saqqara comme on croyait.

Les jeunes archéologues ont également découvert des huttes, de la poterie et des outils en pierre. « Un groupe de spécialistes se charge actuellement de les documenter et de les enregistrer », assure Hussein. D’après Afifi, l’importance de cette découverte est qu’elle pourrait « donner de nombreuses informations sur l’histoire d’Abydos et de nouvelles perspectives sur l’une des plus anciennes villes de l’Egypte ancienne », souligne-t-il.

Cependant, elle a une autre importance. « Elle pourrait contribuer à relancer le secteur du tourisme qui souffre depuis 2011 en jetant la lumière sur de nouveaux sites abandonnés », conclut Hani Aboul-Azm.

Située à 550 km environ au sud du Caire, Abydos était la capitale égyptienne vers la fin de la période prédynastique et pendant la domination des quatre premières dynasties. Elle est connue pour avoir abrité le tombeau d’Osiris, le dieu des morts. Le site prédynastique d’Abydos est connu aussi pour ses temples, notamment celui de Séti Ier, pharaon de la XIXe dynastie, fils de Ramsès Ier et de la reine Satrê, donc il est le premier pharaon important de l’époque des Ramessides.

Abydos était alors un centre religieux important dédié au chef des morts. A la fin de l’Ancien Empire, cette divinité fut identifiée au dieu Osiris. Au Moyen Empire, Abydos fut le principal centre religieux populaire du pays : les « mystères d’Osiris », ensemble de rituels évoquant la vie, la mort et la résurrection du dieu, attiraient des pèlerins de toute l’Egypte, et les pharaons commencèrent à s’y construire des temples. Au Nouvel Empire, cette activité de construction a dominé avec les temples de Séti Ier et de Ramsès II. Ces « temples de millions d’années » étaient, comme à Thèbes, dédiés au culte royal, et le pharaon était, après la mort, assimilé à Osiris.

Louqsor : Découverte d’un serviteur de la maison royale

Louqsor : Découverte d’un serviteur de la maison royale

Sur la rive-ouest du Nil à Louqsor, en Haute-Egypte, et précisément au sud du temple, « des millions d’années » construit en plein air par le célèbre pharaon de la XVIIIe dynastie, Thoutmosis III (1479-1425 av. J.-C.), la mission archéologique espagnole, présidée par Myriam Seco Alvarez, a mis au jour une nouvelle tombe près du temple de Thoutmosis III à Louqsor. « Une surprenante découverte », souligne Mahmoud Afifi, président du secteur des antiquités égyptiennes au ministère des Antiquités. C’est dans cette tombe que les archéologues ont découvert un sarcophage en bois richement décoré qui renfermait une momie « en très bon état ». « Les archéologues n’ont pas seulement découvert une simple tombe antique, mais encore une momie pharaonique quasi intacte enfermée dans son magnifique sarcophage », déclare la présidente de la mission qui a travaillé en Egypte pendant neuf saisons de fouilles consécutives.

Selon Alvarez, « l’importance de cette découverte réside dans le fait qu’elle révélera une grande partie de la vie religieuse pendant cette époque, puisque la momie était recouverte d’un cartonnage de couleurs vives, sur lequel, ainsi que sur le sarcophage lui-même, apparaissent des symboles religieux de l’Egypte antique. D’après les recherches, cette tombe, vieille de plusieurs milliers d’années, pourrait remonter à la troisième époque intermédiaire (1075-664 av. J.-C.). Le propriétaire de cette tombe pourrait être un homme de la noblesse, nommé Amenrenef, qui portait, d’après les inscriptions qui existent à l’intérieur du sarcophage, le titre de serviteur de la maison royale ».

Selon Mahmoud Afifi, « les études, recherches, et fouilles continueront au cours des prochaines saisons pour découvrir plus de secrets au sujet d’Amenrenef ».

En fait, la mission archéologique espagnole mène aussi des travaux d’excavation et de restauration dans le temple des millions d’années de Thoutmosis III depuis 2008, en coopération avec le ministère égyptien des Antiquités et l’Académie des beaux-arts de Santa Isabel de Hongrie à Séville. Au cours des saisons de fouille précédentes, la mission avait découvert des fragments et des matériaux archéologiques de différentes époques indiquant clairement la présence des tombes près et sous le temple des millions d’années de Thoutmosis III. « L’étude de ces trouvailles contribue, d’une part, à une meilleure compréhension des différents aspects de la ville antique à Thèbes. D’autre part, elle aide à poursuivre des fouilles et des recherches qui aboutiront à mettre au jour d’importantes découvertes comme celles dont on parle aujourd’hui », indique Myriam Seco Alvarez. Selon elle, Thoutmosis III est l’un des pharaons les plus importants qui ont régné sur l’Egypte. « Il est considéré comme le Napoléon de l’Egypte ancienne. Il nous a laissé aussi un patrimoine riche qui va de pair avec sa grandeur et ses accomplissements », conclut-elle.

Assouan : Sarenput Ier retrouve sa chaussée

Assouan : Sarenput Ier retrouve sa chaussée

« Cette découverte changera la topographie de la région de Qobbet Al-Hawa à Assouan connue depuis des siècles », affirme Mahmoud Afifi, président du secteur des antiquités égyptiennes au ministère des Antiquités. Il s’agit de la mise au jour, par la mission britannique QHRP de l’Université de Birmingham (UB), de la chaussée ainsi que de l’escalier montant de la tombe de Sarenput Ier. Celui-ci était le gouverneur de l’Ile Eléphantine sous le Moyen Empire à l’époque de Sésostris Ier (ou Senouseret Ier, 1956-1911 av. J.-C.).

A l’époque, Sarenput Ier gouvernait Eléphantine loin de la Résidence royale de Memphis. Cette île jouissait donc d’une autonomie et de revenus qui lui sont propres. Cela a permis à Sarenput de se considérer comme souverain d’Eléphantine. Raison pour laquelle sa tombe est l’une des plus grandes et des plus belles de tout le Moyen Empire (2055-1650 av. J.-C.) qui marque l’apogée de l’architecture funéraire à Assouan.

« Avec 1m33, cette chaussée est considérée comme la plus longue jamais découverte sur la rive-ouest du Nil à Assouan », souligne Nasser Salama, directeur général des antiquités d’Assouan et de la Nubie. C’est Sarenput Ier qui a ordonné de la creuser pour relier sa tombe au Nil. Selon le chef de l’administration centrale de la Haute-Egypte, Hani Aboul-Azm, « la mission a découvert de nombreux pots en brique dans un fossé à côté de cette chaussée probablement utilisée pour enterrer les substances utilisées dans la momification », dit-il. Il indique que l’étude prochaine de ces poteries révélera de nouveaux secrets sur la momification au temps des pharaons. D’après la spécialiste de la poterie à la mission britannique, Iman Khalifa, ce genre de pots particuliers avec des couvercles peu profonds était utilisé pendant la période tardive (712-332 av. J.-C., depuis la XXVe dynastie). « D’autres pots similaires ont été découverts dans la nécropole de Saqqara », ajoute-t-elle. Pour sa part, Martin Bommas, directeur de la mission, a affirmé que les archéologues avaient trouvé des inscriptions et un relief sur le mur de la chaussée. « Ces inscriptions découvertes à l’entrée orientale de la chaussée représentent une scène funéraire dans laquelle trois hommes conduisent un boeuf comme offrande à Sarenput Ier après sa mort », explique Bommas. Et d’ajouter : « D’autres recherches et d’études approfondies seront menées, afin de dévoiler les secrets de cette nécropole des nobles et des gouverneurs des nomes de l’Egypte ancienne sous l’Ancien et le Moyen Empire ».




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire