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Tourisme : L’instabilité handicape la relance

Caroline Odoz, Samedi, 09 mars 2013

Le baromètre de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) vient d'être publié. L’occasion de dresser une évaluation de deux ans d’efforts pour relancer le secteur en Egypte.

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Le tourisme égyptien est durement affecté depuis la révolution du 25 janvier.

Les initiatives se multiplient visiblement depuis la fin 2012, sous la direction d’un ministère très actif, aussi bien en termes de projets que sur le plan national et international. Mais le bilan net reste terne.

Ces deux dernières années, le secteur du tourisme a pourtant été le seul capable de réunir toutes les forces politiques autour d’une même table, lors d’un dialogue national sur le sujet organisé par l’Union des Chambres de tourisme et d’hôtellerie en janvier dernier. La conclusion unanime de ce séminaire a été formulée par le ministre du Tourisme, Hicham Zaazoue : « La présence d’hommes politiques unis devant les dirigeants et les caméras du monde entier donne une image optimiste de la stabilité en Egypte ».

Jusqu’à la fin de la transition militaire, aucun plan d’ensemble n’a été dégagé, et les actions de relance et de promotion étaient disparates ou indirectes. L’accent était mis sur la relance des investissements étrangers, tous secteurs confondus, et sur la reprise des opérations de valorisation du patrimoine historique. Ces dernières vont bon train, depuis la fin de la période d’inactivité qui a suivi la révolution. La relance du secteur était envisagée essentiellement via les investissements immobiliers et fonciers. La mesure phare, toujours en vigueur, consistait en un soutien aux vols charters : le gouvernement subventionne les places vides pour éviter la baisse de la desserte sur la destination Egypte. L’incident du spot publicitaire diffusé par les autorités militaires mettant en garde contre les espions étrangers en juin 2012 affectera malheureusement les efforts de relancer le secteur.

Rétrospectivement, la nomination par le président Morsi de Hicham Zaazoue à la tête du ministère du Tourisme semble être la meilleure décision prise. Il a plus de 30 ans d’expérience professionnelle dans le secteur, en tant qu’entrepreneur comme au sein des instances officielles. Il commence par un lifting des principales organisations officielles, pour y introduire autant d’experts que possible. Puis il accélère les procédures d’attribution des terrains aux investissements de type touristique. Ainsi, 2 800 hectares ont été alloués à Aïn Al-Sokhna, Nabaq, Marsa Al-Chagar et Charm Al-Cheikh. Un moratoire sur la levée des retards d’impôts des entreprises du secteur est émis.

De plus, les ressortissants de dix pays de plus peuvent obtenir leurs visas directement à l’aéroport à leur arrivée, portant leur nombre total à 50. Les Tunisiens et les Iraniens viennent en effet de bénéficier de cette facilité. Les touristes russes ont été exemptés des frais de visas. Bien que les Européens restent les premiers clients de l’Egypte (76 % du total des touristes), les Japonais et les Chinois seront particulièrement courtisés en 2013. L’aéroport de Sainte-Catherine a été rouvert.

Lors de la Journée mondiale du tourisme au mois d’octobre, le ministère du Tourisme affiche clairement sa volonté de mettre l’Egypte au diapason de l’OMT, qui montre que le tourisme est un moteur essentiel du développement durable. Depuis, cette volonté politique est très palpable. Les audits des infrastructures se multiplient. Un grand plan de conversion du secteur aux énergies renouvelables est en marche. Une attention particulière est portée au développement de l’écotourisme. Plusieurs protocoles de coopération technique ont été signés, notamment avec la Turquie. A la Conférence internationale sur le tourisme de Milan, en février, Zaazoue s’est montré confiant, mesuré et rassurant, et a lancé la campagne coordonnée de promotion internationale de la destination Egypte. Pour preuve de relance de cette activité, le nombre d’articles de presse consacrés au tourisme a franchement augmenté ces derniers mois.

Enfin, en termes d’investissements, l’Iran, le Qatar et la Turquie ont récemment mis des millions sur la table pour ce seul secteur. Outre le tourisme de loisir, l’Egypte peut développer également le tourisme d’affaires, de conférences, de santé et de pèlerinage. Les études destinées aux investisseurs indiquent comme meilleurs investissements : les hébergements, les circuits thérapeutiques, les safaris, l’écotourisme et les infrastructures de transport.

Les incidents des deux dernières années — kidnapping, écluse en panne, accidents de train, et dernièrement, l’explosion d’une montgolfière à Louqsor — ne suffisent pas à expliquer que les efforts ne paient pas. Les troubles politiques récurrents ont détérioré la confiance dans la destination Egypte, et tant que la stabilité civile ne reviendra pas, la vision et la volonté du ministère du Tourisme pourront difficilement porter leurs fruits. Et il sera impossible d’évaluer chaque initiative pour déterminer les mieux adaptées.

Résumant l’importance du tourisme pour l’économie égyptienne, Ahmad Balbaa, président du comité des affaires touristiques, a lancé récemment cette formule cinglante sur CNN Arabic : « Les expertises démontrent que 3 mois de revenus provenant du tourisme balnéaire de 2010 nous rapporteraient autant que le prêt du FMI ».

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