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Gaza livrée à elle-même

Nourane Chérif, Mercredi, 12 octobre 2016

Un bateau d'aide humanitaire se dirigeant vers Gaza, pour briser le blocus imposé par Israël à l'enclave palestinienne, a été intercepté le 5 octobre par les forces israéliennes. La population gazaouie souffre plus que jamais des conditions de vie précaires.

Le 27 septembre 2016, l’opération humanitaire Zaytouna-Oliva partie par bateau de Barcelone, en Espagne, a pris la direction des côtes palestiniennes avec l’intention d’arriver jusqu’au port de Gaza, sous blocus depuis 2007. A bord, se trouvait une quinzaine de femmes de diverses nationalités, dont le prix Nobel de la paix, Maired Maguire. Mais le 5 octobre, le bateau a été intercepté à 35 miles de la bande de Gaza par les autorités israéliennes et a été redirigé vers le port d’Ashdod dans le sud d’Israël, empêchant ses occupants de rallier l’enclave palestinienne. Depuis 2008, plusieurs expéditions civiles ont tenté de briser le blocus de la bande de Gaza, coincée entre l’Egypte, la Méditerranée et Israël, et d’attirer l’attention sur le sort de ses 1,8 million d’habitants qui ont subi, de 2008 à 2014, trois grandes opérations militaires israéliennes meurtrières, et qui s’enfoncent dans la pauvreté. A noter que le chômage dans la bande de Gaza a atteint un taux record de 44 % en 2014. Un espoir de changement avait émergé avec la promesse de la tenue d’élections municipales, mais celui-ci s’est vite dissipé avec la décision de la Cour suprême palestinienne d’écarter Gaza du scrutin.

Les Gazaouis étouffent

Des symptômes accrus de crise humanitaire sont perceptibles sur tout le territoire palestinien, surtout dans la bande de Gaza, étouffée par un blocus israélien total depuis la victoire du mouvement Hamas lors des élections législatives de 2006. Selon Mahmoud Karim, l’ancien ambassadeur d’Egypte auprès de l’Autorité palestinienne, « les habitants de la Cisjordanie vivent dans le luxe, si on compare leurs conditions de vie à celles des habitants de Gaza ». Les Gazaouis souffrent non seulement des répercussions de l’occupation israélienne qui pèse sur l’ensemble du territoire palestinien depuis 49 ans, mais aussi de la division interpalestinienne, qui sépare les deux principales factions politiques palestiniennes, le Fatah et le Hamas. Israël, pour sa part, annonce que son blocus maritime sur la bande de Gaza est légal, parce qu’il est en situation de conflit armé avec le Hamas qui tire des roquettes sur les territoires israéliens. « De la même manière, du côté égyptien, Rafah, seul point de passage non contrôlé par les Israéliens, est également fermé la plupart du temps à cause des relations tendues entre l’Egypte et le Hamas », explique Chaïmaa Mounir, chercheuse au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. La bande de Gaza, a contrario de la Cisjordanie, a été victime de plusieurs opérations militaires, dont la dernière « Bordure protectrice » (juillet-août 2014), a tué 2 131 Palestiniens, dont 1 473 civils. L’opération a également touché très sévèrement les infrastructures gazaouies mais Israël empêche leur reconstruction. Selon un rapport publié par la Commission européenne en décembre 2015, cette dernière opération a conduit au déplacement en masse de plus d’un demi-million de personnes, soit 28 % de la population de Gaza.Selon Jihad Al-Harazyn, professeur de droit public et de sciences politiques à l’Université de Jérusalem, la crise humanitaire apparaît sous son pire aspect dans la bande de Gaza. Les Gazaouis souffrent de graves pénuries d’eau courante, d’électricité, de gaz, d’alimentation, de soins médicaux. A noter qu’une hausse de cancer liée à la pollution de l’air, du sol et de l’eau touche également cette population. « Un citoyen gazaoui ne reçoit que 8 heures d’électricité par jour. Il n’existe qu’une seule centrale électrique à Gaza, qui ne produit, dans ses meilleures conditions, qu’environ 220 MW par jour, faute d’essence, alors que la ville aurait besoin au moins du double », souligne Al-Harazyn. Malgré un blocus total, beaucoup de personnes tentent de faire entrer du matériel médical et des produits de première nécessité dans cette zone. La concentration de la population, 1,8 million de personnes sur 365 km2, aggrave la situation. Pour Al-Harazyn, « la réconciliation interpalestinienne sera la seule sortie réelle du blocus de Gaza ».

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