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Bazars : Les bonnes affaires du ministère

Doaa Elhami, Mardi, 02 août 2016

Le ministère égyptien des Antiquités diversifie ses recettes en cette période de crise, avec par exemple la vente au grand public de reproductions d'oeuvres ou celles d'ouvrages rares.

Bazars : Les bonnes affaires du ministère
Panneaux islamiques et icône coptes, des répliques représentées au Musée égyptien. (Photo : Doaa Elhami)

Après cinq ans de fermeture, le bazar du Musée égyptien ouvre enfin ses portes aux visiteurs. Avant la révolution de janvier 2011, ce bazar renfermait des répliques d’oeuvres faites par commerçants dont le revenu représentait l’une des recettes importantes du ministère des Antiquités. Actuellement, les oeuvres qui y sont mises en vente sont les productions du ministère lui-même. Elles varient entre répliques fabriquées au Centre de renouvellement de l’art égyptien et les publications du ministère. « En faisant le tour des différents départements du ministère, j’ai découvert de très belles répliques conservées depuis plusieurs années dans les dépôts. C’était illogique de les laisser ainsi, alors que nous avions ce bazar au sein du Musée égyptien », explique Khaled Al-Anani, ministre des Antiquités. Il a alors inauguré le bazar avec une exposition (4 juillet-13 août) des productions du ministère. Pour lui, ces répliques de bonne qualité sont façonnées par les sculpteurs et artistes du Centre du renouvellement de l’art égyptien, dirigé par l’archéologue Doris Hanna Doss, et l’Unité de la production des répliques antiques au ministère, présidée par l’égyptologue Amr Al-Tiby. Le prix des répliques exposées est réduit de 20 %. Le même scénario est répété avec les publications du ministère. « Tous les livres qui sont publiés par le ministère avant 2011 sont exposés en vente avec une réduction de 75 %, et les plus récents avec seulement 20 % de réduction. Le grand public doit profiter », reprend le ministre dans un récent discours, tout en assurant que si l’exposition est réussie, sa durée pourra être prolongée.

Les productions exposées couvrent toutes les époques de la civilisation égyptienne : pharaonique, copte et islamique. « Depuis l’exposition des répliques, un grand nombre de pièce a été vendu. J’étais vraiment surprise de ce nombre considérable de pièces vendues », souligne la directrice Doris Hanna Doss. Vu leur facilité de transport, les petites répliques sont les plus demandées. Les clients sont des Egyptiens et des étrangers, notamment chinois et japonais. A noter que certains artistes du Centre du renouvellement de l’art égyptien façonnent des répliques au sein même du bazar. « Ces petits ateliers donnent de la crédibilité à nos productions. Ce qui encourage le client à les acheter », reprend la directrice. En fait, le centre a reçu plusieurs commandes d’oeuvres à façonner. Cette méthode est efficace pour accroître les recettes du centre et du ministère en général.

Certificat tamponné

Bazars : Les bonnes affaires du ministère
Les artistes du ministère façonnent habilement les répliques. (Photo : Doaa Elhami)

L’Unité des répliques antiques y présente en principe des oeuvres de l’Egypte Ancienne. Ses productions varient en volume entre les petites tailles de 10 cm, comme la tête de Néfertiti, et les grandes tailles de 160 cm, comme les célèbres gardes de Toutankhamon, son trône ou même ses sanctuaires. « Nos ventes ont dépassé les 100 000 L.E. au cours des 10 premiers jours de l’exposition », explique Amr Al-Tiby, directeur de l’unité. Pour lui, les oucheptis de Toutankhamon, dont les prix vont de 60 à 200 L.E., sont les best-sellers. Quant aux grandes pièces, elles servent plutôt à la photographie de souvenir. « Ces répliques, exposées hors vitrines, peuvent être touchées et prises en photo sans danger », commente le directeur. Selon Al-Tiby, le client cherche de belles répliques de bonne qualité comme souvenir. Raison pour laquelle les Chinois achètent les productions du ministère dont l’apparence est quasi authentique, mais diffère dans la matière, qui est plus légère. Elles sont aussi accompagnées d’un certificat tamponné par l’unité. Le bazar du Musée égyptien n’est pas l’unique lieu de vente des produits du ministère égyptien des Antiquités. Les Musées d’art islamique, copte, Gayer Anderson, celui des barques solaires de Chéops et le Musée national d’Alexandrie, tous renferment des bazars similaires.

Clientèle considérable

Bazars : Les bonnes affaires du ministère
La collection de Toutankhamon est le best-seller des répliques. (Photo : Doaa Elhami)

Les répliques ne sont pas les seules nouvelles recettes financières que le ministère essaye de développer. Les publications du ministère ont, elles aussi, attiré une clientèle considérable au bazar, entre égyptologues, amateurs avertis et grand public. « Nous avons découvert de rares références exposées à de modestes prix. Celles-ci sont utiles pour les étudiants de la faculté d’archéologie et les spécialistes », explique Ahmad Samir, inspecteur au Musée égyptien. Le dictionnaire d’Ahmad Kamal pacha et le catalogue du temple de Kalabcha en sont les best-sellers. Plus surprenant : certains livres présentent des monuments inconnus pour les spécialistes. C’est l’exemple du temple Al-Dorr (perle), à Assouan. Pour Ahmad Samir, le lot de livres d’archéologie vendu durant les jours de l’exposition reflète l’avidité du grand public pour ce type de publication. Il espère retrouver le stand du ministère au Salon du livre du Caire et d’Alexandrie.

Les musées sont par ailleurs une bonne source de recettes pour le ministère des Antiquités. Elham Salah, directrice générale du secteur des musées antiques, assure que les jardins de certains établissements sont loués pour y organiser des festivités culturelles et sociales. C’est l’exemple du jardin du musée du Palais de Manial et le Palais de Monasterli sur l’île de Roda, au Caire. « Les activités sont nombreuses comme le permet la loi des antiquités », conclut Elham Salah.

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