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Revue de presse : La confrérie dans le box des accusés

Najet Belhatem, Mardi, 19 février 2013

La presse s’intéresse à la disparition de jeunes administrateurs de pages Facebook. La « frérisation » de l’Etat est aussi traitée.

L’affaire des jeunes administrateurs de pages Facebook anti-Frères musulmans, tués enlevés dans des conditions mystérieuses, commence à avoir des échos dans la presse après avoir été confinée pendant des semaines dans les réseaux sociaux. Dans le quotidien Al-Tahrir, l’activiste Nawara Negm écrit : Gaber Salah, connu sous le nom de Gika, été tué, et c’est l’administrateur de la page Facebook, il en a été de même pour Mohamad Qorani, connu sous le nom de Christy, administrateur de la page Les Frères sont menteurs. L’administrateur de la page Je suis Frère, donc je suis un mouton a reçu des menaces, et dernièrement, Mohamad Al-Masri, administrateur de la page La génération du changement, a été retrouvé en sang à Mansoura il a été jeté dans une benne à ordures poignardé de plusieurs coups de couteau. Il encore à l’hôpital. Sans oublier la mort de Mohamad Al-Guindi du Courant populaire et celle de Husseini Abou-Deif, le journaliste-activiste qui a été tué à coups de balles. Il est clair que la confrérie des Frères musulmans vise les administrateurs des pages opposantes sur le réseau Facebook, les activistes qui ont poids et les jeunes journalistes. Il n’est pas nécessaire de répéter ce que nous connaissons comme vérité, à savoir que la confrérie est fasciste et suit la méthode de Hitler pour liquider ses opposants ». Aucune enquête sérieuse n’a été ouverte jusque-là ni sur ces cas, ni sur l’implication des Frères musulmans dans ces affaires.

Dans le quotidien Al-Watan, un long article donne la parole aux administrateurs de pages anti-Frères. Ils dévoilent tous recevoir des menaces ou avoir fait l’objet d’attaques physiques. « Islam Mahmoud, l’un des responsables de la page Nous sommes tous Gaber Gika, raconte qu’il a été contacté par un inconnu qui lui a demandé de le rencontrer sur le pont Qasr Al-Nil, lors des dernières manifestations. Je suis parti sur le lieu, et une fois là-bas, deux hommes se sont approchés de moi, ils étaient cagoulés, ils m’ont mis un tissu sur la bouche et, en quelques secondes, j’étais paralysé. Ils m’ont emmené dans un appartement où il y avait d’autres hommes. Ils m’ont menacé en disant que ce jour-là, on m’avait enlevé, mais si je ne fermais pas cette page-là, on me tuerait ». Le journal ajoute que le phénomène se propage aussi dans les gouvernorats. « A Zagazig, l’activiste Ahmad Habib a été enlevé alors qu’il était accompagné de sa femme et qu’il se dirigeait vers sa voiture pour rejoindre les manifestations à Tahrir. Il a été suivi par un groupe d’hommes qui l’ont enlevé. Son avocat affirme que les services de l’ordre n’ont réussi, ni à le trouver, ni à élucider le mystère de son enlèvement. C’est l’un des leaders de l’opposition anti-Frères, et c’est l’administrateur de plusieurs pages révolutionnaires dans le gouvernorat (...) Il y a eu Gika, dit-il, et Christy, et tous sont des administrateurs de pages qui critiquent les Frères musulmans, il est clair que ce n’est pas une simple coïncidence ».

Une autre question soulève beaucoup de vagues dans la presse depuis longtemps. Celle de la « frérisation de l’Etat », à savoir l’implantation de cadres appartenant à la confrérie dans les différentes administrations de l’Etat. Cela a été décrié par l’opposition à maintes reprises et a toujours été nié par la confrérie des Frères musulmans. Mais là, fait nouveau, les autres partis islamistes, dont le parti salafiste Al-Nour, commencent à pointer du doigt la confrérie l’accusant, selon la presse, d’avoir « frérisé » 13 000 postes de l’Etat. Même le journal Al-Masry Al-Youm, proche de la mouvance islamiste, revient sur la question. Dans un article signé par le rédacteur en chef Gamal Sultan, on peut lire : « Hier et en direct à la télévision, un haut cadre des Frères musulmans a été confronté avec les listes de frérisation de plusieurs ministères. Ce qui m’a étonné est que ce cadre en question a confirmé les informations et les a défendues en disant d’abord que ces cadres Frères ont les compétences voulues, ensuite que cela s’inscrit dans un plan de lutte contre la corruption. Or, les Frères ont nié, il y a quelques semaines, l’existence d’une quelconque frérisation ». Ce qui dérange l’auteur dans cette « frérisation » des postes de l’Etat c’est que les Frères ne partagent pas le gâteau avec les autres partis islamistes auxquels ils sont alliés : « Je ne crois pas qu’on n’ait pas trouvé de personnes compétentes au sein du parti Al-Nour par exemple ou du parti L’Egypte forte … et ce sont des partis qui représentent le projet islamiste. Si le discours des Frères, qui est mis en avant pour défendre une politique déséquilibrée dans la gestion de l’Etat, repose sur l’idée que le projet islamiste est visé, qu’il est en danger et qu’il faut que les fils du projet islamiste s’unissent pour y faire face, l’écartement des autres courants islamistes ne montre pas que nous sommes devant un projet islamiste, mais face à un projet de frérisation de l’Etat ». La presse a ensuite révélé que le président Morsi avait écarté son conseiller à l’environnement appartenant au parti Al-Nour, salafiste, pour abus de pouvoir. De quoi encore ajouter à la tension entre les deux camps.

Une enquête publiée dans le quotidien Al-Masry Al-Youm révèle que durant les 8 mois de règne du président Morsi, plusieurs nominations de cadres Frères musulmans ont été enregistrées. « 8 ministres, 5 gouverneurs, 8 membres à la présidence, plus encore les hommes de la confrérie se sont infiltrés à 2 ministères par le biais de la nomination de conseillers de ministres, d’attachés de presse et de directeurs de départements et de directeurs de sections ». L’affaire est loin d’être close et risque de faire encore beaucoup de bruit, surtout après l’aveu du cadre des Frères cité plus haut disant qu’il y a effectivement une « frérisation » des rouages de l’Etat égyptien.

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