Enquête > Enquéte >

Harcèlements sexuels: En parler, être accompagnée

Manar Attiya, Mardi, 12 février 2013

En parler
« Force contre le harcèlement », mouvement créé pour protéger les manifestantes.

La conseillère psychologique, qui tient à garder l’anonymat, organise un jeu de rôle : elle pose deux chaises au milieu de la salle. Une jeune fille sera la victime et un jeune homme, l’agresseur. A la fin de cette petite mise en scène, la conseillère donnera son avis : « Vous avez mal joué votre rôle. Vous auriez dû faire ceci et pas cela ». Et à la fin de chaque acte, la conseillère relate des faits avérés, des témoignages de filles violées, leurs réactions et les conséquences qui en résultent.

Cette scène se déroule lors d’un atelier tenu par l’ONG Nazra pour les études féministes. Cet atelier, unique en son genre en Egypte, a été créé une semaine après les graves harcèlements qui ont eu lieu le 25 janvier 2013. Un nombre important de femmes, de jeunes filles, d’hommes, de réalisateurs, de journalistes et d’hommes de médias y ont assisté. Le but de cet atelier était de sensibiliser les femmes et de les appeler à en parler et pouvoir se protéger.

« Le harcèlement est un véritable traumatisme pour la femme ; cela porte atteinte à son intimité et sa capacité à penser, à rire, à exister et à aimer. C’est un crime puni par la loi. Lorsqu’une femme est victime d’un viol, elle se sent coupable, humiliée, ressent de la honte et du dégoût », explique la conseillère.

En effet, il arrive souvent que la victime se sente responsable de l’agression, dont elle a été victime et éprouve de la culpabilité. Donc face à des violences sexuelles, la réaction commune est de se protéger. Elle a besoin de se confier à quelqu’un qui veut bien l’entendre et lui indiquer les démarches médicales et judiciaires à suivre.

Une équipe qualifiée dans le domaine psychologique exerce ce rôle depuis 2007, date de la création de l’ONG Nazra pour les études féministes. La conseillère n’oublie pas de révéler à l’assistance des indications juridiques et médicales en cas de viol ou de harcèlement. « Il faut prévenir la police. Pour une mineure, il faut qu’elle soit accompagnée de ses parents ou d’une personne de confiance pour porter plainte », précise-t-elle.

Après la plainte, une autre procédure est importante : se rendre aux urgences. Le rôle du médecin n’est pas de prouver que les révélations sont fondées ou non, que les violences sexuelles ont eu lieu ou non. Il est chargé de prodiguer les premiers soins et d’établir un certificat médical. Le gynécologue doit lui faire une piqûre de tétanos, lui prescrire ensuite une contraception d’urgence, qu’elle devra prendre dans les 72 heures qui suivent l’agression. Ensuite, la victime doit prendre un traitement contre les infections sexuellement transmissibles.

« Avant de se rendre à l’hôpital, il est conseillé à la victime de ne pas se laver même si c’est difficile car on a envie de le faire, et ce, pour que le médecin puisse établir un constat médical et rédiger son rapport. Il faut également penser à prendre avec soi les vêtements que l’on portait lors de l’agression, en les mettant au préalable dans un sac en papier », explique la conseillère.

Une consultation médicale de suivi est souhaitable, un mois environ après l’agression sexuelle, pour rassurer la victime qu’elle n’est pas enceinte. Le recours à un psychiatre ou psychologue est recommandé. « Quand on se sent très mal dans sa peau après l’agression, il est nécessaire de consulter un psychiatre ou un psychologue car les violences sexuelles subies peuvent laisser des séquelles importantes et l’aggravation pourrait se poursuivre et aboutir à un état de stress post-traumatique », conclut-elle.

Aujourd’hui, une thérapie de groupe a vu le jour et permet aux femmes de rencontrer d’autres cas qui ont vécu la même expérience et de se sentir protégées.

Lien court: