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Ahmad Ban : Les courants islamistes présentent plus de slogans que de solutions

Amira Samir, Mercredi, 15 juin 2016

Spécialiste des mouvements islamiques, Ahmad Ban revient sur le changement de visage de l’islam politique.

Ahmad Ban : Les courants islamistes présentent plus de slogans que de solutions
Ahmad Ban

Al-Ahram Hebdo : Le parti tunisien Ennahda, jusque-là présenté comme isla­miste, a annoncé son intention de séparer le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Mutation idéologique ou simple changement de stratégie politique ?

Ahmad Ban : Les déclara­tions de Rached Ghannouchi, qui tendent à s’extraire de l’islam politique pour entrer dans la démocratie musul­mane, n’ont rien de véritable­ment révolutionnaire. Il s’agit d’une séparation entre les activités politiques du parti et la prédication, la dissociation du programme politique de la doctrine religieuse. Ennahda aura donc une aile politique et une aile religieuse, mais en aucun cas, les membres du parti ne pourront diffuser leur message religieux au nom d’Ennahda. Il ne s’agit donc pas d’une véritable révolution idéo­logique, et bien que ces déclarations annoncent des changements positifs, ces partis n’ont jamais su distinguer clairement ce qui est de l’ordre du religieux et de l’ordre du politique.

— Comment considérez-vous l’idée de la décadence de l’islam politique ?

— L’abandon de l’islam politique est, en effet, une tendance générale dans le monde arabe. En effet, partout, l’islam poli­tique s’essouffle pour des raisons internes ou étran­gères. Porté au pouvoir dans plusieurs pays de la région, l’islam politique a échoué, comme en Egypte. Aujourd’hui, la popularité des partis islamistes s’est nettement érodée. Une ten­dance qui s’explique du fait que les courants islamistes restent détachés de la réalité et présentent plus de slo­gans que de solutions.

— Peut-on parler de la fin de l’islam politique ?

— On ne peut pas encore parler de « post-isla­misme », parce que les courants politiques pren­nent beaucoup de temps pour se former, se répandre, puis s’affaiblir et mourir. A la fin des années 1990, un groupe d’analystes politiques avait annoncé la fin de l’islam politique, mais ces courants et mouvements islamistes ont sur­vécu jusqu’à aujourd’hui.

— Comment analysez-vous l’abandon de l’islam politique dans le cas de l’Egypte et de la Tunisie ?

— Pour ces deux pays, l’expérience de l’islam politique a été différente. L’organisation du parti, son mode de fonctionnement et surtout son référentiel idéologique étaient différents. L’abandon de l’islam politique est beaucoup plus clair dans les pays du Maghreb que dans les pays du Machreq. L’islam politique maghrébin est un syncrétisme entre religieux et héritages cultuels. Les Maghrébins sont influencés par la culture occidentale, la révolution iranienne et la gauche tunisienne, et développent naturellement une tendance plus libérale. Par contre, l’islam poli­tique du Machreq, lui, est plus radical, ce qui vaut à ces leaders d’être en perpétuel conflit avec les pays auxquels ils appartiennent, comme le cas des Frères musulmans en Egypte.

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