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Un pays en voie de fragmentation ?

Amira Samir, Lundi, 04 avril 2016

L'avenir de Libye semble chaotique. Un scénario à l'iraqienne n'est pas à exclure.

Un pays en voie de fragmentation ?
Les frappes aériennes de l'Otan contre le régime de Kadhafi à Tripoli en juin 2011.

Les milices armées sèment le chaos en Libye. Et la mise en place du gouvernement d’union nationale ne semble pas suffisante pour stabiliser le pays. Prévoir les scénarios d’avenir en Libye n’est pas chose facile. Certains analystes, notamment européens, considèrent l’option militaire comme la seule valable pour mettre fin au chaos. « La Libye est au bord de l’implosion avec deux gouvernements rivaux (l’un à Tobrouk et l’autre à Tripoli) et deux parlements rivaux. Depuis plusieurs mois, la presse se fait l’écho d’une imminente intervention militaire occidentale pour détruire les sanctuaires terroristes et favoriser le retour de l’Etat et ses institutions. Aujourd’hui, le risque terroriste est devenu plus important qu’il ne l’était avant la révolution libyenne contre Muammar Al-Kadhafi », explique Amani Al-Tawil, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. L’intervention militaire de l’Otan en Libye en 2011 a été saluée, à l’époque, comme une nécessité humanitaire pour instaurer le cessez-le-feu et limiter les attaques contre les civils.

Ces derniers mois, les Occidentaux, surtout les Français ainsi que les Italiens, ont entamé un énorme travail de mobilisation pour convaincre d’autres pays européens, des alliés voisins et l’Onu, d’agir vite pour « éviter l’effondrement complet de la Libye ». C’est une bombe à retardement pour les pays occidentaux, qui veulent contenir la vague d’immigration qui ne cesse d’enfler vers leurs territoires et leurs ports. Mais les Etats-Unis continuent à rejeter toute nouvelle intervention militaire, ce qui fait encore l’objet d’un désaccord entre les pays occidentaux.

Un nouvel Iraq

« La situation est très compliquée. Déchiquetée par des conflits tribaux, religieux, régionaux, mais aussi sécuritaires, la Libye vit ses pires moments. Une intervention militaire serait inefficace. Les interventions militaires n’ont réglé les crises ni en Syrie, ni en Iraq, ni en Somalie, ni en Afghanistan », indique Kamel Abdallah, chercheur spécialisé dans les affaires libyennes au CEPS. Et d’ajouter : « Le danger des groupes terroristes ne cesse de s’aggraver. Des membres du groupe Daech ont fui la Syrie pour s’implanter en Libye et ses voisins ». Abdallah estime que la Libye s’est transformée en un nouvel Iraq et prévoit que la situation s’aggrave en cas d’intervention militaire. Pour les pays voisins de la Libye, le règlement de la crise est une question de sécurité nationale. Une solution militaire aura sans doute ses conséquences sur ces pays. « Les répercussions d’une éventuelle intervention militaire seront catastrophiques sur la Libye même et sur les pays voisins », estime Amani Al-Tawil. Selon elle, l’intervention militaire rendra la situation plus compliquée pour toutes les parties. « Si une guerre de grande ampleur éclate en Libye, elle entraînera sans doute de nouveaux déplacements de masse vers les pays voisins et vers l’Europe. Le mouvement d’exode atteindra son apogée. Cette guerre aura également de lourdes répercussions politiques, stratégiques et économiques sur les pays y participant », souligne-t-elle, en affirmant qu’un scénario de frappes ciblées peut être plus acceptable que celui d’une offensive terrestre, maritime et aérienne. « Ce sont peut-être les pays voisins arabes et les forces d’intervention rapide de l’Union africaine qui doivent se mobiliser, citons notamment l’Egypte, la Tunisie, l’Algérie et le Nigeria », croit Al-Tawil. Kamel Abdallah croit plutôt à une solution politique à long terme. « Les principales parties libyennes doivent mettre de côté leurs intérêts et leurs visées politiques. La tenue d’un dialogue dans un cadre juridique international peut être efficace s’il n’ignore pas la souveraineté de la Libye. Mais au début, les forces internationales et régionales doivent mettre un terme à leurs interventions dans les affaires libyennes et cesser de soulever des conflits entre les différents protagonistes libyens », estime Abdallah. Mais l’échec des pourparlers de paix entre les camps rivaux en Libye montre que ce scénario est difficile à réaliser. Si ni l’un ni l’autre scénario n’est appliqué, le troisième scénario sera simplement le chaos. « C’est l’alternative horrible, et elle n’est pas à écarter », pense Al-Tawil.

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